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9 janvier Un si joli mondeLes gens de la télé sont sur tous les fronts. Stéphane Bern n’échappe pas à la règle et après avoir joué au théâtre Saint-Georges dans Numéro complémentaire, l’animateur radio et télé vient de publier son premier roman. À l’instar des pièces de Laurent Ruquier, faut-il s’attendre au pire ? On ne cachera pas que l’animateur nous est sympathique, sachant faire rire sans blesser, doté de culture, ce qui est rare (et souvent inutile) à la télé. Nous avons entamé son livre avec un bon a priori. Sans oublier qu’il s’agit d’un premier pas, nous aurions du mal à en dire du bien, tant l’histoire de cet univers mondain et pailleté est répétitive, l'intrigue mince et le style banal. Il est évident que Stéphane Bern a voulu fustiger un monde qu’il connaît parfaitement avec beaucoup de bonne volonté. Mais depuis la célèbre formule de Gide, l’on sait que l’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Ce livre en est la preuve. On retiendra qu’il a été écrit sans prétention, ce qui fait au moins une chose à mettre au crédit de l’auteur. Philippe Escalier
Flammarion - 345 pages - 14 euros 24 août Camping Atlantic
Ne pas se fier au titre, Ariel Kenig ne nous a pas livré un panaché de souvenirs de vacances. Son premier roman (si surprenant, si prometteur pour un auteur âgé de 22 ans) nous plonge dans l’intimité d’une relation fraternelle à la saveur toute particulière. Études de mœurs aux connotations sociales, on n'ira pas plus loin dans le résumé de l’essence de ce livre, par crainte de lui faire perdre un peu de son charme. A-t-il voulu faire sienne la belle citation de Marcel Proust : « L’ironie est quelquefois l’enseigne mensongère d’un arrière-fond très tendre » ? Toujours est-il que l’auteur a su manier le réalisme, la dérision, et un certain cynisme, le tout enrobé d’une bonne couche de tendresse pour retracer l’été d’Adonis. Comme tous les ans, le jeune adolescent pourvu de la beauté que laisse présager son prénom, passe une partie de l’été dans la caravane des parents. Entre eux et ses voisins de tente, aucune possibilité de salut, c’est l’ennui absolu, que Nicolas en débarquant va rapidement dissiper. Toujours tenu à distance, ce grand frère qu’il connaît mal, Adonis le découvre soudainement. Face à l’admiration réciproque, la complicité s’installe, elle ira aussi loin qu’elle peut aller. Tous deux vont décider de faire corps et d’atomiser le quotidien vulgaire qui les entoure. Avec son style capable de capter par sa précision l’attention du lecteur dès les premières lignes, Ariel Kenig, dans cet hymne à l’amour et à la différence, s’est emparé de thèmes difficiles qu’il a su magnifier.
Philippe Escalier
Camping Atlantic est publié aux éditons Denoël - 191 pages - 15€ 3 mai Alan Turing : L’homme qui a croqué la pommeMathématicien génial, père de l’ordinateur, né le 23 juin 1912 à Londres, Alan Turing à grandement contribué à la victoire contre les nazis en brisant Enigma, leur fameuse machine à coder. Un exploit qui, à lui seul, aurait dû l’élever au rang de héros national. Au lieu des lauriers qu’il méritait, sa patrie mis sur son chemin des embuches qui finirent par avoir raison de lui. Cet esprit remarquable, l’un des plus brillants de son époque, avait le tort d’être homosexuel. Victime d’un cambriolage, la plainte qu’il doit déposer va mettre sa vie privée (pourtant peu mouvementée) en lumière. Pour éviter la prison, (l’homosexualité est longtemps restée un crime outre-Manche), il est tenu de suivre un traitement chimique castrateur. Une décision indigne qui le pousse au suicide. Un soir de juin 1954, cet homme que la découverte de « Blanche-Neige » avait fasciné lorsqu’il était enfant, croqua dans une pomme imbibée de cyanure. Une image forte dont les deux fondateurs d’Apple se souviendront au moment de choisir l’emblème de leur marque, même si, par la suite, ils trouvèrent des explications moins dramatiques et plus politiquement correctes.
Le destin étrange et romanesque d’Alan Turing peut se rapprocher, par bien des points, de celui d’Oscar Wilde. Doté, comme lui, d’une intelligence fulgurante, il eut une vie brève, victime d’une société ayant toujours préféré la crétinerie bien pensante au génie remuant et sexuellement « non-conforme ». L’homme a pourtant de quoi fasciner : ses travaux sur l’intelligence artificielle ont été essentiels au développement de l’informatique, sans compter la liberté dont le monde occidental lui est redevable, en partie. En venant à bout du code utilisé par la marine allemande, sur lesquels les experts, les uns aprés les autres s’étaient cassés les dents, il permet (épaulé par une équipe d’ingénieurs) de gagner la bataille de l’Atlantique. Grâce à lui, les sous-marins qui menaçaient d’asphyxier la Grande-Bretagne furent localisés et détruits. Un livre et une pièce de théâtre lui ont déjà rendu hommage. Le livre que Laurent Lemire lui a consacré se lit d’une traite. Très synthétique et bien documenté, il contribue à braquer les projecteurs sur une vie exceptionnelle qu’il était urgent de sortir de l’ombre. Philippe Escalier Alan Turing, L'Homme qui a croqué la pomme est publié aux Editions Hachette Littératures - 17,50€21 mars Jean-Claude Dreyfus
Du cochon considéré comme l’un des beaux-arts Avec la sortie de ce livre sur un thème qui lui est « chair », Jean-Claude Dreyfus occupe doublement l’actualité. Non content de pouvoir se trouver au salon du livre, le comédien met en scène et joue un spectacle original basé sur des textes du poète maudit Jean Rictus en compagnie de Fabrice Carlier à la Maison de la poésie. Après avoir contribué à nous faire découvrir une langue truculente et argotique, décrivant (avec quel talent !) la pauvreté du début du siècle dernier, il nous présente une riche série de textes liés à l’univers porcin qu’il affectionne. Cette anthologie est illustrée de photos qu’André Boulze a prises à partir d’objets inattendus et superbes provenant de la collection privée de Jean-Claude Dreyfus où le cochon apparaît sous ses coutures les plus folles. Quelques-unes, vers la fin, sont sensiblement plus cochonnes que les autres. Parmi la trentaine d’auteurs ainsi illustrés, on remarquera des noms aussi divers qu’Alexandre Dumas, Patricia Highsmith, Lewis Carroll, Pétrone ou Boris Vian, chacun venant chanter, à sa manière le noble animal. Avec une plume qui démontre un grand appétit pour les mots, l’auteur se livre à une préface, vraie déclaration d’amour. S’il est discutable que le cochon soit le propre de l’homme, la science a démontré qu’il était organiquement très proche de lui. D’un format moyen, couleur rose bonbon, cet ouvrage savant et drôle est également un petit objet décoratif permettant d’affirmer bien à propos : « C’est de l’Art et du Cochon » ! Philippe Escalier Éditions Le Cherche Midi - 95 pages -17 € - www.cherche-midi.com « Rictus » est joué à la Maison de la Poésie : 157 rue Saint-Martin 75003 Paris M° Rambuteau - jusqu’au 10 avril 2005 - 01 44 54 53 00 |
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