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29 septembre

LES FEMMES SAVANTES

Par Philippe Escalier pour le magazine Sensitif d'octobre 2009 

www.sensitif.fr   Photo Laurencine LOT


Avec une mise en scène d’une rigueur presque mathématique, mais sans froideur aucune, Arnaud Denis nous livre des Femmes savantes exemplaires, servies par une belle distribution (La Compagnie de la Chimère) dans laquelle Jean-Laurent Cochet fait office de guest-star dans un rôle travesti.

 

Rien n’est moins évident que la mise en scène de pièces classiques maintes fois rejouées. Certains s’en tirent avec plus ou moins de bonheur à force de gags en tous genres, d’autres se perdent dans une originalité absconse. Arnaud Denis a compris que ce qui était brillant restait avant tout simple, évident et juste. Un décor sobre mais beau tient lieu d’écrin à cette mise en scène où l’on sert le texte bien compris en le jouant parfaitement et sans excès. La prestation de Jean-Laurent Cochet en Philaminte répond à cette définition. Il trouve en face de lui un Jean-Pierre Leroux impressionnant et magistral, qui nous a touchés tout comme Bernard Métraux jouant Ariste avec intensité et Alexandre Guansé qui donne à Vadius une noirceur comique inattendue.

Cette pièce, plus complexe qu’il n’y paraît, réserve ses coups de griffes à l’hypocrisie et au pouvoir qui font si bon ménage et dépeint avec une subtilité un peu cruelle les rapports familiaux. La version qui nous en est donnée au Théâtre 14 rend à Molière un bien bel hommage.

 

Théâtre  14 - Jean-Marie Serreau

20, avenue Marc Sangnier 75014 Paris – M° Porte de Vanves
Du 8 septembre au 24 octobre

Mardi et vendredi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h
Samedi à 16 h et à 20 h 30

01 45 45 49 77





29 août

ALEXANDRE GUANSÉ


 

Par Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr


Avant d’occuper à partir du 8 septembre la scène du Théâtre 14 dans Les Femmes savantes, mises en scène par Arnaud Denis, Alexandre Guansé nous a parlé de son métier et de son parcours.

Comédien et musicien, amoureux du théâtre et fasciné par la caméra, parlant plusieurs langues, intéressé par des univers culturels différents, Alexandre Guansé aura du mal à cacher qu’il aime la diversité. Entré au cours Florent en 2000, il endosse son premier rôle dans De Gaulle, celui qui dit non avant de rejoindre l’année suivante les cours de Jean-Laurent Cochet qui vont le marquer durablement. « Grace à lui, j’ai eu le sentiment que le théâtre n’était pas seulement un exutoire ou une distraction, mais quelque chose de plus profond, une vraie vocation conditionnant toute une vie. » Il y rencontre Arnaud Denis et ceux qui, avec lui, vont entrer dans la compagnie des Compagnons de la Chimère. « Nous avons vécu des moments uniques avec une émulation presque romantique entre nous. Nous partions en week-end pour répéter nos textes ou préparer des spectacles. Jean-Laurent Cochet (qui va tenir dans Les Femmes savantes un rôle tout particulier) a reconnu que notre promo l’avait marqué. » Sans conteste, cette formation va lui permettre de construire ses débuts sur des fondations humaines solides et désintéressées. « Ce métier est difficile, reconnaît-il, il est important d’avoir des liens forts. L’esprit de troupe que nous avons est une chose précieuse ! » 

Après avoir interprété plusieurs personnages dans L’Ingénu de Voltaire, Les Femmes savantes lui demandent de rentrer dans la peau de Vadius, un personnage plein d’aigreur, hypocrite et frustré. « Tout comédien travaille sur l’humain qu’il est. Pour mes personnages, même les plus éloignés de moi, je me sers de beaucoup de choses, notamment de ce que j’ai vu et vécu. Tout ce que je fais et qui m’entoure prend un sens et du relief par rapport à ce que je joue. »

Reste ensuite à tout donner sur scène comme il sait le faire avec beaucoup de retenue. Et peut-être un peu d’appréhension pour ses nouveaux rôles ? Alexandre Guansé précise : « Il faut apprendre à dominer la peur. J’ai eu la chance de jouer le même rôle près de deux cents fois. Dans ces cas-là, si tu as encore peur, c’est qu’il y a un problème. Cette fréquence permet de dédramatiser. On joue dans plein d’états différents sans avoir besoin d’une préparation particulière. Le trac n’est pas nécessaire pour que ça marche ! »

Hors le théâtre, beaucoup de domaines l’attirent. À commencer par le cinéma vers lequel il souhaite s’orienter davantage. Sa double nationalité franco-américaine qui lui a permis de tourner avec des réalisateurs anglo-saxons explique une attirance certaine pour la vie culturelle étrangère. « Je suis un peu né avec une valise dans la tête ! » résume-t-il d’une formule. Dans ses tournages récents figure le film de Jan Kounen Chanel et Stravinski, où il tient le rôle du danseur appelé à remplacer Nijinski dans Le Sacre du printemps et que l’on devrait voir dans les mois à venir.

Par ailleurs, avec Élisabeth Ventura, autre membre de la compagnie des Compagnons de la Chimère, il travaille sur l’écriture d’un scénario de film.

Ceux qui l’ont vu sur scène savent que cet acteur, qui a aussi une solide formation de piano et de guitare classique, sait se renouveler et trouver le ton juste pour chacun de ses personnages. Les autres découvriront dans Les Femmes savantes un comédien hors pair ayant le privilège de pouvoir séduire sans jamais le vouloir !


Théâtre 14 - Jean-Marie Serreau

20, avenue Marc Sangnier 75014 Paris – M° Porte de Vanves
Du 8 septembre au 24 octobre

Mardi et vendredi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h
Samedi à 16 h et à 20 h 30

01 45 45 49 77



24 février

L’opéra de Sarah


Au théâtre, avec du talent, on peut faire des merveilles et embarquer le spectateur dans une épopée magnifique avec un minimum de choses. Le texte d’Alain Marcel sur la vie de Sarah Bernhardt réussit ce prodige. Un acteur magnifique (Jérôme Pradon) et un pianiste (Damien Roche), et voilà l’un des plus étonnants spectacles de cette saison.

 

Nul besoin d’être un fan d’art dramatique pour s’intéresser à la vie d’une très grande actrice, quand l’histoire est restituée avec autant de bonheur. Le texte d’Alain Marcel (il est aussi comédien à l’affiche de Perthus au Petit Marigny) fait revivre la tragédienne au travers d’une narration de folie, mettant en avant des aspects peu connus de sa vie, et on se régale ! Les dialogues, entrecoupés de nombreux airs, donnent vie à cette saga musicale d’une vivacité et d’une drôlerie peu communes. Et il faudrait être bien blasé pour ne pas voir dans ce spectacle chanté, d’une incroyable richesse scénique, une inépuisable source de jubilation. C’est aussi l’occasion de redécouvrir l’art de Jérôme Pradon qui fait ici une prestation hors du commun et que les comédies musicales londoniennes ont trop souvent tenu éloigné de Paris. Pour le reste, nous vous laissons les joies de la surprise. Sachez seulement qu’il s’agit la première partie de la vie de celle qui s’immortalisa aussi dans des rôles travestis, dont celui de l’Aiglon. Une existence extravagante, amoureuse, mais toujours marquée par le sceau de la générosité (Sarah Bernhardt prit le parti de Dreyfus et se consacra aux blessés durant la guerre de 1870). Vigoureux démenti à ceux qui pensent que la création a du plomb dans l’aile, L’Opéra de Sarah est indiscutablement un spectacle populaire tout public synthétisant ce qui fait la beauté et la noblesse du théâtre.


Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

 

Photo ERIC DEVERT


Théâtre de l’œuvre : 55, rue de Clichy 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 15 h 30

01 44 53 88 88

 

23 février

La Framboise Frivole : Furioso


Elle a beau se donner de grands airs, la musique classique n’en prête pas moins à rire. Peter Hens le prouve et vient plonger de nombreux tubes musicaux dans un bain de folie furieuse dont les spectateurs sortent tout ragaillardis.

La Framboise Frivole et les Parisiens, c’est une aventure de plus de quinze ans. Quinze ans de délire sur de grands compositeurs classiques, prétextes à des balades musicales nous faisant aller de Rossini à Dalida en passant par Joe Dassin, Camille Saint-Saëns ou Edvard Grieg. Dans Furioso, son nouveau spectacle tout public, Peter Hens raconte comment il a failli devenir cuisinier et commence par entonner un lieder de Schubert (Leader Maximo) dont le texte, très loin de Goethe, semble copié sur la carte d’une pizzeria. Quelques facéties plus tard, son Alléluia de Haendel est soudain détourné par Freddy Mercury et tout le spectacle se construit autour d’un mélange inattendu et réussi des styles musicaux les plus divers. Peter Hens, accompagné de son violoncelle (qui parle !) et par les doigts agiles du pianiste Yves Gourmeur (qui ne parle pas !), saute allègrement d’une musique à une autre ; en l’espace d’une demi-seconde, il change de style, d’époque et de voix. On reste subjugué et l’on s’amuse de ce magistral mélange des genres. Étant ici entre mélomanes, personne ne nous reprochera d’apporter un petit bémol, à savoir l’excès de calembours dont visiblement Peter Hens raffole. Si l’on excepte ce petit travers, la balade gastronomico-musicale de la Framboise Frivole mérite une excellente note. Lorsqu’au moment de se séparer, le public, debout, est appelé à reprendre le final de Traviatata de Verdi avec des sonorités loufoques de basses wagnériennes sur la digestion, on peut entendre dans ce délire commun toute la joie de l’assistance de s’être retrouvée là !


Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr

 

Théâtre des Bouffes Parisiens : 4, rue Monsigny 75002 Paris

Du mardi au samedi à 21 h et matinée le samedi à 16 h 15

01 42 96 92 42

 

 

 

 

 


11 février

L’ARTISHOW

 

En découvrant le nouveau spectacle de l’Artishow conçu par Xavier Barboteu, on assiste à la transformation réussie d’un café-théâtre ayant su garder l’esprit convivial et festif qui a fait son succès tout en se hissant au plus haut niveau. Nouvelle immersion dans l’univers de l’incontournable cabaret parisien.

 

Depuis des années, l’Artishow a su démontrer que professionnalisme pouvait se conjuguer avec esprit de troupe et de famille.

C’est la même équipe, légèrement étoffée, que l’on retrouve au fil des ans avec, pour les habitués, le sentiment de revoir des amis de longue date. Si l’on découvre l’endroit pour la première fois, l’impression est toujours la même, un bel étonnement devant ce spectacle unique en son genre. Dans cette fête, rien de superficiel, tout est généreux et authentique, depuis l’accueil jusqu’aux remerciements finaux. C’est la troupe qui vous reçoit sur le perron du cabaret, c’est elle qui assure le service pendant le repas dans une ambiance déjà un peu survoltée. Avec le pousse-rapière en guise d’apéritif, tout ce que l’on vous sert est présenté simplement (pas de chichis) mais c’est indiscutablement bon : du foie gras en entrée, une blanquette de veau avec des petits légumes et un croustillant au caramel en dessert avec un bon choix de vins et un pain de campagne bio. Le repas servi, le gong retentit plusieurs fois : le spectacle peut commencer !

 Loin des numéros qui s’enchaînent, Xavier Barboteu a toujours voulu s’inscrire dans une thématique et recréer un univers. Que ce soit ses idées de mise de scène, les costumes (toujours plus riches et plus étonnants, on pourrait s’imaginer parfois au carnaval de Venise), les performances des artistes, on devine un travail considérable et le résultat est (ô combien !) à la hauteur. Les références nombreuses dont chaque épisode est émaillé plongent, cette fois-ci, leurs racines dans le cinéma. La parodie, présente avec Framboise (qui unit à jamais Marie-Paule Belle et Sylvie Joly) et Mamyta (incroyable Bardot et Mme de Fontenay), vient ponctuer des numéros qui ne sont plus de l’imitation tant l’univers recréé est personnel et fort. Que ce soit Tina Turner (avec Adam, l’un des deux petits nouveaux), Julie Pietri (Galipette), Christophe Willem (Antoine), Charles Aznavour (Jean-Yves) ou Marilyn Monroe, on croit aux personnages avec lesquels on vibre et on salue la performance. Les danseurs Stéphane, François et Nicolas (qui fait également un superbe Charlot) servent parfaitement les chorégraphies maison qui allient la fantaisie, l’humour et la danse sous le regard de Pascal et Gregory, les deux grooms tout de rouge vêtus, paraissant sortir d’un livre de Tintin et qui passent de la salle à la scène pour agrémenter la soirée de leurs facéties.

Machine à donner du bonheur, l’Artishow devrait, par les temps qui courent, être reconnu d’utilité publique ! Un peu caché dans le XIe arrondissement, le cabaret transformiste, en quelques années, a su s’imposer et gagner une notoriété que beaucoup doivent lui envier aujourd’hui.

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr


3, cité Souzy 75011 Paris

01 43 48 56 04

www.artishowlive.com

9 février

L’INSPECTEUR WHAFF



Il est impossible de résumer l’intrigue de L’Inspecteur Whaff pour une simple raison : il n’y a pas d’intrigue dans la pièce déjantée de Tom Stoppard où plus on avance et plus on s’enfonce dans le brouillard (anglais !). Le délice de la pièce réside dans le plaisir de n’avoir rien à comprendre et de déguster une mise en scène de folie signée Jean-Luc Revol, servie par une superbe troupe.

Imaginez les Monthy Python menant une enquête dans le style Le cœur a ses raisons pour « Au théâtre ce soir » et vous aurez une toute petite idée de ce qui se trame sur la scène du Tristan Bernard où deux critiques de théâtre commentent une pièce policière jouée par des acteurs ringards. Les deux critiques ne se préoccupent que de leur ego jusqu’au moment où ce qui se déroule sous leurs yeux les rattrape. Mais qu’importe ! L’essentiel est dans la mise en scène de Jean-Luc Revol qui réussit le prodige de faire de L’Inspecteur Whaff un petit chef-d’œuvre, décalé, décapant et surtout irrésistiblement drôle. L’on reste sidéré par l’exploit consistant à rendre palpitante une pièce prétexte, écrite pour le seul plaisir de faire du théâtre et de se moquer avec force de ceux qui en vivent. Il fallait une distribution de choc et elle est là. Le vrai comique ne fonctionne qu’avec des acteurs capables de faire dans la dentelle comme Jacques Fontanel (incroyable en critique vaniteux), Anne Bouvier (en jeune nympho hystérique), Pierre Deladonchamps (intense et tellement juste), Valérie Moureaux (excellente, et après elle, vous ne prendrez plus le thé de la même manière !), Viviane Marcenaro, Elrik Thomas et Éric Théobald. Tous nous font visiter un monde excentrique, insensé et égoïste qui est, au fond, celui dans lequel nous vivons !

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

Théâtre Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris

Du mardi au samedi à 21 h et matinée le samedi à 18 h

01 45 22 08 40




L’Opération du Saint-Esprit

 

Au Ciel, rien ne va plus : Dieu ne supporte plus les voix de castrat des anges, saint Pierre picole, Marie a envie de revenir sur terre et Jésus est jaloux de saint Sébastien dont la plastique attire trop le regard de certains hommes. Quant au Saint-Esprit (un peu comme Nicolas Sarkozy), il court partout pour essayer de ramener la paix – sans grand succès – et finit dans le coma à l’Hôtel-Dieu !

Cette comédie de Michel Heim (le papa des Caramels Fous et l’auteur de La Nuit des reines notamment) est un divertissement d’une heure qui chatouille allègrement la question divine avec un texte truffé d’une multitude de citations (parfois un peu cachées), d’allusions et de références diverses. Elle déclenche l’hilarité en traitant la question qui n’en finit pas de faire trembler les religions, à savoir le sexe. Comme toujours quand Michel Heim manie la plume, on entend un texte savoureux, léger, pétillant mais disant toujours ce qu’il convient de dire (pour les athées que nous sommes, c’est du pain béni !). Ici Dieu jure copieusement, saint Pierre est un inactif confirmé, l’ange Gabriel réserve bien des surprises  et Jésus, aux allures de Dalida, en personnage édulcoré et dévêtu, désireux de se réincarner en superstar, vaut son pesant d’hosties. Quant au diable, pragmatique, il est avant tout soucieux de continuer « à faire bouillir sa marmite ».

Autour de l’auteur, mis en scène par Jean-Pierre Rouvellat, Laurent Plessi, Vincent Baillet, Jean-François Dewulf, Franck Isoart et Laury André mènent cette comédie à un train d’enfer. Du coup, pour plébisciter L’Opération du Saint-Esprit, nos fidèles (lecteurs) vont se faire une joie de mettre en pratique le fameux On ira tous au paradis !

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

Théâtre Clavel : 3, rue Clavel 75019 Paris

Jusqu’au 28 mars 2009 : mardi et mercredi à 21 h 30

Vendredi et samedi à 20 h

01 43 45 55 38



7 septembre

Les Folies amoureuses


Fallait-il être fou pour prendre le risque de monter Jean-François Regnard auteur du XVIIème ignoré de (presque) tous aujourd’hui ? Pari gagné pour Pascal Zelcer et sa troupe qui font de cette pièce en vers une comédie irrésistible et succulente !

 

Dés les premières secondes, on pressent une belle réussite. Lara Neumann, dont il faut saluer la prestation hors du commun, dans une énorme robe rouge bien ridicule, chante et déjà le ton loufoque et décalé est donné. Avec une économie de moyens mais une foule d’idées, Pascal Zelcer assisté d’Élodie Kugelmann a su illustrer de la plus moderne des façons (avec chansons kitch des années 80, imitations et vidéos-gags) un texte justement remis à l’honneur dont il laisse entendre le style savoureux et vivant.

 

L’intrigue nous replonge un peu dans L’école des Femmes : Agathe, une jeune et plantureuse pupille veut échapper à un vieux tuteur transformé en geôlier. Pour se libérer de son enfermement et se donner à un fringant jeune homme, elle recourt au stratagème de la folie.

 

Autour de Lara Neumann, les comédiens sont à l’unisson. Laurent Richard (avec un talent qui nous fait regretter de ne pas le voir plus souvent au théâtre) campe le vieil égoïste forcené qui doit céder aux assauts (et au toupet) d’Eraste joué par le brillant et toujours juste Frédéric Chevaux secondé ici d’un valet et la servante du maître, heureuse de rejoindre le complot (Benjamin Guillard et Anne Saubost font merveille dans ces deux rôles).

 

Excellent moyen de conjuguer pièce classique et pure comédie, il faut aller voir ces Folies dont nous sommes tombés amoureux !

 

Philippe Escalier - Photo Matthieu Salas

    

Vingtième Théâtre

7, rue des Plâtrières 75020 Paris ‑ M° Ménilmontant

jusqu’au 26 octobre 2008, du mercredi au samedi à 21 h 30

dimanche à 17h30 ‑ 01 43 66 01 13

6 septembre

Perthus au théâtre du Rond-Point


Perthus mis en scène par Gilbert Désveaux, qui sera jouée au Rond-Point à partir du 9 septembre 2008, est une pièce signée Jean-Marie Besset, l’un des piliers du théâtre contemporain français. Deux jeunes comédiens, Robin Causse et Jonathan Drillet se partagent l’affiche avec Jean-Paul Muel et Alain Marcel. Faisons  les présentations.

 

Jean-Marie Besset

Je ne sais pas si c’est un thème que j’ai choisi ou si c’est le thème qui m’a choisi. C’est en tout cas une façon de revenir sur le premier amour, le seul qui pourrait être qualifié de pur en définitive.” Avec ce qu’il définit comme des scènes de la vie de province (où l’on verra forcément une trace d’autobiographie), Jean-Marie Besset présente une pièce profondément humaine construite sur les relations mères-fils et retraçant l’histoire d’une rencontre et d’un amour impossible entre deux garçons.

Lorsqu’il revient sur ses vingt ans de carrière, l’auteur exprime avant tout une certaine reconnaissance. “J’ai été inventé par la critique, je suis un provincial, je ne connaissais personne dans ce métier. Cela n’empêchera nullement ma première pièce  Ce qui arrive et ce qu’on attend d’être jouée en 1993 et de recevoir un prix. J’ai été dix fois nommé aux Molière. J’ai le sentiment que j’ai été soutenu par des critiques dont le jugement m’importait beaucoup comme Michel Cournot. Sans oublier les producteurs qui ont toujours été fidèles à mon travail.”

Parmi ses succès, on citera Commentaire d’amour, Grande École, Rue de Babylone ou Marie Hasparren. Outrages aux mœurs, L’Oncle Paul, La Souris verte figurent parmi ses nombreuses adaptations.

J’écris une pièce tous les dix-huit mois. J’alterne les adaptations d’œuvres étrangères que j’aime avec mes propres pièces. Adapter est avant tout un acte d’amour.” Un exercice dont il n’a pas le monopole puisqu’André Téchiné est en train de porter à l’écran sa pièce RER écrite il y a trois ans et qui aura ainsi la particularité d’avoir d’abord vu le jour au cinéma.

 

Robin Causse

Arrivé il y a presque deux ans de Montpellier, il s’apprête à 19 ans à monter la scène du Rond-Point. Enthousiasme, jovialité et énergie ont émaillé l’entretien.

Comment tout a commencé ?

J’ai la passion du théâtre depuis tout petit. Mes parents ne m’ont jamais freiné et m’ont même encouragé dans mes activités extra-scolaires. À 11 ans, j’avais envie d’apprendre des textes, de jouer des personnages, je savais déjà faire rire autour de moi. J’ai fait de petits spectacles et puis, l’été 2006, arrivent Le temps des secrets, le temps des amours et mon vrai premier rôle. Du coup, mon bac sera suivi de deux mois de tournage pour la télévision dans le rôle de Marcel Pagnol adolescent. Un superbe souvenir !

Venir à Paris a été chose facile ?

J’ai quitté le Sud sans regret. Paris est un choix qui coulait de source et mes parents l’ont bien compris. Ils m’ont fait confiance, ils savent que je suis bien entouré. Tout en gardant toujours un petit œil sur moi !

Que faites-vous une fois dans la capitale ?

Pas mal de choses : j’ai commencé un BTS en audiovisuel. En parallèle, j’ai rencontré mon agent et pris des cours de théâtre sans avoir envie d’entrer dans une école, pour rester libre de faire tout ce que je voulais. Je pense apprendre plus et plus vite sur le terrain.

La rencontre avec l’auteur se produit comment ?

J’ai croisé Jean-Marie Besset au cours d’une audition il y a six mois. Il m’a dit qu’il souhaitait travailler avec moi. Il m’a fait lire la pièce. J’ai accroché. Ensuite, la lecture s’est bien passée…

Commencer par le Rond-Point n’est pas donné à tout le monde !

Ce n’est pas évident de réaliser complètement…mais j’ai bien conscience que j’ai une sacrée chance !

Dans quel genre de rôle pensez-vous être à l’aise ?

Il faut que j’essaie un peu tout avant de répondre (rires) ! Cela dit, j’aime bien Feydeau, le vaudeville est très amusant à jouer, je suis attiré par le classique, mais d’une façon générale, je n’ai pas de réticence particulière. La comédie me convient bien aussi.

Oublions le travail ! Quels sont vos loisirs ?

Je fais du sport, de l’escrime. Je me régale… et puis au théâtre, ça peut toujours servir. Je me défoule, je n’aime pas trop les sports collectifs et je trouve que manier le fleuret est assez classe ! Sinon, Je peins (j’adore les portraits, les lignes simples et les couleurs, le tout entre réalisme et abstrait) et je dessine, pour me détendre.

Jonathan Drillet

Les répétitions se passent très bien et l’on va assez vite. Pour moi, Perthus, c’est un travail d’acteur qui va trancher avec ce que j’ai fait ces deux dernières années.” Visiblement heureux d’être partie prenante à ce projet, Jonathan Drillet explique ainsi un retour sur la scène, après une formation un peu particulière : deux ans de cours à l’École du Louvre avant de s’inscrire au Conservatoire du XXe. Sa première pièce, Beautiful Guys, sera la seule montée par Christophe Honoré et donnera lieu à trois représentations au festival Frictions de Dijon. Il a ensuite collaboré à Paris avec le metteur en scène Alexis Fichet. Depuis, il a beaucoup travaillé pour  des chorégraphes en intégrant la compagnie Moving Theater à New York et ce, bien qu’il ne soit pas danseur. “Je tourne un spectacle de Raimund Hoghe et je m’apprête à travailler avec Daniel Larrieu”, nous dit cet électron libre avant d’ajouter : “J’ai l’impression de n’avoir jamais fait d’auditions, j’ai toujours rencontré les gens par hasard. C’est par des amis américains que j’ai croisé Jean-Marie Besset.” Esprit libre s’il en est, il a fondé un groupe de performances avec l'actrice Marlène Saldana (The United Patriotic Squadrons of Blessed Diana) et s’en va régulièrement hanter, dans des tenues cocasses, quelques lieux très divers pour y lire sur un ton badin des textes politiques (très actuels !) dont il entend, par ce procédé, faire ressortir toute l’énormité. Entrer dans la peau de Paul, littéraire sensible tombant amoureux d’un matheux, devrait lui aller comme un gant, tant on le voit bien interpréter des personnages désireux d’aller au bout de leurs passions.

 

Jean-Paul Muel

Ce comédien expérimenté que nous avons vu récemment dans Good Canary sous la direction de John Malkovich débute au théâtre dans les années 70, époque où il participe à tous les spectacles du grand Magic Circus.

Impossible à classer, il excelle tant dans le répertoire classique (Molière, Musset, Rostand,) que contemporain (Pirandello, Claudel, Alan Bennet, Neil Simon).

Il aborde également le théâtre musical avec une Périchole remarquée sous la direction de Jérôme Savary. Il tourne pour la télévision et le cinéma (il joue dans La Môme d’Olivier Dahan) et met en scène des auteurs vivants. La saison dernière, il a dirigé Claire Nadeau au Festival d’Avignon dans La Divine Miss V. de Mark Hampton et Mary Louise Wilson, spectacle programmé à Paris pour la rentrée 2008.

 

Alain Marcel,

Élève du Conservatoire et d’Antoine Vitez, ce comédien jouera au cinéma, pour la télé et au théâtre. Mais c’est principalement vers la mise en scène (qu’il aborde pour la première fois en 1975) qu’il va se tourner et en particulier dans le domaine musical qui l’attire comme le prouve les deux spectacles dont il est l’auteur, Essayez donc nos pédalos et Rayons femmes fortes.

En 1983, il met en scène Le Barbier de Séville à l’opéra de Genève. Suivront une dizaine de grands titres du répertoire lyrique dont L’Italienne à Alger, La Vie parisienne, L’Élixir d’amour.  Par ailleurs, il signe l’adaptation et la mise en scène de comédies musicales américaines. Il vient de terminer l’écriture d’un nouveau spectacle musical, L’Opéra de Sarah.

Philippe Escalier pour Starter Tatouvu

Photo Robin Causse par Mathieu Dorthomb







4 juin

Jupe courte et conséquences

 

Et si tout d’un coup, il nous était donné de voir les sentiments sous un autre angle ?

Résumer Jupe courte et conséquences est inutile (il faut d’abord aller au théâtre pour y être surpris), du reste, ce qui se passe importe peu, tout le charme de ce spectacle résidant dans la façon dont il se déroule. Hervé Devolder, musicien, comédien et auteur du célébrissime Chance, joue ici l’un de ses textes écrit il y a quelques années. On y retrouve la poésie et la joie de vivre qui le caractérisent, une philosophie positive et portée vers l’amour, tellement utile quand on sait combien certains de nos semblables peuvent parfois être tordus !

Avec la pièce que l’auteur joue avec la pétillante et convaincante Stéphanie Caillol pendant une heure, nous nageons dans le bonheur, allant de rebondissement en rebondissement. On se surprend à tout oublier, riant généreusement face à des interrogations qui essayent de déterminer si l’amour existe ou pas et surtout s’il est soluble dans le quotidien.

Hymne à l’amour, le texte d’Hervé Devolder parlera au plus grand nombre. Il a su nous séduire en montrant comment draguer, désirer et aimer peuvent être non seulement la preuve d’un état particulier mais encore une activité que certains pratiquent avec un sens artistique développé.

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr


Le Lucernaire : 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris

Du mardi au samedi à 20 h et dimanche 17 h

01 45 55 57 34

31 mai

Les Fourberies de Scapin

 

De cette pièce célèbre, La Compagnie de la Chimère (qui nous a habitués à des spectacles réussis, capables de redonner le goût du théâtre aux plus blasés) nous offre une version décoiffante, propice à de belles interprétations. Personne ne pourra résister !

Arnaud Denis est mû par le désir de faire revivre de grands textes sans les trahir. Une fois encore, il réussit son pari en signant une mise en scène de folie, faisant de la pièce une énorme farce interprétée néanmoins avec beaucoup de finesse. Le rire dans la salle est permanent, déclenché par des comédiens qui n’économisent ni leurs effets, ni leurs efforts. Le metteur en scène, qui assume aussi le rôle-titre, réalise d’ailleurs une prestation remarquable confinant à l’exploit sportif (entre l’art du jeu et la résistance physique, l’on ne sait ce que l’on doit admirer le plus!). Fort bien entouré des formidables Jean-Pierre Leroux et Bernard Métraux (les deux « vieillards » qu’il va rouler dans la farine), il pousse le sens comique jusqu’à ses limites, non sans être capable de nous toucher en montrant que dans cette invraisemblable comédie, le pathétique n’est jamais loin.

Il fallait bien une troupe aussi fraîche et talentueuse (ayant obtenu le prix du jury au festival d’Anjou 2007) pour retracer avec autant de brio les frasques d’une « jeunesse impertinente ». Après son premier succès il y a quelques mois, la pièce fait l’objet d’une reprise fort à propos. On est définitivement séduit et on en redemande !

 Philippe Escalier pour www.sensitif.fr


Le Petit Montparnasse : 31, rue de la Gaîté 75014 Paris

Du mardi au samedi à 21 h et le dimanche à 15 h 30

01 43 22 77 74 – http://lescompagnonsdelachimere.com

22 mars

MARIE STUART

Par Philippe Escalier pour www.sensitif.fr


 

Adaptateur et metteur en scène inspiré, Fabian Chappuis nous propose une Marie Stuart servie comme une reine par une distribution parfaite.

 

Tout les oppose et pourtant elles sont appelées sur le même trône. Marie la catholique, ancienne reine d’écosse, a toujours fait primer le cœur tandis qu’Élisabeth d’Angleterre, la protestante, a tout sacrifié à la raison d’état. Si elles auraient pu se comprendre, notamment parce qu’Élisabeth n’était pas la souveraine odieuse que l’on décrit parfois, la religion et le pouvoir sépareront irrémédiablement les deux femmes. Face aux Anglais, refusant de devenir papistes, Marie n’avait que peu de chance dans ce combat où le fanatisme religieux prend une large part.

 

Dans un langage très subtil (fluidifié par une traduction et une adaptation remarquables), la pièce de Friedrich Schiller démonte avec subtilité les rouages politiques et humains de ce combat royal. La beauté du texte et la dimension humaine du drame pourraient bien transformer le spectateur en voyeur d’autant que l’art souverain d’Isabelle Siou (le rôle-titre) et Marie-Céline Tuvache (Élisabeth) nous permet de croire, sans retenue aucune, à leurs deux personnages. À coté de Jean Tom et de Stéphanie Labbé, qui magnifient deux seconds rôles, la distribution masculine (Jean-Christophe Laurier, Benjamin Peñamaria, Sébastien Rajon, Aurélien Osinski, Paul et Philippe Ivancic) s’accorde sans fausse note, soutenue, comme toute la troupe, par la mise en scène exemplaire, sobre et majestueuse de Fabian Chappuis.

 

N’écoutant pas Schiller selon qui le silence est le dieu du bonheur, nous entendons faire grand bruit autour d’un spectacle qu’il faut avoir vu !

 

Théâtre 13 : 103 A, boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris – M° Glacière

Jusqu’au 20 avril 2008 à 20 h 30 mardi, mercredi, vendredi, à 19 h 30 jeudi et samedi et 15 h 30 le dimanche

01 45 88 62 22

25 janvier

UNE SOURIS VERTE

 

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Par Philippe Escalier pour le magazine Sensitif  de février 2008 : www.sensitf.fr 

 

 

Quel pied ! Trivialement, voilà bien résumé le sentiment de jubilation qui accompagne la vision de ce spectacle. Adaptée par Jean-Marie Besset et mise en scène par Jean-Luc Revol, Une Souris verte écrite par Douglas Carter Beane aborde le sujet de l’impossible coming-out d’un célèbre acteur. Avec son style vivant et délicieusement corrosif, cette comédie de mœurs, faisant fi des contraintes habituelles du théâtre, est une remarquable réussite.

 

Diane est une productrice lucide et cynique très attachée, quoi que lesbienne, à Michaël, acteur jeune et brillant. Il est gay, elle le sait et l’assume, consciente de détenir les moyens professionnels de le garder pour elle. Pourtant, Michaël tombe amoureux d’Alex, jeune gigolo au cœur tendre, mettant ainsi en péril les nouveaux projets de Diane, désireuse d’adapter au cinéma une pièce à succès bâtie autour de deux homos.

 

Parce que la réussite d’une belle carrière interdit que l’on dévoile son homosexualité, Diane met son énergie à détruire l’équilibre affectif que Michaël tente de construire, malgré ses peurs et les tentations de l’alcool. Arguments imparables énoncés avec grands sourires carnassiers à la clé, elle évacue Alex et le sujet gay du film pour recréer, à la vie comme à l’écran, un gentil petit couple hétéro.

 

Cette histoire, finalement commune, tant elle a dû se produire de fois dans la réalité du showbiz, se construit sur des dialogues cyniques mais jamais racoleurs, drôles et savoureux, magistralement orchestrés par Jean-Luc Revol. Le quatuor qui s’affronte sur scène est parfait. Raphaëline Goupilleau, avec sa voix si particulière, fait un immense numéro, digne des plus grandes actrices, donnant à ce sublime rôle la dimension qu’il mérite et l’on reste, devant sa prestation, béat d’admiration. Face à elle, Arnaud Binard est parfait en jeune premier que ses faiblesses rendent séduisant. L’on est heureux de le retrouver dans une telle pièce. Là, il craque (et on le comprend !) pour Édouard Collin qui, avec Alex, tient son plus beau rôle depuis ses débuts. Transformé (sans grand mal) en bombe sexuelle, Édouard Collin sait se montrer déjanté mais aussi attendrissant et humain et l’on trouve chez ce jeune acteur l’étendue d’une palette de jeu très prometteuse. Enfin, dans la peau de la copine qui vient semer la panique (les compromis ont toujours un prix !), Julie Debazac s’impose avec une grande finesse naturelle. Jean-Luc Revol, dont il convient de saluer la qualité du travail entrepris depuis des années, vient donner à cette pièce, intelligente et hautement divertissante, les allures énergiques et subtiles qui lui vont à merveille.

Rater ce spectacle ne serait pas une faute, ce serait un crime !

 

Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris M° Villiers

Du mardi au samedi à 21 h et le dimanche à 18 h

01 45 22 08 40

30 septembre

Entre Fous émois

 

Avant même que Jarry n’entre en scène, avec sa fougue et son énergie, on comprend que le spectacle ne va pas être comme les autres. Et de fait, avec lui c’est un grand bol d’air pur que nous respirons. Le spectacle est authentique, il retrace une vie avec des mots empreints de beaucoup de sensibilité et une grande drôlerie. Lui qui affirme que la seule fois où il a fait tourner la tête d’une femme c’était dans un manège, entend raconter comment, alors que tout le poussait vers la terre et la vigne, il a pris le chemin de Paris, des planches et des garçons.

Sa différence, il la met en avant avec une infinie délicatesse et un humour décapant. Son spectacle décoiffe, avec un rythme plus que soutenu, toujours émouvant, sans démagogie. On se laisse prendre au jeu et, séduit par sa capacité à changer de personnages, on le suit dans sa promenade autobiographique qui nous fait rire, souvent et de bon cœur.

L’on reproche souvent aux jeunes artistes d’être un peu formatés. Avec Jarry, on est loin de tout ça. On passe avec lui un formidable moment à découvrir l’être humain derrière l’acteur capable de tout donner l’espace d’une soirée.

Nos applaudissements en retour semblent alors une bien maigre récompense pour un si beau travail.


Philippe Escalier 

Théâtre du Gymnase : 38, boulevard Bonne-Nouvelle

M° Bonne-Nouvelle 75010 Paris

Tous les lundis à 20 h 30

01 42 46 79 79

 

19 septembre

Panique à bord

 

Et si la France était le pays des comédies musicales ? Avec Panique à bord, le trio de choc Stéphane Laporte (Le Violon sur le toit) au livret, Patrick Laviosa (Le Cabaret des hommes perdus) à la musique et Agnès Boury (Créatures) à la mise en scène apporte une réponse brillante et positive. Tonique, endiablé, d’une étonnante fraîcheur, Panique à bord est bien le spectacle phare de cette rentrée !

 

L’histoire est un prétexte. Sur un bateau de croisière vont se rencontrer un couple désireux de libertinage, une mère et son fils vivant de pratiques peu recommandables, une chanteuse très vamp et un second qui rêve de devenir commandant. Au milieu d’une histoire totalement farfelue, dans une mise en scène de folie furieusement efficace, les numéros s’enchaînent, provoquant surprises et hilarité. Que ce soit le talent incontestable des comédiens Ariane Pirie, Christine Bonnard, Angélique Rivoux, Vincent Heden, Gilles Vajou et Jacques Verzier, la qualité des textes ou des musiques, on chercherait en vain une fausse note.

 

Il faut se précipiter vers ce spectacle et embarquer à bord du Titanas dont on ressort littéralement chaviré de bonheur !

 

Philippe Escalier

 

Photo Geneviève KRIEFF

 

 

Vingtième Théâtre : 7, rue des Plâtrières 75020 Paris M° Ménilmontant

Du mercredi au samedi à 21 h 30, dimanche à 15 h

01 43 66 01 13 

3 septembre

Bent

 

Berlin 1934, Max vit une vie insouciante où fêtes, drogue et sexe se confondent. Son ami Rudy, bohème et danseur, n’a guère de prise sur lui. Tous deux terminent une soirée agitée en ramenant Wolf à leur domicile. Ce jeune Allemand va, quelques heures après, se faire assassiner sous leurs yeux par les nazis. La Nuit des longs couteaux (moment sanglant où les SS liquident les SA, dirigées par Röhm, un homo assumé) vient de commencer. Les deux amants doivent fuir et se cacher avant qu’une imprudence ne permette de les capturer. Rudy, soupçonné d’être un intellectuel du fait de ses lunettes en écailles, sera tué sur place tandis que Max est acheminé vers Dachau. Croyant bien faire, il se dit juif pour échapper au triangle rose, celui-là même que doit porter Horst dont la rencontre va être source d’un peu d’amour. Mais dans l’horreur des camps de concentration, ce mot, pas plus que les détenus, n’a d’avenir.

 

Bent est une pièce majeure commençant comme Cabaret et se terminant comme Nuit et brouillard. Écrite dans les années 70 par Martin Sherman, un juif homosexuel, elle décrit la condition des victimes du triangle rose quand, trente ans après la guerre, l’homophobie ambiante (notamment dans la communauté juive) rejette avec mépris les souffrances subies par ces hommes différents. Militant par définition, ce texte humain, généreux et drôle (l’un des exploits de Sherman est de parvenir à nous faire sourire tout au long de cette terrible histoire) a une portée universelle. Avec des mots simples, cette pièce parle d’amour, de la lutte pour s’affirmer, rester en vie et conserver quoi qu’il advienne sa part d’humanité. C’est un moment rare où l’art rejoint la pédagogie.

 

Nicolas Guilleminot, fortement marqué par la pièce, a mis dix ans avant de réaliser son projet. Reprenant l’adaptation de Thierry Lavat, avec dix comédiens, il donne vie à sa vision de Bent dans l’espace réduit des Déchargeurs. Une vision humaine de ce drame, laissant une vraie place à la partie introductive qui se déroule dans le cabaret de Greta (excellent Gérald Teste qui se révèle dans son rôle travesti) dont les chants accompagnés au piano par Sylvain Bugajski rythment les moments euphoriques du début. Aux côtés de Didier Chopard, Christophe Jehanno, Olivier Pochon et Jean-Marc Dethorey, Baptiste Heynemann interprète un Rudy bavard, naïf à souhait. Antoine Coutou se livre avec souplesse à quelques facéties pendant que les spectateurs s’installent, et se coule ensuite avec facilité dans le personnage fruste de Wolf. Philippe Le Gall et Tony Incandella (Horst et Max), seuls en scène pour la dernière partie, communient dans la même intensité émotive. Par devoir (de mémoire) mais surtout par plaisir, nous irons les encourager !

 

 

Philippe Escalier

(Crédit photos : Nicolas OLIVIER)

 

Les Déchargeurs : 3, rue des Déchargeurs 75001 Paris M° Chatelet-Les Halles

Du mardi au samedi à 19 h 30 jusqu’au 29 septembre 2007 - 08 92 70 12 28

8 mai

Le Cirque du Soleil de retour à Paris

ALEGRIA

 

Le Cirque du Soleil a déjà ébloui Paris en 2005 avec Saltimbanco. Après deux ans d’attente, la venue d’Alegria permet aux Parisiens de renouer avec ce cirque d’exception.

 

Bien loin des chapiteaux d’antan, il n’est nullement exagéré de prétendre que vous n’avez jamais connu pareil cirque ! Celui-ci est né il y a plus de vingt ans, à Baie-Saint-Paul, près de la ville de Québec, de la rencontre de quelques saltimbanques passionnés par les spectacles de rue sous l’égide de son directeur actuel, Guy Laliberté. La troupe a grandi avec des succès, considérables et comporte aujourd’hui, toutes catégories confondues, plus de 3 600 personnes. Plusieurs « Cirque du Soleil » différents se produisent, en même temps, sur tous les continents et ses spectateurs se comptent par dizaines de millions.

 

Avec Alegria, c’est l’allégresse, la jubilation et la magie qui entourent les numéros traditionnels de l’art circassien déclinés sous la forme la plus spectaculaire qui soit. La mise en scène à la fois festive, colorée, musicale et stylisée est étudiée pour que tout jusqu’au moindre détail soit beau à couper le souffle. Les amateurs de sensations fortes seront servis : un spectacle du Cirque du Soleil est une féérie impossible à oublier !

Jusqu’au 15 juillet 2007

Rue André Campra 93210 Saint-Denis

RER D Stade de France

Du mardi au dimanche

www.cirquedusoleil.com

 

4 mars

L'éventail de Lady Windermere

 

 

Nous sommes dans les salons de la meilleure société londonienne. Un jeune mari prend le risque de perdre sa femme pour lui cacher un secret de famille qu’elle doit ignorer. Mais peu importe le sujet, les héros d’Oscar Wilde paradent sur une scène devenue une arène où les sourires s’accompagnent de formules assassines.

 

Dans sa première comédie, Oscar Wilde dévoile un art dans lequel il excelle, celui de la conversation, où aphorismes et paradoxes sont rois. Le plaisir est ici accru par une interprétation remarquable. Geneviève Casile triomphe dans un rôle qu’elle maîtrise avec une insolente facilité. Loin de pâlir devant elle, Élisa Sergent toute en douceur est magistrale. Sébastien Azzopardi séduit en lord sophistiqué, superficiel et cynique. Sa mise en scène précise et efficace, entre dérision et réalisme, souligne les travers d’un monde en perpétuelle représentation. Avec Franck Desmedt, Marie-France Santon, Jean-Philippe Beche, Jean-François Guilliet, Frédéric Imberty et Anaïs Harté, le divertissement s’exprime avec une grande subtilité. Tel Oscar Wilde disant pouvoir résister à tout sauf à la tentation, il nous semble bien difficile de résister à pareil spectacle.

 

Philippe Escalier

 

Bouffes Parisiens : 4, rue Monsigny 75002 Paris – M° Quatre Septembre

Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 15 h

01 42 96 92 42

 

 

 

9 janvier

Julien Baptist incarne Jeffrey

L’AUTEUR AMÉRICAIN PAUL RUDNICK A ÉCRIT UNE COMÉDIE DRÔLE ET PLEINE DE VIE SUR LE DIFFICILE SUJET DU SIDA. DEPUIS 1993, JEFFREY A CONNU DE TRÈS BEAUX SUCCÈS SUIVIS D’UNE ADAPTATION CINÉMATOGRAPHIQUE AVEC UNE BELLE DISTRIBUTION MAIS AU RÉSULTAT MITIGÉ. LE METTEUR EN SCÈNE CHRISTIAN BORDELEAU A DÉCIDÉ DE REVENIR AUX ORIGINES DE LA PIÈCE. APRÈS TORCH SONG TRILOGY, IL S’EST EMPARÉ DE L’OEUVRE POUR EN DONNER, AU THÉÂTRE CLAVEL, UNE ADAPTATION À LA FOIS FIDÈLE, ORIGINALE ET DYNAMIQUE, SERVIE PAR DE JEUNES COMÉDIENS. PARMI EUX, JULIEN BAPTIST INTERPRÈTE LE RÔLE-TITRE.

Il sera bien diffi cile d’enfermer dans une catégorie précise ce garçon volubile et passionné. Lui qui a commencé à apprivoiser les caméras à l’âge de quatorze ans revendique ses ascendances américaines pour clamer son amour du spectacle, toutes frontières confondues. Comédien, danseur, chanteur, ses expériences comme ses envies le poussent à user de toutes les facettes d’un métier qui le rend heureux.

« Aujourd’hui, je sais ce que je veux et je suis capable de l’exprimer durant des heures en interview ! »  Ne surtout pas lui répondre « chiche » ! Sourire en coin, avec une bonne dose d’espièglerie, il aborde chaque question avec une énergie contagieuse. « J’ai envie de toucher à tout, sans vouloir être le meilleur en tout, mais je veux être bon dans tout ce que j’entreprends. »

Originaire d’Angers (une mère soutien indéfectible et un père militaire un peu plus réticent), Julien Baptist est parti vers Londres puis vers Paris pour respirer l’air du large et apprendre son métier. Sa participation à « La Nouvelle Star » lui a laissé un souvenir ému en même temps qu’une première (et importante) reconnaissance médiatique. « J’ai tenu à y participer, du moins aux premiers stades, parce que l’émission moins scénarisée, bien plus spontanée que sa concurrente sur TF1, fait la part belle au chanteur. » Et d’ajouter : « J’aime la prise de risques, la confrontation avec le public. » S’il le fallait, il y trouve confi rmation de sa vocation à laquelle il consacre tout son temps libre. Perfectionniste, il travaille à compléter sa formation, en suivant actuellement les cours de l’académie musicale Richard Cros dont la philosophie pluridisciplinaire le comble. Sport, théâtre, yoga... Si le chant demeure essentiel, ce qui contribue à façonner un artiste épanoui n’est pas oublié.

Sa rencontre avec Christian Bordeleau s’est faite lors de la première série de représentations de Torch Song Trilogy en 2005. Il devient vite évident qu’il va participer à la distribution de Jeffrey.Durant la série d’auditions passées pour compléter le casting, il tient le rôle-titre sans savoir qu’il va fi nalement devoir l’assumer

su scène. Divine surprise que ce personnage dans la peau duquel il rentre bien volontiers tout en gardant ses distances. « Je me demande comment je réagirais confronté aux situations dans lesquelles il se trouve », s’interroge-t-il, avant de résumer d’une phrase sa joie de se retrouver sur scène aussi bien entouré : «spectateurs vont avoir de la musique, de la danse, en bref, show dans le théâtre et ce mélange génial nous oblige à nous dépasser ! Tout ce que j’aime ! »

Théâtre Clavel  : 3, rue Clavel 75019 Paris - M° Pyrénées

Du 8 janvier au 29 mars : lundi, mardi, mercredi et jeudi à 21 h 30

01 42 38 22 58

 
14 mars

Romance

 

 

Quelle histoire ! Dès les premiers instants, il apparait évident qu’il va se dérouler sous nos yeux des choses bizarres et l’on n’est pas déçu ! Dans l’enceinte d’un tribunal, un procès présidé par un juge hypocondriaque au comportement assez curieux (joué par Yves Gasc dont il faut saluer la prestation comique exceptionnelle), va rapidement s’orienter vers le burlesque absolu. « Romance » est véritablement une histoire folle (qu’il n’est guère utile de la raconter, du reste elle est inracontable !) dans laquelle David Mamet s’en donne à cœur joie et traite les sujets les plus ardus (homosexualité, antisémitisme, conflit israélo-palestinien) à travers le prisme de la dérision totale. Grâce au laissez-passer fourni par un humour ravageur auquel il est impossible de résister, cette farce totale s’affranchir allégrement du politiquement correct et vient de moquer des inepties du monde actuel. Entre deux fous rires, vous allez apprendre quelle influence le lave-vaisselle peut avoir sur la vie conjugale.

 

 

Philippe Escalier

www.sensitif.fr

 

 

Tristan Bernard : 64 rue du Rocher 75008 Paris – M° Villiers – du mardi au samedi à 21h & samedi à 18h – 01 45 22 08 40