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1 novembre

MARIANNE JAMES

Par Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr
Photo Stéphane Berthelot

Après la chanson, le one-woman show, la comédie musicale et la télé, Marianne James arrive au théâtre avec un texte, un vrai, signé Hanokh Levin. Dans Les Insatiables joués au Studio des Champs-Élysées, fidèle à elle-même, elle surprend et séduit. Quarante numéros après, une occasion en or de fêter les retrouvailles de Sensitif avec l’artiste qui continue à ne laisser personne indifférent.

Comment as-tu décroché le rôle de Bella ?

Tout part de la metteuse en scène Guilda Braoudé. Elle connaissait la pièce en hébreu, elle savait qu’elle allait avoir une traductrice adaptatrice merveilleuse, Lionel Abelanski et son mari Patrick Braoudé comme acteurs. Elle m’a proposé le rôle tout au début, un an avant Rabbi Jacob. Elle voulait une femme plantureuse comme les aime l’auteur, autoritaire, franche et naïve. On a fait une lecture et tout a bien fonctionné. Il a fallu attendre le moment où tout le monde était libre.

Un premier rôle au théâtre, n’est-ce pas trop dur ?

Si ! Je suis une show-girl, je viens de la musique et du chant, mon univers est là. Tout d’un coup, tout change et avec cette proposition, j’ai compris que j’avais quelque chose d’important à jouer, un virage à prendre dans ma vie et qu’il fallait y aller fort, pas en faisant quelque chose de tiède comme mon dernier album, avec lequel j’ai pris une claque assez douloureuse que je comprends mieux maintenant. Je savais à la première lecture de ce texte féroce et corrosif que les gens allaient adorer ou détester. Mais j’ai eu peur au moment de dire oui et de commencer à travailler le rôle. Pendant les premières semaines de répétition, j’étais tout le temps en alerte. Après, j’étais plus sereine et j’ai tracé !

Comment s’est passé le travail de répétition ?

J’ai pensé à un coach puisque aujourd’hui, on prend un coach pour tout, le sport, le boulot, la cuisine… Ce n’était pas évident, pour la première fois, j’entrais dans des mots qui n’étaient pas les miens. Même dans Rabbi Jacob, Étienne de Balasy et Gérald Sibleyras m’ont fait du sur-mesure. Là, on remet les compteurs à zéro, il n’y a pas une virgule, pas une respiration qui soit à toi. Ce n’est pas ta vie, pas ton pays, pas ton rapport aux hommes, encore moins aux femmes. Et on te demande de l’endosser à mille pour cent. Jusqu’à présent, je rentrais dans mes personnages et là, c’est Bella qui me rentre dedans ! Mon corps s’est retrouvé habité ! Il m’a fallu faire de la place à cette femme. J’ai dû trouver une voix pour elle, porter des jupes fendues alors que je ne porte jamais de jupes, me tenir sur des talons, apprendre à me lever, à m’asseoir, savoir chevaucher un homme… différemment (rires) !

Justement, la scène érotique, qui est si drôle, est-ce elle qui t’a donné envie de faire la séance de pose pour Gala ?

Oui, quelque part. Avec le photographe Gilles-Marie Zimmermann, que je connais depuis deux collections avec La Redoute – il a juste beaucoup de talent et il photographie les plus beaux mannequins au monde, mais aussi parfois des femmes comme moi, avec une autre beauté –, on en parlait souvent. Quand j’ai cru comprendre que Gala était intéressé par des vêtements de La Redoute qui rencontrent des bijoux de la place Vendôme, j’ai trouvé cela très actuel. On s’est dit alors que l’on pouvait inviter une femme ronde, grosse (c’est le mot !), à la table du luxe.

La photo de couverture, il l’avait dans la tête et il me l’a vendue. Je lui ai dit : « les seins nus, oui, mais en dessous, j’ai un pantalon. Je les aime bien, moi, mes pantalons ! » Il m’a répondu : « Ce sera Marianne sans la culotte, nue ! » Et il m’a précisé : « Tu te mettras sur un tabouret les jambes croisées en hauteur, tu auras mal au dos, mais on le fera ! » J’ai eu peur mais j’ai bien aimé !

Marianne James a un physique qui fait qu’on lui propose des rôles de femme dominatrice. Tu n’aurais pas envie de sortir de ce genre de personnage ?

Bella n’est pas que dominatrice, c’est aussi par moment une enfant qui va réclamer son dû avec des yeux pleins de larmes. J’ai une présence physique, un caractère. Dès que je cesse de sourire, mon visage est tranquille, mais il est aussi très austère. Si tu n’as pas la beauté, la beauté attendue, celle des magazines, il est préférable d’avoir une gueule, une certaine extravagance, une dureté (ce qu’on m’a demandé à « La Nouvelle Star »). Cela ne me dérange pas, je suis un peu comme ça dans la vie aussi.

Mais pas uniquement !

Ceux qui me connaissent bien savent que l’exigence ou une certaine forme de dureté sont là pour me protéger. Et je dois me protéger parce que j’ai quelque chose à l’intérieur de moi qui palpite et qui est fragile. Sinon, je suis bien élevée, mais il ne faut pas m’emmerder ! Assez rapidement, quiconque s’affronte à moi me trouve tout de suite, je ne tourne jamais le dos. Parfois je me dis que je vais en prendre une dans le nez, mais non, personne n’a osé. Je n’étais pas connue que je sauvais des gens dans le métro soit en criant, soit en chantant, soit en faisant rire. J’ai un côté un peu Robine des Bois… de la forêt-forêt (rires) ! J’aime les valeurs de courage, ce qui ne m’empêche pas d’avoir peur. Et je veux bien jouer une soubrette diaphane, mais à condition qu’à un moment donné, elle empoisonne toute la famille !

 

 


www.comediedeschampselysees.com



27 mars

AMANDA LEAR

 

Dans Panique au ministère, Amanda Lear fait ses premiers pas sur la scène du Théâtre de la Porte Saint-Martin. La comédienne nous fait partager les joies qu’elle éprouve dans cette nouvelle aventure.

 

Il s’agit de votre toute première pièce ?

On peut le dire, les premières expériences étaient à l’étranger et c’est tellement loin qu’il y a prescription. Pour une débutante comme moi, me trouver dans le plus grand théâtre de Paris et dans ces conditions, quel cadeau !

Comment est-il arrivé ?

Tout à fait par hasard. Jean-Claude Camus m’a appelée pour les lectures de la pièce, m’offrant l’occasion de rencontrer les auteurs, Jean Franco et Guillaume Mélanie, et les acteurs. Ils étaient morts de rire et ont dit « ce sera elle ! ». Auparavant, j’avais refusé plusieurs propositions (une pièce avec Bernard Tapie, une autre avec Jérôme Savary) pour pouvoir continuer à faire mon émission télé en Italie. Là, j’ai eu un coup de cœur (je fonctionne comme ça) et j’ai signé tout de suite. J’ai appris mon texte pendant les vacances de Noël pour être une bonne élève et ne décevoir personne. Voilà comment a démarré ce vrai conte de fées !

Vous pouvez encore supporter le monde de la télévision ?

Je n’y arrive pas, ou plutôt je n’y arrive plus. C’est vraiment minable ! Le petit écran a atteint un niveau tellement élevé de vulgarité en Italie (en France aussi d’ailleurs, mais là-bas, c’est pire) avec le règne du bling-bling et des paillettes, des bimbos à gros nichons et de la téléréalité. J’ai dit à mon agent italien que je ne pouvais pas continuer. J’ai abandonné ce boulot très bien payé pour venir au théâtre et trouver un public chaleureux. Je n’y retournerai pas sauf si on me propose un téléfilm ou une fiction qui m’intéresseront vraiment.

La scène n’est pas une nouveauté pour vous !

Non, cela fait trente ans que j’y suis avec ma musique. Je vis sur scène. Mais une pièce c’est autre chose, c’est un travail d’équipe. Je me suis demandé comment j’allais être accueillie ! En fait, j’ai été très surprise par l’affection de tout le monde. Dans l’univers de la musique on est plus individualiste, parfois plus envieux.

Votre personnage de femme mûre très libérée, c’est un peu vous ?

Non, dans la vie je suis presque le contraire, je ne fume pas, je ne bois pas. Sur scène je suis heureuse et libre avec ce personnage nostalgique de 1968 voulant s’éclater et continuer à séduire.

Il y a tout de même un point commun entre le personnage et vous, c’est votre goût affiché pour les jeunes gens !

Oui, mais je ne suis pas la seule, on est des millions dans ce cas, de Demi Moore à Claire Chazal en passant par Madonna. On a admis cette nouvelle façon de voir les choses. Les femmes peuvent faire (enfin !) comme les hommes : personne n’a jamais rien trouvé à redire à Johnny Halliday lorsqu’il sortait avec des midinettes. Les mœurs ont changé, heureusement !

Vous vous définissez comme une amoureuse. Aujourd’hui, vous avez un boyfriend ?

En ce moment, je suis mariée, mais au théâtre ! J’y ai mis toute mon énergie. Je n’ai ni le temps ni d’ailleurs l’envie de penser à autre chose. J’arrive trois heures avant le spectacle, je vis dans ma loge. On parle de partir pour au moins deux ans, on va embrayer sur une tournée, puis il y aura un film, je suis embarquée pour un moment, ce qui élimine d’office tout voyage en Italie, tout jeunes gens. Bon, ce n’est pas définitif, mais pour le moment c’est ainsi !

Partie pour deux ans dites-vous, cela perturbe un peu vos autres projets ?

Oui, j’ai dû renoncer à certaines choses comme une comédie américaine où je devais incarner une mère juive découvrant que son fils est gay. Mais tout ne s’arrête pas, je sors un double album fin avril avec des reprises qui sont assez inattendues. J’ai aussi une exposition de peintures à Bruges qui démarre le 6 avril au musée Salvador Dalí pour un mois et demi.

Donc Amanda Lear ne connaît pas la crise ?

Non, j’ai du travail, c’est très bien et d’ailleurs j’espère que nous sommes dans une crise salutaire pouvant faire revenir les gens vers des valeurs plus solides, qu’on arrête enfin de dépenser à tout va en foutant la planète en l’air. Vous savez, c’est un peu comme en amour, la crise peut être salutaire !

Si j’en crois votre enthousiasme, on devrait vous revoir au théâtre ?

Avec Panique au ministère, on est parti pour un moment. Mais trois autres propositions m’attendent, dont une comédie et un drame. Je souhaite aborder d’autres répertoires, pourtant il est bien que pour une première pièce, j’interprète un personnage qui ressemble à l’image que l’on a de moi, mangeuse d’hommes et grande gueule. Personne n’est déstabilisé, ce n’est pas comme si je leur avais fait d’entrée Macbeth ou Hamlet

… ou Le Roi Lear !

Exactement (rires) !

 

Théâtre de la Porte Saint-Martin : 18, boulevard Saint-Martin 75010 Paris

Du mercredi au vendredi à 20 h ; samedi à 20 h 30 et dimanche 15 h

01 42 08 00 32


Par Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr

11 février

Éric TRAONOUEZ

En 2008, à Taïwan, Éric Traonouez est devenu le premier champion du monde français en patinage artistique sur roulettes. Interview d’un sportif inconditionnel du roller depuis son enfance, arrivé à moins de trente ans au sommet de son art et qui s’apprête à se consacrer maintenant à d’autres activités.

 

Comment tout a commencé ?

Un peu par hasard, quand j’étais gamin, grâce à mon école. J’ai essayé et j’ai bien accroché. Un entraîneur m’a remarqué et m’a pris sous son aile. Un an après, à dix ans, j’étais champion de France. Très investi, très souple, j’ai beaucoup travaillé (quatre fois par semaine, deux heures d’entraînement accompagnées d’une préparation physique vraiment intense) et ma progression a été constante.

 

N’avez-vous jamais hésité avec le patin à glace ?

Le patinage sur glace ne m’a pas attiré au départ. La glace est un sport qui coûte très cher et qui demande de très gros sacrifices, notamment pour les entraînements. J’avais envie d’un sport un peu plus accessible !

 

Le in-line est une discipline très récente ?

Oui, quand j’ai arrêté le quad (un patin à quatre roues) en 2002 pour faire un break, ont été organisés en Allemagne les premiers championnats du monde de in-line (patin avec trois roues alignées). J’ai trouvé le in-line rigolo. La fédération m’a offert un équipement pour que je le teste et j’ai beaucoup aimé. Après quatre années sans patiner, j’ai repris en 2006 avec le in-line et j’ai fini cette année-là champion d’Europe et troisième au championnat du monde. Deux ans après, je termine premier dans les deux compétitions !

 

Pouvez-vous nous raconter un bon et un mauvais souvenir ?

Un mauvais souvenir : j’avais dix-neuf ans et le passage de junior à senior s’est accompagné d’une année vraiment terrible. En senior, le niveau est sensiblement différent. J’ai un peu perdu pied et il m’a fallu un an de préparation pour rattraper ce retard.

J’ai eu au moins deux très bons souvenirs. Le premier, mes derniers championnats de France en quad en 2002 pendant lesquels j’ai retrouvé mon ancien entraîneur et où j’ai fait un programme parfait devant ma famille venue pour la première fois me voir patiner en compétition. Le second (c’est le meilleur), c’était il y a quelques semaines, en championnat du monde à Taïwan. Moment inoubliable quand j’ai compris que j’étais devenu champion du monde en voyant le petit 1 s’afficher sur l’écran devant mon nom.

 

Tous les pays sont présents dans ces compétitions ?

Non, certains pays ne sont pas représentés comme la Russie, par exemple, tellement focalisée « glace » qu’elle ignore les autres disciplines sœurs. Au Canada, c’est un peu pareil, il fait froid, ils font de la glace. En Europe, tous les pays sont représentés (notamment l’Italie qui a toujours un peu dominé ce sport), mais aussi les pays d’Amérique du Sud, les États-Unis, les pays asiatiques, mais aussi d’autres comme l’Iran et l’Irak.

 

Dans quelques mois, quand la compétition sera terminée pour vous, comment cela va-t-il se passer ? Vous allez entraîner ?

Devenir entraîneur ne m’attire pas du tout ! J’irai voir les autres en compétition, je donnerai des galas et surtout je vais faire autre chose. Pendant sept ans, j’ai été prof de fitness et là aussi, j’ai tout arrêté pour me consacrer à mon activité d’intermittent du spectacle comme chanteur, danseur et comédien.

 

Cela se passe bien ?

Oui, j’ai joué dernièrement dans un opéra pour enfants, L’Arche de Noé, au théâtre des Champs-Élysées. Je passe des castings pour les comédies musicales, même si cette activité a ralenti du fait de la crise. À côté de ça, je suis assistant de prod sur des émissions télé, figurant dans des films, danseur dans des clips vidéo. Là aussi on peut dire que ça roule !


Photo Fred Leschallier




9 février

Aurélien WIIK



Enfant de la balle, à vingt-huit ans Aurélien Wiik compte déjà plus de seize ans de métier. Après Frontière(s) de Xavier Gens, Secret défense de Philippe Haïm et Un homme et son chien de Francis Huster, Étienne Faure, avec qui il a tourné In extremis en 2000, lui confie un premier rôle dans Des illusions, sorti le 4 février. Rencontre avec un des comédiens marquants de la nouvelle génération.

Avec Étienne Faure, ce sont des retrouvailles ?

En effet, In extremis avec Sébastien Roch et Julie Depardieu était son premier long-métrage, il y a pratiquement dix ans. À l’époque, nous nous étions promis de travailler à nouveau ensemble. Il m’a appelé pour me dire qu’il voulait faire un film avec moi sur Ibiza. J’ai tout de suite beaucoup accroché avec ce rôle d’auteur à succès au physique de jeune premier venu écrire son troisième bouquin sur le milieu hippie d’Ibiza dans les années 60. L’idée de partir avec une petite équipe en improvisant au fil du tournage m’a séduit et je suis d’autant plus heureux que c’est un état d’esprit qui me ressemble.

Ces retrouvailles sont agréables. Étienne est un joli poète qui travaille quand l’inspiration est là. Avec lui, c’est toujours un mélange de cinéma et de vie (un film que l’on veut faire mêlé à des expériences que l’on a envie de vivre). Ses films marchent bien sur la durée et vivent du désir des gens.

Des illusions correspond au souhait d’être sur des projets un peu décalés ?

Non, pas forcément, mais là, j’ai eu envie de vivre cette expérience et de la faire partager. C’est un grand besoin de liberté, de ne pas avoir de scénario, de faire confiance à quelqu’un, de s’amuser et de sortir du carcan de la grosse équipe avec beaucoup de moyens. Je suis content que l’on puisse voir ce film qui pose des questions importantes et qui montre que l’on peut s’affranchir du statut social pour aller vers des choses plus essentielles qui font du bien.

Peut-on dire aujourd’hui que vous êtes centré sur le cinéma ?

Oui, j’ai commencé à refuser pas mal de choses pour la télé qui stagnaient, alors que pour moi, mon métier est un combat. J’ai un rapport passionnel avec lui, presque familial puisque j’ai vécu mon enfance sur des plateaux de cinéma. Je n’ai pas envie d’être indulgent face à des projets qui ne sont vraiment pas géniaux. Aujourd’hui, on entend dire que l’on veut transformer la télé en faisant des choses plus fortes. Or c’est faux, dans l’absolu l’envie existe peut-être, mais on ne va pas au-delà, sauf parfois sur France 2. Ce n’est jamais simple de choisir, de refuser du travail et de l’argent pour ne pas faire partie de ces gens qui parlent beaucoup et ne font pas. De plus, j’ai toujours l’impression que je vais être mauvais si je ne suis pas intéressé par le scénario. Même si je peux me tromper, j’ai envie de choisir des films qui vont durer et qui vont interpeler les gens.

Pour autant, le théâtre reste présent ?

Bien sûr ! J’ai eu envie de me retrouver sur des one-man shows et les scènes ouvertes que j’organise m’apportent un sentiment de peur et d’excitation indispensable. Et aussi le plaisir de donner la parole aux autres.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Le principe consiste en des scènes ouvertes deux fois par semaine et le jeudi un best of qui fait tourner les meilleurs. Chaque fois, entre treize et vingt personnes se succèdent pendant cinq minutes avec une totale liberté. À la télé, impossible de vraiment dire ce que l’on veut. Là, c’est une petit espace d’expression non censuré, et l’artiste qui arrive avec son humour et le travail qu’il a fait (ou pas fait !) se débrouille avec le public.

Mon rôle consiste à présenter les spectacles, chauffer la salle avec laquelle il existe un rapport de franchise, mais dépourvu de méchanceté. Les artistes se sentent valorisés, respectés et le public est très fidèle. Ma mère s’occupe des réservations, mon père est à la caisse, c’est une cour de récréation familiale et conviviale !

www.des-illusions.com

 

Chinchman Comedy Club : chaque lundi et mardi à 20 h 30

Café de Paris, 158, rue Oberkampf 75011 Paris

M° Ménilmontant ou Saint-Maur – 06 12 24 23 18

 

Chinchman Cabaret Club : pour les best of du jeudi

Le Pranzo, 35, boulevard Bonne Nouvelle 75002 Paris



2 novembre

JULIEN COTTEREAU dans Imagine-toi



Venu du théâtre, ce comédien fait ses débuts de clown en 1994 en intégrant le prestigieux Cirque du Soleil et oscille depuis entre ces deux univers complémentaires. Avec Imagine-toi, spectacle vraiment magique à l’affiche des Bouffes Parisiens jusqu’au 10 janvier 2009, il a décroché le Molière de la révélation masculine 2007.

 

D’où vient l’idée de ce spectacle ?

Des aléas de la vie ! Il fallait remplacer en 1994 le clown du Cirque du Soleil, René Bazinet, et mon professeur Jean-Marie Binoche m’a contacté pour me préparer à l’audition. Engagé, j’ai joué mille cinq cents fois le même personnage de clown-mime-bruiteur un peu partout dans le monde. Par la suite, avec Imagine-toi, j’ai eu carte blanche pour créer un spectacle muet faisant appel à la participation du public.

 

Le Molière est une belle surprise ?

Déjà, il était important de rester trois mois au théâtre des Mathurins afin de permettre aux professionnels notamment de découvrir mon travail qui s’inscrit dans la tradition de l’Arlequin, de la commedia dell’arte ou des Enfants du paradis. Le fait d’être nominé était incroyable quand je songe au nombre de spectacles en compétition et à la qualité des artistes retenus avec moi. Je craignais aussi qu’Imagine-toi soit une création un peu trop personnelle. Naturellement, c’est une joie immense de voir son travail reconnu en sachant ce qu’il a nécessité d’énergie et de prise de risques.

 

On n’atteint pas la simplicité et la pureté de votre performance sans efforts !

Je ne sais pas si je les atteins mais j’ai beaucoup travaillé, seul d’abord, puis avec mon metteur en scène Erwan Daouphars qui est un artiste doué pour créer des passerelles entre les arts. J’ai joué à Avignon, en Australie, en Allemagne, toujours fasciné par ce que me donnent ce jeu et cette complicité avec le public. Que l’on vienne me dire à la fin de la représentation que j’ai apporté de l’émotion, du rire et du bonheur est ma plus grande récompense.


Théâtre des Bouffes Parisiens

4, rue Monsigny 75002 Paris M° Quatre-Septembre

Du mardi au samedi à 19 h

01 42 96 92 42


Crédit Photo : Roux-Voloir

RICHARD DESCOINGS, directeur de Sciences-Po


Depuis 1996, il est le directeur de l’Institut d’études politiques de Paris. Sous sa direction, Sciences-Po a confirmé sa modernisation et son ouverture vers une société française de plus en plus diversifiée, mais aussi vers l’international. À la tête d’une fondation réunissant 800 salariés et 8 400 étudiants, Richard Descoings, dont l’influence dans le monde de l’éducation est considérable, a accepté de nous parler de son action au sein de l’école mythique qu’il dirige.

 

 

Comment se présente Sciences-Po aujourd’hui ?

Nous sommes une université sélective tournée vers l’enseignement et la recherche, très active dans la compétition internationale. Parmi nos diplômés, 30 % en 2007 travaillent hors de France. Un diplômé français de Sciences-Po sur cinq travaille à l’étranger.

Depuis huit ans, notre cursus a été aligné sur celui des autres universités européennes. Il faut noter en outre que tous les élèves doivent passer leur troisième année hors de France. D’une manière générale, le corps étudiant, le corps enseignant et les débouchés professionnels se sont largement internationalisés.

 

L’Institut reste-t-il accessible aux jeunes venant de milieux défavorisés ?

Plus un étudiant est défavorisé financièrement, plus il a intérêt à venir à Sciences-Po car nous augmentons de 50 % le montant de leurs bourses d’État. 20 % des étudiants sont boursiers, 25 % ne paient aucun droit de scolarité et 50 % bénéficient de droits réduits. Maintenant, je ne vous dis pas que tout est parfait !

 

L’insertion de jeunes issus des banlieues que vous avez mise en place et qui a fait beaucoup de bruit est-elle un succès ?

Oui ! Depuis sept ans, nous avons passé des conventions avec des lycées situés en « zone d’éducation prioritaire ». Il y a soixante lycées en convention couvrant la France métropolitaine et l’outre-mer. Parmi les nouveaux élèves français de première année, cent vingt ont été recrutés par ce biais. Ils réussissent comme les autres. Ce qu’ils gagnent au moment du diplôme, c’est le droit à l’indifférence.

Concrètement, cent vingt étudiants viennent s’ajouter à ceux des années antérieures et ils constituent un noyau dont nous sommes fiers. Cela démontre qu’il n’y a pas de déterminisme social ou ethnique et qu’une action volontariste menée sur le long terme peut fonctionner. Lorsqu’on veut, on sait faire, mais je ne suis pas sûr que l’on soit dans une société qui ait envie de brasser socialement.

 

Si l’on oublie la qualité de certaines universités ou des grandes écoles, pensez-vous que notre système éducatif tienne encore la route ?

Vous savez, c’est affreusement compliqué pour tous les pays. Mais il ne faut pas oublier que 80 % du système primaire et secondaire marchent bien, et beaucoup mieux qu’aux États-Unis ou en Grande-Bretagne et au moins aussi bien qu’en Allemagne. Il faut donc travailler sur ce qui ne va pas, tout en réalisant que l’on demande aux profs de gérer une multitude de choses parfois bien difficiles.

 

S’il fallait esquisser un bilan global de votre action, que diriez-vous ?

Nous avons voulu construire un projet éducatif, ce qui est plus vaste qu’un projet pédagogique. Prenons un exemple simple : pour son premier cours de droit constitutionnel, Olivier Duhamel a fait écouter la chanson de Bob Dylan inspirée par l’arrivée du premier Noir dans une université du Mississippi, lieu symbolique ayant accueilli le premier débat Obama-McCain.

Notre travail consiste à relier les différentes composantes qui font un individu. Nous avons envie que les jeunes puissent dire qu’ils ont appris un métier mais pas uniquement. Les équipes de l’Institut font le maximum pour que nos élèves se sentent heureux. Nous voulons leur dire : « Vous êtes des êtres humains et on vous prend pour votre humanité. Nous sommes là, non pour résoudre vos problèmes personnels, mais pour en tenir compte, par exemple avec notre système de bourses. »

 

FaceBook, sur lequel vous êtes inscrit, a-t-il apporté des changements dans votre vie professionnelle ?

Certainement, même si j’ai peu de temps à y consacrer. Les élèves, je les croise souvent mais je ne les vois pas tous les jours. FaceBook peut contribuer à contourner la barrière du protocole, du rendez-vous qu’il faut prendre avec mes assistantes qui font barrage pour des raisons d’emploi du temps. Dans FaceBook, la virtualité de la relation donne un accès doublé d’un contact direct. C’est comme cela que je peux être amené à répondre au message d’un étudiant gay qui souhaite me parler de sa situation.

 

 

Votre nom revient régulièrement quand il s’agit de choisir un ministre de l’Éducation. Cela vous procure quel sentiment ?

J’en ris intérieurement, et puis j’y trouve l’avantage d’être un peu protégé. En effet, certains hauts fonctionnaires n’ont pas envie d’être « trop méchants » avec quelqu’un qui pourrait devenir leur ministre de tutelle.

Mais c’est une spécificité professionnelle, je pense que pour être ministre il est préférable d’être élu. Il faut surtout avoir envie de faire ce métier – tellement ingrat – et ce n’est pas trop mon cas. D’autre part, mon action à Sciences-Po peut servir l’intérêt général, c’est aussi de la politique. Je préfère être le premier dans mon village que le deuxième à Rome. Et mon village est formidable, j’y suis totalement libre !

 

 

30 août

François Bégaudeau


Propos recueillis par Grégory Moreira da Silva pour www.sensitif.fr


Il a eu la palme à Cannes mais n’a pas les pieds palmés. Il est écrivain mais sa plume n’est pas son seul talent. Il connaît une notoriété sans précédent depuis Entre les murs mais ne parade pas sur un perchoir en lançant des cocoricos. Un oiseau rare ? Assurément. François Bégaudeau surprend par sa simplicité et sa gentillesse, qualités que beaucoup remisent au placard après une telle récompense. Son film sort le 24 septembre au cinéma et s’annonce comme l’événement incontournable de la rentrée.

Pouvez-vous présenter d’abord à nos lecteurs vos différentes casquettes ?

C’est vrai que les gens me connaissent en tant que professeur de français, écrivain, journaliste ou dernièrement réalisateur. Mais mon activité de base reste l’écriture. C’est grâce à elle que la médiatisation est venue par la suite il y a quatre ou cinq ans. J’étais déjà un ado hyperactif et ça n’a guère changé depuis !

 Racontez-nous un peu l’histoire que vous avez voulu mettre en images dans votre film Entre les murs.

C’est donc l’histoire d’un prof de français, la trentaine, qui se retrouve face à vingt-cinq ados dans une classe dont il veut faire un espace d’expression démocratique. Mais cette conception de l’enseignement va, à un moment donné, se retourner contre lui.

 On ressent quelles sensations en recevant la palme d’or au festival de Cannes ? Trône-t-elle désormais sur votre cheminée ?

Je crois qu’actuellement, elle est à la production. La palme tourne pas mal au sein de l’équipe… Quant à la sensation que cela procure, je suis toujours décevant dans ce genre de registre car je ne suis pas très attaché aux récompenses. Le prix a moins de valeur que ce que les gens vont penser du film. J’attends les critiques avec impatience. Ce sera ma vraie récompense.

Ce qui me plaît avec cette palme, c’est qu’elle va permettre au film de jouir d’une visibilité de masse, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour le cinéma français.

Dans le film, il est question du vivre ensemble malgré les différences. Cette année, le thème de la Marche des Fiertés était la lutte contre l’homophobie en milieu scolaire. L’observateur éclairé que vous êtes du monde enseignant a-t-il des idées pour faire régresser l’homophobie à l’école ?

Un film est là avant tout pour poser des questions et complexifier le débat. Nous n’apportons aucune réponse aux questions posées. Par ailleurs, le film ne traite pas de ce thème précis même si je m’associe à la lutte contre l’homophobie. Moi je pense que c’est surtout l’institution qui doit se poser des questions. Elle projette une image universelle hétérosexuelle et blanche qui ne pose pas suffisamment la thématique de la différence.

Et que répondez-vous à Jean-Marie Le Pen qui déclarait sur I-télé à propos de votre film qu’il s’agissait d’une « révélation sur la composition des collèges français, en particulier parisiens » ?

Je ne savais même pas qu’il avait dit ça… Vous savez, lui comme d’autres se permettent de parler d’un film qu’ils n’ont pas vu : ça ne m’intéresse pas. Quant à la mixité ethnique et sociale en milieu scolaire, ce n’est pas un scoop pour les gens. Ils sont au courant qu’on est dans un pays cosmopolite et le film intègre un certain nombre de réalités dont celle-ci.

Après un tel succès, que peut-on vous souhaiter et que vous souhaitez-vous à vous-même ?

Pour moi, la page de ce film est tournée. Elle l’est depuis le premier montage qui remonte à huit mois. Entre-temps, j’ai écrit deux livres. Le cinéma n’est pas une obsession, d’autant que j’ai déjà des projets de films à produire depuis longtemps.

Je vais continuer mes activités, sur Canal, sur Paris Première, dans Muse… Je termine aussi un roman pour février et j’ai fort envie d’en écrire un autre sur le thème de la jeunesse. Bref, ce ne sont pas les projets qui manquent. Il y a donc bien un après Entre les murs pour moi !

Virility, le nouveau livre de Fred Goudon

 

Le lien étroit qui lie le photographe à Sensitif (www.sensitif.fr) et à ses lecteurs fait qu’il nous a donné la primeur des photos de son nouveau livre et de l’interview qui suivent pour la sortie de Virility.

 Les 180 pages de photos de Virility ont été faites quand ?

Dans leur grande majorité en 2007, en début d’année, lors d’un voyage autour du monde et pendant un périple qui a duré les deux mois de l’été dans le sud de la France, une dizaine d’étapes entre Biarritz et Cannes.

 Pourrais-tu nous citer deux photos qui sont plus importantes à tes yeux ?

Il y a une photo qui me touche beaucoup, c’est celle de Baptiste (les lecteurs le connaissent car il a fait la couv de Sensitif en juillet 2007), je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi ; ce qui est sûr, c’est que cette image me procure une réelle émotion.

Et puis il y a la photo de Gilles (Marini) sous la douche. Quand en décembre 2007 il a su qu’il allait faire le film Sex in the City, il savait qu’il aurait une scène sous la douche et il m’a demandé de faire quelques images pour se sentir à l’aise avec ça. On a fait une séance à l’hôtel 3.14 à Cannes et pris beaucoup de photos, c’était une espèce de répétition. Par la suite, Gilles m’a dit qu’il avait en quelque sorte recréé notre séance au moment où il était nu sous sa douche devant toute l’équipe du film, pour la « fameuse » scène, et que cela l’avait aidé effectivement !

 Certaines photos ont-elles été faites dans un cadre surprenant ?

Pendant ma tournée dans le sud de la France, je suis allé à la rencontre des modèles, chez eux. Chaque fois pour moi, c’était une surprise de les découvrir dans leur environnement. Je voulais les photographier de manière intimiste et naturelle, dans leur contexte, le matin en prenant le café ou en sortant de leur salle de bains. J’avais très envie de ce côté reportage.

 As-tu déjà dit à un modèle qu’il n’était pas assez viril ?

Oui ! (Rires.) J’avoue que parfois le côté métrosexuel, sourcils et corps épilés, etc., devient un peu contrariant pour la création d’une image… disons que ça manque un peu de naturel. J’assume mon goût pour le côté masculin, Virility n’est pas un titre choisi par hasard ! Du reste, il faut aussi savoir prendre les gens tels qu’ils sont et ce qui compte, c’est le résultat final en photo.

 Comment s’organise une journée de travail type de Fred Goudon ?

(En imitant Claude François.) Je me lève et je te bouscule (rires)… C’est beaucoup de courriels, beaucoup de rencontres avec des modèles, des contacts, beaucoup de photos.

Et quand tu ne bosses pas, où aimes-tu sortir ?

C’est simple, j’aime bien les petits restos des Abbesses, aller au spectacle de temps en temps et puis, les soirs de rugby, faire la tournée des pubs !

Propos recueillis par Philippe Escalier pour le numéro de septembre 2008 de Sensitif (www.sensitif.fr)







24 août

Julien FAVREAU

Le Gala des étoiles du XXIe siècle réunit une fois par an une douzaine des meilleurs danseurs du monde au Théâtre des Champs-Élysées. Pour cette dixième édition, Julien Favreau, en compagnie de Katerina Shalkina, dansera deux extraits de ballets de Maurice Béjart. Nous avons pu interviewer celui qui reste l’un des danseurs fétiches du chorégraphe français récemment disparu.


Comment avez-vous rencontré Maurice Béjart ?

Au conservatoire de La Rochelle, mon professeur Colette Milner, dont le fils Michel Gascard a fait toute sa carrière au Ballet du XXe siècle, m’a conseillé de passer le concours d’entrée pour intégrer l’école-atelier de Maurice Béjart à Lausanne. À seize ans, le concours réussi, j’ai été engagé pour un cursus normal de deux ans mais au bout d’une année, Maurice avait besoin d’un danseur pour sa compagnie. Son choix s’est porté sur moi. Bien sûr à l’époque j’étais trop jeune pour bien connaître son travail, mais j’ai tout de suite compris qu’artistiquement, cela correspondait à ce que je voulais faire.

Intégrer le Béjart Ballet Lausanne (BBL) signifie que l’on ne danse que du Béjart. N’est-ce pas un peu frustrant parfois ?

Non, c’est ce qui fait la particularité de cette compagnie. Deux ou trois dans le monde sont dirigées par un directeur également chorégraphe unique de la troupe. J’ai dansé d’autres chorégraphies mais de façon exceptionnelle, celles de Gil Roman par exemple, le directeur adjoint du BBL. J’ai participé à des soirées jeunes chorégraphes, ce qui m’a permis, très ponctuellement, d’aller vers d’autres registres. Maintenant avec la maturité, j’ai envie de d’enrichir mon répertoire.

Quel est votre meilleur souvenir de danseur ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs sur scène, comme le soir où les membres de Queen sont venus chanter en live pendant que nous dansions en hommage à Freddy Mercury. Autre exemple, lorsque nous avons été à Mexico, Maurice Béjart a voulu offrir une soirée en plein air et gratuite pour ceux qui n’avaient pas les moyens d’aller au spectacle : 30 000 personnes se sont déplacées, c’était un grand moment. J’ai eu aussi la chance de travailler avec Gianni Versace, de rencontrer notamment Sylvie Guillem, Baryshnikov, Mats Ek. Mais les plus beaux souvenirs sont les heures de travail passées avec Maurice en studio. La création avec lui était un véritable échange. Il disait qu’une chorégraphie, c’était comme l’amour, ça se faisait à deux !

Pour danser au niveau qui est le vôtre, faut-il sacrifier beaucoup de choses, notamment au niveau de sa vie privée ?

La danse exige rigueur et discipline comme chacun sait. Mais en même temps, j’ai trente ans et envie de profiter de la vie. J’ai besoin de retrouver ma famille, de faire la fête avec mes amis, de m’enrichir de choses extérieures à la danse. Concernant la vie sentimentale, il est vrai que notre compagnie tourne beaucoup à l’étranger, du coup, pour le nomade que je suis, s’engager dans une relation n’est pas simple !

Une carrière de danseur n’est jamais très longue. Comment voyez-vous votre avenir ?

Je suis danseur au BBL depuis quinze ans mais je suis toujours à fond dans ma carrière. Lorsque ce sera physiquement trop difficile j’évoluerai, de préférence dans le milieu artistique. J’aimerais continuer à travailler pour une compagnie. Ou me diriger vers le théâtre et le cinéma. Beaucoup de choses m’attirent !

 

Théâtre des Champs-Élysées : 15, avenue Montaigne 75008 Paris

Vendredi 19 septembre 2008, samedi 20 et lundi 22 à 20 h

Dimanche 21 septembre à 15 h

01 49 52 50 50

www.theatrechampselysees.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11 juin

Christophe Hondelatte

Propos recueillis par Grégory Moreira da Silva pour Sensitif (mai 2008) : www.sensitif.fr

Photo France 2 - Jean Pimentel


« Sentez ce parfum de chez Fragonard, une pure merveille à base de fleur d’oranger ! » Avec Christophe Hondelatte, l’on peut parler de tout sans complexe, de la dernière fragrance à la mode aux turpitudes liées à la flamme olympique. Tantôt léger, tantôt sérieux, le journaliste plaît par sa simplicité et son ouverture d’esprit.

 

Christophe Hondelatte en trois adjectifs, c’est qui ?

Ah… (après un silence) Eh bien, je dirais simple, sensible et… fatigué.

Vous dites ça juste parce que vous êtes naze aujourd’hui ?

Malheureusement non, c’est souvent le cas ! Par exemple hier, j’ai commencé comme tous les matins ma journée à 5 heures pour la matinale de RTL, je me suis reposé de 13 à 14 heures, puis j’ai repris le travail, notamment le visionnage de DVD pour le boulot, et ce jusqu’à 22 heures. C’est passionnant mais éprouvant. J’ai hâte d’être en vacances la semaine prochaine !

L’animation d’une émission de divertissement vous plairait-elle a priori ?

Pas véritablement de divertissement en fait, mais c’est vrai que j’aimerais beaucoup travailler sur d’autres sujets que la politique ou le social. Je serai incapable d’animer un show à la Patrick Sébastien et encore moins un « Star Academy ». En revanche, une soirée à la Drucker, j’adorerais. Les émissions qui ne reposent que sur de la forme, ce n’est pas mon truc, il me faut aussi du fond.

On est en pleine période de mercato. L’an prochain, vous serez où et vous ferez quoi ?

Honnêtement, à l’heure actuelle je n’en sais rien du tout. Pour l’instant rien n’est fixé pour moi. Cette année le mercato a commencé très tôt et va se terminer sûrement aussi tard que l’an dernier.

Des offres de la concurrence ?

Bien sûr, comme tous les ans, j’ai des propositions des chaînes concurrentes. Mais au final, ce sont tout le temps les mêmes d’une année sur l’autre. Ce n’est pas très innovant. Du coup, pour l’instant, je reste à France Télévision.

Jean-Marc Morandini faisait des éloges vous concernant dans notre dernier numéro. Et vous, que pensez-vous de lui ?

Eh bien pour être franc, je suis un peu embêté car je n’écoute pas Jean-Marc Morandini. À l’heure où il est sur Europe 1, je suis encore à RTL, je n’ai donc pas le temps d’écouter son émission et son journal. En revanche, je regarde souvent son blog et je le trouve très bien fait : les brèves sont bien résumées et très synthétiques. Cela dit, je n’arrive pas à croire que la télé est une matière à proprement parler sur laquelle on peut disserter pendant des heures. C’est un peu les médias qui parlent des médias et je trouve ça un tantinet nombriliste.

Sans Bayonne, que serait Christophe Hondelatte ?

On est toujours de quelque part. Moi, je suis de Bayonne. Et en effet, je pense que je ne suis pas capable de vivre sans un point d’ancrage en province. Tout simplement parce que je suis profondément provincial. En fait, sans Bayonne, je serai sûrement un sale type du show-biz !

Un sale type du show-biz ? On veut des noms !

Je ne pense à personne en particulier mais par exemple, vous ne verrez jamais des gens comme David Pujadas ou Yves Calvi se pavaner dans des soirées parisiennes très futiles.

Vous aimez néanmoins la capitale. Quel est votre endroit préféré à Paris ?

Je n’ai pas de lieu préféré. Mais j’aime énormément Paris. Toutefois, mes vrais repères ne sont pas là, ils sont à Bayonne. Le peu de temps que j’ai quand je suis à Paris, je me balade pas mal. Je travaille beaucoup quand je suis ici mais si j’avais le temps, j’irai plus souvent assister à des concerts ou au théâtre, c’est sûr.

Quel est votre avis sur la communauté gay parisienne ?

Finalement, ça fait des années que je ne suis pas allé dans le Marais… je dirais bien deux ans. À dire vrai, je n’aime pas trop ce qui est communautaire. Je ne vois pas l’intérêt des ghettos quels qu’ils soient. Je trouve bizarre d’entendre parfois : « Tiens, j’ai ouvert une nouvelle boutique dans le Marais pour les homos. » C’est comme si les homos étaient une catégorie à part, c’est étrange car ça va de soi : les gays sont comme les autres !

Si vous aviez pu faire un autre métier, vous auriez choisi lequel ?

Vaste sujet ! J’ai plein d’envies différentes mais toutes en rapport avec l’humain et les relations humaines. J’aurais aimé être enseignant, travailleur social, magistrat ou policier. Mais aujourd’hui, c’est surtout l’idée d’être avocat qui prédomine. J’aimerais me faire bouffer la tête par un dossier humain !

Il paraît que vous êtes bon imitateur… Quelles sont vos cibles préférées ?

J’imite bien Nicolas Sarkozy, mais attention, je l’imitais bien même avant qu’il soit très connu ! C’est assez agaçant de voir tous ces imitateurs aujourd’hui qui font du Sarkozy uniquement en se fondant sur ses gestes. La gestuelle chez Sarkozy n’est pas le plus important. Ce qu’il faut comprendre chez lui, c’est sa rhétorique ; sa façon unique de reposer la question et de nommer son intervieweur dans sa réponse.

Vous qui êtes également un bon chanteur, comptez-vous un jour sortir un album ?

Non, la chanson, c’est mon principal loisir, c’est vrai, mais je ne compte pas commercialiser tout ce que je fais pour mon propre plaisir. Mon répertoire est pourtant assez large puisque je peux chanter aussi bien du Bruel, du Guichard, du Cocciante ou du Bécaud. Mais ça, c’est réservé pour mes soirées entre amis… à Bayonne, bien sûr !

Pierre Talamon


Propos recueillis par Philippe Escalier pour Sensitif (mai 2008) : www.sensitif.fr


 

Que ce soit son parcours ou ses créations, Pierre Talamon est certainement l’un des créateurs emblématiques du Marais et dont la notoriété va grandissant. Nous profitons de l’appel à casting qu’il lance dans les colonnes du magazine (voir page 21) en vue d’un défilé en juin prochain pour faire plus ample connaissance avec lui.

 

Pierre, par quels chemins êtes-vous venu au stylisme et à la création ?

 

Certes pas par la voie des écoles, dont j’ai toujours eu du mal à supporter l’encadrement qui m’étouffait. Cela ne m’empêche pas de reconnaître la qualité des écoles de mode aujourd’hui. Je fais régulièrement partie de leurs jurys. Les étudiants y font un travail très intéressant.

Je suis autodidacte. Les rencontres, la volonté et la ténacité m’ont conduit à créer ma propre marque. Je faisais des études de cinéma lorsque, pour gagner un peu d’argent, j’ai travaillé pour des boutiques de vêtements masculins rétro à Saint-Germain-des-Prés. Je chinais aux puces des tenues pour des costumiers de cinéma. De fil en aiguille, j’ai signé une licence pour une ligne de chemises, ouvert une boutique à Saint-Germain puis signé un contrat au Japon. En 2002, j’ai ouvert le 15, rue du Temple. C’était un risque à prendre pour pouvoir avancer. Je l’ai pris et je ne le regrette pas. Ce choix professionnel m’a mûri et me rend heureux aujourd’hui.

 

Quelles sont les grandes étapes lorsque vous imaginez une nouvelle collection et les priorités que vous avez en tête à ce moment-là ?

 

Le calendrier est imposé. Je travaille bien sous pression, avec du stress. Puis il y a le déclic, l’envie. Un film, une musique, une peinture, une situation vécue. J’élabore un thème. Je crée avec obsession ma gamme de couleurs et je n’en sors plus. Je peaufine le détail qui marquera la collection, qui en sera le leitmotiv, le fil conducteur. J’épingle les dessins miniaturisés des vêtements sur un mur. Tout s’ordonne peu à peu, dans un désordre organisé.

 

Pouvez-vous nous parler des grandes tendances de votre collection hiver 2008 ?

En quelques mots, l’idée tourne autour du peintre Luciano Fontana (Italien, années 50). Il attaquait littéralement ses toiles par des incisions. Comme une blessure ouverte. Son travail est intéressant et peut être adapté au textile. La collection sera mise en place en septembre prochain.

Je travaille actuellement sur la collection été 2009. L’idée en est le manga, car le visage y est essentiel. J’avais envie de visages à l’expression exagérée, théâtrale, dont l’œil omniprésent semble tout absorber, comprend tout parce qu’il sait comment voir.

 

L’une de vos caractéristiques est que votre fabrication reste française. On peut donc être compétitif en fabriquant dans notre pays ?

 

Non. La situation a évolué. Beaucoup d’usines et d’ateliers français ont dû fermer. Ceux qui s’en sortent ont su à temps opérer un mélange entre une fabrication française et internationale (Europe de l’Est, Asie, Afrique du Nord). L’important est de pouvoir exprimer sa créativité et d’offrir au client un bon rapport qualité/prix. L’industrie textile française ne peut plus répondre à cela. Je travaille donc aussi avec l’Asie, pour une faible partie de ma production. Les mentalités évoluent. Il y a plus de réactivité et d’énergie au-delà de nos frontières. Français, Chinois, Indiens, nous formons une belle équipe. Nous sommes des citoyens du monde !

 

 

Vous organisez un casting, notamment avec le concours de Sensitif, pour un défilé devant intervenir durant le mois de juin. Comment allez-vous choisir vos mannequins ? Peut-on en savoir un peu plus sur l’événement ?

 

Il se déroulera à L’Hôtel, rue des Beaux-Arts à Paris, un des plus envoûtants hôtels de la capitale, dernière demeure d’Oscar Wilde. La directrice, Caroline Piel, et mon agence de communication, Laurent Guyot, y organiseront un défilé fin juin. Je n’ai pas d’idée préconçue sur les mannequins, pourvu qu’ils sachent marcher et qu’ils soient à l’aise avec eux-mêmes, le principal étant qu’ils puissent faire « vivre un vêtement ».

 

Votre travail vous laisse-t-il beaucoup de loisirs ? Que faites-vous dans ces périodes de repos ?

 

Cela dépend des priorités que l’on donne à certains moments de sa vie. Je travaille beaucoup en ce moment. Sinon c’est surtout voir mes amis. Partager des dîners ensemble. Cinéma, galeries d’art et longue marche à travers Paris. Mais les plus beaux moments restent ceux vécus avec son amoureux. Ce sont des moments magiques, comme volés, secrets, tenus à l’écart du monde.

 

Votre définition de l’amour ?

L’amour prolonge l’état amoureux. C’est un don qui se travaille au quotidien. Il faut pouvoir se sortir de situations inextricables pour émerger à la surface de soi-même. La sexualité, si intense soit-elle, ne suffit pas à construire un couple, même si elle lui est nécessaire. J’aime les héros en somme, accompagnés d’Éros !

 

 

Quels endroits aimez-vous fréquenter à Paris ?

 

Deux ou trois exemples : le Café Beaubourg pour les rendez-vous professionnels, le bar de l’Étienne Marcel pour son côté cosy, la terrasse de la pointe Saint-Eustache pour observer les gens passer, l’Hemingway du Ritz pour le superfeutré quand je veux être très tranquille. Pour faire la fête, je sors en boîte : Bobino, le Cab, Les Bains, le Bataclan… et toutes les soirées de Laurent G.

 

Selon vous, quel est le pays le mieux habillé et le plus sensible à la mode ?

 

Un tiercé : Italie, Angleterre, France. Faites comme moi, asseyez-vous à une terrasse de café à Londres, Paris et Milan et regardez passer les gens !

 

Boutique Pierre Talamon

15, rue du Temple

75004 Paris

 

2 mars

Jean-Luc REVOL

 

Véritable homme de théâtre, Jean-Luc Revol est à la fois acteur et metteur en scène. Trois ans après Vincent River, il vient signer la superbe mise en scène d’Une souris verte, créée pour la première fois à Paris, au Tristan Bernard. Si sa modestie – presque maladive – l’empêche de se mettre en avant, il défend énergiquement ses projets avec le souci d’aborder chaque fois des registres différents : spectacle musical, théâtre ou opéra. Le molière décroché par Le Cabaret des hommes perdus a heureusement contribué à mettre en lumière un artiste auquel nous devons de grands moments de bonheur !

 

 

Dans Une souris verte, le texte, savoureux, est mis en valeur par une distribution exemplaire. Comment a-t-elle été choisie ?

Quand Eddy Saiovici, directeur du Tristan Bernard, a retenu cette pièce, il avait déjà pensé à deux actrices, Raphaëline Goupilleau et Julie Debazac. Lorsque je suis arrivé sur le spectacle, j’ai validé ce choix avec joie (je les aime beaucoup toutes les deux) avant d’organiser un casting pour les deux garçons. J’ai contacté Édouard Collin en pensant qu’il serait réticent à jouer à nouveau le rôle d’un jeune gay et pourtant il a accepté de passer l’audition parmi quarante autres jeunes comédiens. Avec Arnaud Binard leur duo me semble tout à fait à la hauteur.

 

Je confirme ! Comment travaillez-vous une mise en scène ?

À la lecture d’une pièce, si elle me parle, j’ai des images qui me viennent immédiatement à l’esprit. Je n’ai pas vraiment de méthode précise. Je travaille beaucoup en amont sur le texte, puis avec ma décoratrice, ma costumière, avec les lumières pour ne pas avoir des périodes de répétition trop longues. Je sais exactement ce que je veux faire, je déteste les metteurs en scène qui ne savent pas ce qu’ils veulent. J’essaie de donner un cadre précis, surtout ici, dans une pièce qui comporte vingt-trois changements de décor. Pour Une souris verte, je voulais travailler sur le fondu enchaîné en m’inspirant du cinéma.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

D’abord le théâtre amateur ! J’étais professeur d’anglais et au bout d’un an et demi d’enseignement, je suis allé dire à mon proviseur que je démissionnais.

Ensuite, c’est le parcours d’un jeune homme de province qui monte à Paris faire le cours Florent où, tout de suite après ma formation, j’ai enseigné. J’ai aussi été assistant d’Éric Rohmer sur trois films, dont un pour Arte. Puis j’ai été engagé par Robert Hossein et ensuite je suis resté plus d’un an sans travailler avant de créer – il y a quelques années maintenant – ma compagnie, le Théâtre du Caramel fou, à ne pas confondre avec la troupe des Caramels fous !

 

Le succès du Cabaret des hommes perdus est une belle récompense ?

Oui, ce spectacle représente tout de même quatre années de travail intensif pour convaincre les gens. Il a fallu se battre contre la frilosité des directeurs de salles qui me disaient « Ah, mais pour mon public »… Déjà quand ils parlent de « leur public », c’est fichu, cela prouve qu’ils pensent à eux et surtout pas au public. Bref, ils trouvaient que ce n’était pas assez… hétéro ! Et pourtant, actuellement, nous faisons une tournée triomphale qui brasse un public très large et pas uniquement la cellule gay de Pithiviers ! À Brest par exemple, on a fait deux soirs pleins, donc deux fois 1 200 personnes, c’est formidable ! Forcément le molière nous a énormément aidés. Pour le public, c’est une porte d’entrée.

 

Ce molière peut-il réduire durablement ce que vous appelez la frilosité de certains directeurs de salles ?

Non, et d’ailleurs pour Une souris verte, j’entends déjà les mêmes arguments. On me dit que Le Cabaret (dont personne ne voulait !) était plus facile parce que musical et dansé… et là je me dis que je ne peux plus rien pour eux. Finalement je fais peut-être un théâtre militant !

 

C’est la preuve que l’on peut faire un théâtre militant, de qualité et soutenu par le public ! Venons-en à l’opéra : est-ce un domaine où vous avez envie de revenir ?

Oui, mais c’est encore une autre famille ! Je suis sur un projet d’opéra à Istanbul qui se réalisera peut-être dans quelques mois.

 

Et dans vos cartons, qu’avez-vous d’autre en attente ?

Il faut travailler sur cinq spectacles en même temps pour pouvoir en faire aboutir un ou deux. Je suis concentré en ce moment sur une pièce anglaise de Tom Stoppard que j’ai traduite, une fausse pièce policière, sorte de Cluedo géant et déjanté. Et puis il y a trois projets musicaux, dont un avec Christian Siméon. En attendant la commande passée à un jeune auteur belge, Vincent Daenen, sur une musique de Thierry Boulanger qui sera le prochain grand spectacle musical de la compagnie, prévu pour 2010.


Une souris verte se joue au Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris M° Villiers

Du mardi au samedi à 21 h et le samedi à 18 h

01 45 22 08 40

 

www.theatrecaramel.asso.fr

Nicolas GOB

 

Par Philippe Escalier pour www.sensitif.fr


Après Un amour à taire, France 2 continue à montrer l’exemple et durant les trois journées du Sidaction lance la première partie de Sa raison d’être, un grand téléfilm témoignage abordant, avec beaucoup d’émotion, les années sida.

Réalisé par Renaud Bertrand, cette saga affiche une belle distribution dans laquelle nous retrouvons, dans un très beau rôle, Clémentine Célarié, absolument superbe. Autour d’elle, outre Valérie Mairesse, Michaël Cohen (un acteur talentueux venu du théâtre) et Nicolas Gob dans le rôle d’un hétéro séropositif. L’acteur de vingt-six ans, qui a déjà obtenu deux prix du jeune espoir et pour Sa raison d’être, un prix d’interprétation masculine au festival de Luchon, nous a fait quelques confidences à l’occasion de sa venue à Paris.

 

Comment s’est passé ce tournage ?

De la meilleure des façons. Renaud Bertrand est quelqu’un de très humain et nous avons passé deux mois agréables bien que le scénario ait été assez chargé. (Il se passe effectivement beaucoup de choses dans le téléfilm, ndlr.)

 

Comment expliquez-vous que l’on vous ait fait tourner dans deux grands téléfilms à sensibilité gay ?

Je ne me l’explique pas trop. Dans chacune de ces deux productions, j’ai un rôle qui n’est pas gay. Mais je vais vous dire, j’adore participer à ce genre de films parce que j’aime beaucoup être représentatif de quelque chose. La communauté gay, je la soutiens à cent pour cent, avec d’autant plus de force que je ne suis pas gay. Si je peux aider à représenter, aux yeux du public, cette communauté, cela ne m’ennuie absolument pas, bien au contraire, j’en suis très fier. Ceci dit, je ne me sens pas porteur d’un message, je fais aussi des films parce qu’on me les propose. Et puis, sans vouloir rien enlever à leurs mérites, ces deux téléfilms traitent plus largement de la vie et des sentiments.

 

Vous n’avez pas envie de jouer des rôles un peu à contre-emploi sur le plan physique ?

Si et d’ailleurs, dans Sa raison d’être, je suis déjà un peu à contre-emploi. J’ai un physique taillé pour jouer dans des films d’action ! Au début de ma carrière, j’étais très imposant, j’ai fait du karaté pendant des années et j’ai raté des rôles parce que j’étais trop musclé. Là, pour tourner, j’ai du perdre quinze kilos. Je pense que ce sont les productions qui n’ont pas assez d’imagination et qui nous cantonnent à certains types de rôles dans lesquels on nous place une fois pour toute ! C’est dommage, car se transformer physiquement n’est pas forcément le plus difficile dans ce métier. Sur ce film, je suis particulièrement heureux que Renaud Bertrand m’ait fait confiance en se disant que j’allais pouvoir incarner le personnage.

 

L’une de vos caractéristiques est aussi cette double casquette de sportif et d’artiste !

Le sport n’est pas tout ! Je travaille actuellement sur un album. Il est vrai que j’ai beaucoup fait de danse, aujourd’hui beaucoup moins. J’ai commencé par être prof de tennis, avant de devenir acteur. Mais tout cela ne m’apporte pas forcément des rôles en plus !

 

Que faites-vous quand vous ne tournez pas ?

Je vis avec ma compagne, nous avons une existence assez simple. J’aime bien lire, faire du sport mais pas trop non plus, vous l’avez compris !

 

Après le tournage, avez-vous les cheveux courts ou longs ? Dans le film, on vous voit avec une drôle de coupe et des cheveux frisés et longs !

Cela ne me gênait pas et mettre cette perruque contribuait à me faire entrer dans mon personnage. Même si ce n’est pas la plus belle coupe du monde, je vous le concède, mais on se coiffait un peu comme ça dans les années 80. 

 

DVD chez Optimale : 23,99 euros

Sortie le 3 avril 2008

13 février

Stéphane DOURET

 

Par Philippe Escalier pour Sensitif, www.sensitif.fr

 

 

Formé au Studio Théâtre d’Ansières, ce comédien doué ayant joué Molière, Feydeau, Ionesco s’est aussi fait remarquer par un magnifique travail de mise en scène dans Le Mandat. Il est actuellement à l’affiche des Mathurins dans Confidences où, avec l’auteure Florence d’Azémar, ils interprètent la vie de deux personnages homosexuels.

 

D’après ce que je sais, cette pièce va réserver des surprises !

Je le crois ! Confidences est la première pièce de Florence d’Azémar, ancienne chroniqueuse sur PinkTV, comédienne très énergique et plume très efficace. Son texte et la mise en scène d’Emmanuel de Sablet ont de quoi bluffer le public.

Alors oui, à la fois sur le fond et la forme c’est surprenant et intéressant, et pas seulement pour la communauté LGBT d’ailleurs. Sur le fond, le texte aborde l’homosexualité sans complaisance, apitoiement ou militantisme, avec un souci de vérité et de simplicité, ce qui est finalement assez rare. L’homosexuel, au cinéma ou au théâtre, est trop souvent représenté comme un personnage à problèmes ou au contraire « pouêt-pouêt tralala »… toujours dans l’excès, jamais dans la mesure. Sur la forme, c’est l’occasion de rappeler beaucoup de choses aux spectateurs. L’aspect fragmenté de l’œuvre permet de parler intimement de sujets variés et importants. Il peut se passer plein de choses inattendues pendant le spectacle. Lorsque nous l’avons joué pour la première fois, on a vu le public hétéro prendre quelques claques dans la gueule et sortir avec une autre idée de l’homosexualité. Et là, on peut se dire que c’est en grande partie gagné !

 

Revenons un instant sur Le Mandat, d’abord joué de façon confidentielle, puis repris avec Claire Nadeau. À ce moment-là, que ressent-on ?

D’abord j’étais absolument certain qu’elle allait nous dire non. Donc lorsqu’elle nous a dit oui, et avec un énorme sourire, j’étais aux anges. Pour l’anecdote, elle attendait les dates de tournage du film d’Isabelle Mergault Enfin veuve pour confirmer sa présence et elle m’avait demandé de ne proposer le rôle à personne d’autre avant qu’elle ne soit fixée !

Le contrecoup a été une pression d’enfer avec la peur de ne pas être à la hauteur. En vérité, c’est une femme adorable, d’une grande générosité, très drôle. On galvaude souvent le mot de « rencontres », mais là, il est tout à fait bienvenu. Et je pourrais en dire autant de Françoise Lépine.

 

Vous avez été peu présent dans des productions audiovisuelles…

Je ne fais pas grand-chose pour, je l’avoue. Je suis tellement bien au théâtre où j’ai vraiment le temps de travailler ! J’ai tout de même participé à un ou deux films et j’ai aussi fait une pub pour du prêt-à-porter indien. Maintenant, si, après avoir lu cette interview, un réalisateur pense à moi pour un long-métrage, je répondrai présent si le projet en vaut la peine !

 

Avez-vous actuellement sous le coude d’autres pièces aussi remarquables que Le Mandat ?

(Rires) Oui, j’ai des projets mais je suis avant tout comédien, c’est-à-dire sans plan de carrière. Je fais les choses à mon rythme en fonction des envies du moment. Depuis un an et demi, avec Olivier Fredj, nous travaillons sur La Tempête de Shakespeare en espérant parvenir à monter cette pièce magnifique. Mais il est vrai que depuis Le Mandat, j’ai beaucoup de propositions, j’ai pu rencontrer plein de gens nouveaux… et me retrouver sur Confidences, ce qui n’est pas rien ! Pour l’heure je suis impatient de rencontrer le public aux Mathurins et de recueillir son sentiment sur ce spectacle un peu atypique.

 

Théâtre des Mathurins : 36, rue des Mathurins 75008 M° Havre-Caumartin

Du mardi au samedi à 19 h et le dimanche à 17 h

01 42 65 90 00

Arnaud DENIS

044

Par Philippe Escalier pour Sensitif, www.sensitif.fr

 

 

Depuis ses débuts, Arnaud Denis, âgé de vingt-quatre ans, a toujours étonné. La qualité de son jeu et l’ingéniosité de ses mises en scène ont su redonner le goût du théâtre à un public ouvert, fidèle et de plus en plus nombreux. Après La Cantatrice chauve et Les Fourberies de Scapin, il nous offre une très belle adaptation de L’Ingénu de Voltaire par Jean Cosmos. L’occasion pour nous de faire le point sur son travail.

 

Comment avez-vous réussi à monter L’Ingénu ?

Récolter de l’argent, obtenir une subvention prend beaucoup de temps et d’énergie. On investit de moins en moins dans le théâtre. Nous avons eu une chance énorme qui a permis de monter ce spectacle : Les Fourberies de Scapin ont remporté le premier prix des jeunes compagnies du Festival d’Anjou organisé par Nicolas Briançon. C’est grâce à cet argent que nous sommes là !

 

D’où viennent les membres de votre compagnie Les Compagnons de la Chimère ?

Le noyau dur, une dizaine de comédiens, est très majoritairement constitué d’anciens élèves de Jean-Laurent Cochet. Nous sommes ensemble depuis quatre ans et même lorsque nous ne jouons pas, nous nous retrouvons pour travailler. J’ai eu la chance de les réunir pour leur talent et leurs qualités humaines. Avec eux, l’osmose est totale : nous sommes tous voués à ce métier, avec de la passion et de l’humilité. Dans un second temps, j’ai rencontré Jean-Pierre Leroux (il administre et il joue) et son expérience nous a fait gagner dix ans !

 

Créer des spectacles est très compliqué et onéreux, vous venez de le dire. Dans ces conditions, comment gagnez-vous votre vie ?

Nos spectacles ont eu la chance de partir en tournée. Ce sont des moments où l’on peut être enfin correctement payé ! On a fait les festivals d’été, on a pu jouer devant des salles de mille cinq cents personnes. Il y a aussi le cinéma et la télévision, qui sont plus rémunérateurs. J’ai tourné dans Monsieur Max, le dernier film avec Jean-Claude Brialy, dans Elles et moi avec Danielle Darieux et Jean-Pierre Marielle. Et puis nous sommes payés par la compagnie tous les soirs de représentation par un cachet minimum.

 

Vous enseignez aussi. Quelle serait, selon vous, votre marque de fabrique ?

Je n’en ai pas ! Je n’aime pas le rapport professeur-élève. Je ne peux pas témoigner d’une grande carrière mais je me retrouve en eux, je sais la difficulté qu’ils peuvent ressentir et je leur apporte mon expérience de terrain. Ma compagnie, par exemple, s’est vraiment formée dans les tournées. Quand on a soixante dates dans soixante lieux différents, c’est une école extraordinaire que des années de cours ne peuvent remplacer !

 

Y-a-t-il un moment où vous avez besoin de déconnecter et où vous ne voulez plus entendre parler de théâtre ?

Non, jamais ! La diversité des aventures fait que c’est toujours passionnant. Je change de registre (j’ai joué Ionesco, Molière, Ibsen), de lieux, de fonctions, je suis en émerveillement constant. Parfois, j’ai des moments de fatigue et pour me recentrer, je reprends un spectacle seul, comme j’ai pu le faire avec Les Fables de La Fontaine au Lucernaire. Actuellement nous arrivent diverses propositions passionnantes faites par de très beaux théâtres qui dépassent tout ce que nous pouvions espérer et qui vont me permettre d’être un peu moins surmené. Mais j’ai toujours soif de découvrir, de construire, de jouer, je ne peux pas m’en lasser !

 

L’Ingénu se joue au Vingtième Théâtre

7, rue des Plâtrières 75020 Paris M° Ménilmontant

Du mardi au samedi à 21 h 30 et le dimanche à 17 h 30

01 43 66 00 13

www.lescompagnonsdelachimere.com

3 janvier

Isabelle Mergault

ISABELLE MERGAULT1 

 

Par Philippe Escalier pour le magazine Sensitif : www.sensitif.fr

 

La langue bien pendue, Isabelle Mergault est passée pendant longtemps pour la comique de service. Le succès magistral de son film Je vous trouve très beau a remis un peu les pendules à l’heure. Elle reprend dans quelques jours le rôle principal dans Croque-Monsieur de Marcel Mithois, tenu naguère par Jacqueline Maillan. Très simple, passionnante et subtile, la comédienne nous a donné une vraie interview, loin de toute promotion, avec le cœur, la sincérité et la fougue que nous aimons tant !

 

Quand on vous voit, que l’on vous regarde agir dans la vie quotidienne, on se dit – et c’est un compliment – que vous n’êtes pas une star !

Vous savez, quand on est sur scène et que l’on fait rire les gens qui viennent ensuite vous prendre l’avant-bras en disant « merci », ça me donne le sourire. Je ne me dis pas que je fais partie de l’élite, bien au contraire, je me dis que je fais partie d’eux puisque je leur parle directement au cœur. Le succès fait que je me sens plus proche de toutes ces personnes !

 

Un succès qui vous a surprise, je pense au film ?

Non, je ne pensais pas que j’allais me planter, sinon je ne l’aurais pas fait. Quand vous faites quelque chose, vous devez y croire. Une fois mon premier film fini, j’ai dit aux copains : « J’espère que vous allez venir le voir, je le trouve vachement bien ! » sans me prendre pour une diva du cinéma. Mon film, je l’ai fait d’une façon artisanale et du mieux possible. Je pourrais être étonnée de gagner au Loto mais pas que mon travail porte ses fruits. D’autant que ce n’est pas mon premier scénario, j’en ai écrit une quinzaine. Du coup, la profession vous regarde avec envie, parfois avec jalousie ou aigreur, en se disant : « Elle n’a jamais rien fait et là, 3,6 millions d’entrées ! » Oui, sauf que j’ai vraiment beaucoup bossé et que visiblement, ce que j’ai dans le ventre parle au plus grand nombre.

 

Votre domaine, c’est la comédie !

Oui, sur scène, je suis contente de faire rire. Je sais jusqu’où je peux aller, je sais pourquoi je suis faite, je n’ai pas la palette suffisante pour faire de la tragédie. J’ai quelques couleurs dans mon jeu et je les joue à fond. Il n’y a pas d’imposture, je ne sais pas faire grand-chose mais ce que je fais, je crois que je le fais bien. J’ai une nature comique, je l’exploite, point barre !

 

 

Croque-Monsieur mis en scène par Alain Sachs, c’est ce qu’on appelle un vrai cadeau !

C’est une merveille, nous sommes dix sur scène, tout est très beau, c’est du vrai théâtre, ce n’est pas deux ego qui se retrouvent pour s’affronter face au public. C’est un festival, un feu d’artifice. Alain Sachs est au service des comédiens, du texte. Tous les rôles sont mis en valeur. J’adore cette aventure, que tous les rôles soient mélangés. Je n’ai pas envie que l’on parle de moi, je veux que les spectateurs sortent en disant qu’ils ont vu un superbe spectacle.

 

Que faites-vous dans la pièce ?

C’est simple, je joue une femme qui ne pense qu’au fric. Son mari vient de mourir ruiné et elle entend mettre le grappin très vite sur un milliardaire avant que la nouvelle du décès ne soit éventée.

 

Vous arrivez à combiner cinéma et théâtre sans problème ?

Oui, je n’ai que ça à faire ! (Rires) Je n’ai pas d’enfants. Quand vous n’avez qu’à gérer votre propre industrie, c’est confortable. Je n’ai pas à aller gagner mon pain avec un boulot qui me déplairait. On a l’impression que lorsqu’on fait un film et une pièce par an, c’est énorme… Je trouve que l’on est une génération oisive par rapport à d’autres époques.

 

Vous avez dit que quand vous étiez amoureuse, vous ne pouviez plus rien faire. Or depuis quelques temps, vous travaillez énormément ! Que faut-il en conclure ?

Ah ! Il est vrai que pour moi, le début d’une période amoureuse ne me permet pas de travailler. J’ai besoin que le sang qui coule dans mes veines s’apaise. Je ne peux pas écrire en me disant « Mais pourquoi il ne m’appelle pas ? ». Je suis d’un tempérament un peu passionné. L’idéal c’est quand tout roule bien, quand cette période d’amour fou – que j’adore – est un peu retombée.

 

Avoir de l’humour et de la personnalité, cela ne fait pas peur aux hommes ?

Si cela fait peur, c’est que la personne en face n’a pas une personnalité assez forte. Maintenant je dois dire qu’il ne faut pas confondre faire rire à la radio ou à la télé et avoir de la personnalité. Dans la vie, je suis un peu chique molle, je ne suis pas grande gueule, c’est sûr. Ce qui peut être troublant c’est l’image que l’on se fait de moi. Je suis quelqu’un d’assez vulnérable. Devant une caméra, si vous me faites une réflexion, du tac au tac, je vous réponds. On est en représentation, j’ai été maquillée pour ça et je suis payée pour ça la plupart du temps ! C’est comme sur un ring, le boxeur ne se laisse pas faire. Mais peut-être qu’en dehors, il sera troublé parce qu’on lui donnera une tape dans le dos ! Sur une réflexion, je peux m’écrouler et me mettre à pleurer.

 

Quel rapport avez-vous avec les homos ?

Je connais beaucoup de gays. Je ne connais pas de lesbiennes, je dois en fréquenter sans le savoir. Deux hommes ensemble, j’ai tellement l’habitude que je n’analyse même pas, je m’en fous ! Parfois je me dis « tiens il est pédé, je ne savais pas ». Mais à Paris, maintenant, c’est tellement courant. La seule chose que j’aime moins, homos ou hétéros confondus, c’est le manque de pudeur de ceux qui peuvent se rouler des patins devant tout le monde, dans tous les endroits.

Ce que je voudrais dire, c’est qu’il me semble que les gays, qui savent ce qu’oppression veut dire, ne se battent pas toujours assez, par exemple pour les femmes, qui sont tellement maltraitées, je ne sais plus combien de viols toutes les heures… Les femmes subissent aujourd’hui encore des choses dingues, il ne faut pas l’oublier. Maintenant, pour rester dans un ton un peu plus léger, je dirais que ce qui m’énerve c’est quand un type me plaît et que j’entends « ah, lui, il n’est pas pour toi » !

 

Quel serait votre type d’homme ?

Je n’en ai pas ! Flasher très vite sur un physique, c’est une chose qui ne m’est jamais arrivée. Si je ne le connais pas, si je ne lui pas parlé, les yeux dans les yeux, il ne peut rien se passer ! Et quelqu’un qui est intelligent a pour moi un énorme pouvoir, surtout s’il est altruiste en prime. La façon de raisonner, la culture, c’est la vraie séduction ! J’ai eu des mecs très beaux, des mecs beaucoup moins. Faut juste que la personne soit quelqu’un de bien !

 

Isabelle Mergault sera à partir du 24 janvier 2008 au théâtre des Variétés dans Croque-Monsieur, mis en scène par Alain Sachs.

 

 

 

 

 

31 août

Jean-Pierre Marielle

 

Il est de retour mi-septembre 2007 au théâtre de l’Œuvre avec Les Mots et la Chose. Face à une jeune comédienne chargée de synchroniser des films érotiques incarnée par Agathe Natanson, Jean-Pierre Marielle est le professeur venu apporter des cours de vocabulaire sur ce qui, de près ou de loin, concerne « la chose » ! Rencontre avec un immense comédien, qui, entre autres confidences, nous dit son bonheur de jouer le texte truculent de Jean-Claude Carrière.

Comment êtes-vous arrivé sur ce spectacle ?

J’ai beaucoup travaillé avec Jean-Claude Carrière et j’ai déjà joué Les Mots et la Chose face à Carole Bouquet avant de le reprendre avec Agathe Natanson. Mais c’est la première fois que je fais ce genre de spectacle où il faut s’effacer derrière les mots pour faire passer l’humour, la grâce et le charme que Jean-Claude Carrière a mis dans ce texte.

C’est un plaisir de retrouver le théâtre de l’Œuvre ?

Tous les soirs quand j’arrive dans le foyer où nous sommes je lance : « Bonsoir monsieur Anouilh ! » Durant deux ans, j’y ai joué sa pièce Les Poissons rouges avec Michel Galabru. C’est un endroit qu’Anouilh adorait. Du reste, je le vois, il est toujours là !

Au cinéma, vous avez eu la chance d’avoir des rôles très différents !

Oui, j’ai eu un type d’emploi comme on les appelle mais j’en suis sorti, notamment grâce à l’énorme succès que furent Les Galettes de Pont-Aven. Ensuite j’ai fait des films avec des personnages qui ne se ressemblaient pas, et tant mieux, car c’est la diversité qui m’intéresse dans ce métier.

Dans le lot, y a-t-il eu un personnage qui vous ressemblait ?

Vous savez, j’ai un peu de mal à parler de moi parce que je ne sais pas trop à quoi je ressemble. Jouer c’est ma vie et j’ai commencé au lycée poussé par mon prof de lettres qui m’a dit un jour : « Si j’étais vous, je me présenterais au Conservatoire. »rires). Quelque part, il avait raison, parce que pour moi, les choses se sont passées simplement. Je dirais qu’elles se sont faites à mon insu, je n’ai jamais sollicité, je n’ai jamais passé d’audition, j’ai tourné très jeune, des petits rôles (j’ai eu beaucoup de seconds rôles) et puis cela s’est fait, de façon relativement facile ; c’est de la chance cela ! Ce que j’ai fait et quand j’en suis sorti, j’ai tout de suite commencé à travailler, ce qui a fait dire à mon père que ce métier était vraiment d’une facilité incroyable (

Entre vous et Agathe Natanson, le metteur en scène a eu l’idée de glisser un jeune musicien…

Oh oui, un jeune homme formidable ! Pierre-François Dufour fait partie du Grand Orchestre de Bordeaux où il est violoncelle solo. Et, le soir, lorsqu’il n’est pas avec nous, pour son plaisir, il devient batteur de jazz. Il a une grande présence en scène et apporte beaucoup au spectacle.

Sur le plan personnel, vous êtes amateur de musique ?

Beaucoup. Je suis un grand fan de jazz. Je vais souvent au New Morning. Dans le temps, j’allais au Vieux Colombier. À l’époque, quand nous jouions dans cette salle, il y avait en dessous Sidney Bechet qui jouait et nous devions parler plus fort pour passer par-dessus sa musique. Cela dit, ensuite on allait l’écouter !


Propos recueillis par Philippe Escalier pour :
www.sensitif.fr

Théâtre de l’œuvre : 55, rue de Clichy 75009 Paris M° Place de Clichy
Du mardi au samedi à 19 h jusqu’au 3 novembre 2007

01 44 53 88 88

 

7 juin

Armande Altaï

 

 

Dans le cadre tranquille du petit salon de thé de la librairie Blue Book Paris, nous avons, avec beaucoup de plaisir, rencontré Armande Altaï à l’occasion de la sortie de son dernier album, Héroïnes Fantaisies.

Dans cet album, vous mélangez les genres et visiblement, vous vous faites plaisir !

Je n’aime pas trop le triomphe des catégories, les gothiques (devenus tristes), les nouvelles chansons françaises (avec plein d’originaux élevés en batterie), le rock devenu conservateur ou le rap qui a vieilli. Aujourd’hui les jeunes, avec leurs jeux, écoutent des musiques très mélangées, je suis plus près de cela et je ne veux pas entrer dans ces cases où l’on adore enfermer les gens ni me mettre à faire plein de chansons mignonnes juste pour vendre des disques. Un artiste doit chaque fois se faire plaisir ! Je me suis toujours donné les moyens de n’en faire qu’à ma tête.

Quels ont été vos grandes sources d’inspiration ?

En Turquie, avec ma mère, j’écoutais Oum Kalsoum mais aussi Chaliapine, Nat King Cole. Et puis, lorsque nous avons débarqué en France en 1949, chargés de tous nos drames familiaux, et que nous avons découvert la légèreté française, je me suis glissée volontiers dans cet univers. À l’époque, nous avons pu manquer d’argent mais jamais de livres ou de disques. Je dois avouer une préférence pour les grandiloquents, j’adore Queen, Led Zeppelin, Pink Martini, Björk. Mais j’ai été « fabriquée » par une foultitude de héros et d’héroïnes.

D’où le titre de cet album ! Sa gestation a été longue ?

Certains morceaux datent d’il y a très longtemps. Tous ont été choisis parmi le thème des héroïnes de fantaisie. J’ai voulu aussi faire entendre les vraies sonorités de morceaux classiques très connus, réécrire quelques histoires comme celle de Solveig (mise en musique par Grieg) et plus largement, utiliser des musiques très différentes mais toutes chargées de petites histoires personnelles et de nostalgie.

Pour en venir à vous, vous semblez avoir des rapports assez étroits avec les gays...

Cela s’est toujours fait naturellement. Beaucoup viennent à mes concerts, certains m’ont copié d’ailleurs. Les gays de ma génération étaient moins embourgeoisés, ils étaient plus dans l’élite. Aujourd’hui, beaucoup de choses se sont démocratisées, de nombreux gays aiment les variétés françaises qui leur rappellent leur enfance, et heureusement d’ailleurs qu’ils sont là pour sauver les vieilles chanteuses !

Vous savez, quand on parle avec un homo, on est sur le même plan et franchement, cela fait du bien ! Ceci dit, beaucoup de jeunes hétéros, du moins ceux ayant perdu les vieilles attitudes un peu machistes, ont tendance à leur ressembler (gentils, élégants). L’avantage d’être une vieille « sexygénaire » fait aussi que les rapports sont plus libres !

Quel genre de professeur êtes-vous ?

Je ne laisse rien passer. Je corrige et je démontre. Je refais les sons de l’élève et je lui montre ce qu’il faut changer. J’aime ces rapports, je trouve que c’est la plus belle communication qui existe. Et il ne faut surtout pas d’autoritarisme. Dès qu’on blesse, il y a la gorge qui se serre tout de suite et là, on ne peut plus rien obtenir. Angoisse signifie gorge serrée. C’est presque un travail de psy, qui réclame beaucoup d’exigence et beaucoup d’affection.

Cet album réalisé, je suppose que vous avez d’autres projets ?

Oui, toujours ! J’ai retrouvé Henri Padovani qui a été mon guitariste et a été le premier du groupe Police. J’aimerais beaucoup retravailler avec lui. Dans un mes disques, j’ai eu Andy Clark qui était le clavier de Bowie. Je voudrais retrouver des musiciens de cette trempe !

Héroïnes Fantaisies : O+ Music - www.oplus.org - 17,50 euros

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

 

 

2 juin

La mort de Jean-Claude Brialy

Il aura marqué un demi-siècle de cinéma, de théâtre, (il avait racheté Les Bouffes Parisiens qu’avant lui Jean Marais avait dirigé) et de vie parisienne. En personnage bien éduqué qu’il était, il aura attendu la fin du Festival de Cannes pour tirer sa révérence.

Jean-Claude Brialy, que certains de ses amis avaient surnommé avec humour « La paillette, nous voilà ! » était aussi un personnage pudique, fidèle en amitié, simple et toujours accessible. Son combat en faveur de la lutte contre le sida et l’acceptation de l’homosexualité n’aura pas cherché à choquer le bourgeois mais à être efficace.

 

Nous publions la dernière interview que le comédien nous a donné, il y a un peu plus de deux ans.

 

 

JEAN-CLAUDE BRIALY

 

Dans son théâtre des Bouffes Parisiens, Jean-Claude Brialy nous a reçu pour parler du rôle marginal et extravagant qu’il a accepté de jouer dans « People, Jet Set 2 », le nouveau film de Fabien Onteniente (sortie le 19 mai). Avec la sobriété et la courtoisie qui l’ont toujours caractérisé, l’acteur nous a fait quelques confidences sur sa vie et ses projets.

 

« People » est un film qu’au départ vous ne vouliez pas faire ?

Je fais beaucoup moins de cinéma. Parfois, par amitié, il m’arrive de jouer des rôles assez courts, sinon je me consacre à quelques projets qui me tiennent à cœur comme « Les Rois maudits » que Josée Dayan et Jeanne Moreau vont préparer pour la télévision. Je connais Fabien Onteniente pour avoir vu « Jet Set ». Il m’a envoyé son nouveau scénario, je me suis beaucoup amusé à le lire, mais j’ai trouvé le rôle de Minimo insignifiant. Devant mon refus de faire de la figuration, il a insisté. Cette amabilité à mon égard m’a touché, un acteur est toujours heureux d’être demandé, d’être désiré par un jeune metteur en scène. Je lui ai donné quelques idées que j’avais sur ce personnage jusque-là très en dehors de l’action. Pas question pour moi de faire une espèce de « grosse lope » qui n’a rien à dire et qui bave ! J’ai précisé à Fabien que je connaissais des gens comme Minimo, très touchants parce qu’ils n’avaient rien : pas d’argent, pas d’amour, pas d’amis. Ils se sentent inutiles dans leur vie et souvent, ça se termine mal. Il ne s’agissait pas de mettre du drame dans cette folie, mais je tenais à faire sentir la solitude de ce personnage pathétique. Je voulais aussi me changer complètement, faire une composition, mettre une perruque mal teinte. On a rajouté deux scènes et du coup, je devenais vivant. Ceci dit, ce n’est pas le rôle de ma vie et je sais que ceux qui ne m’aiment pas vont en faire des gorges chaudes ! En tous cas, je le joue avec mon énergie et ma fantaisie.

Vous souciez-vous du qu’en-dira-t-on ?

Non, franchement non, catégoriquement non, mais tout de même, on est blessé par des articles qui se veulent méchants. Vous savez, quand j’ai commencé ici, aux Bouffes Parisiens, avec « Le Nègre » de Didier Van Cauvelaert, inconnu alors, j’ai pris un risque. J’ai eu un article dans Le Monde qui m’a descendu. J’étais devenu un vieux con ! Alors, même si j’en prends et si j’en laisse, on en prend un peu quand même ! Maintenant, si je suis là après cinquante ans, c’est qu’il y a bien un petit quelque chose !

Vous pensez qu’il est important que l’on fasse ce genre de film ?

Rien n’est important mon cher ! Certains films - ils sont rares - font avancer les choses sur des sujets graves et sérieux. Il est bon qu’à côté, on puisse prendre des libertés et distraire. Celui qui a le plus fait rire ses contemporains, c’est Molière. Il a usé de la caricature en exagérant un peu le trait. Alors dans ce film, il y a un regard cruel sur ce monde qui existe, sur cette jet set inutile, parasite et ennuyeuse.

Le risque n’est-il pas de produire un amalgame entre ce monde-là et l’homosexualité ?

Le film n’est pas un jugement sur les gays. José Garcia, qui est le contraire d’un homo, joue son personnage avec beaucoup de finesse. Sans excès. Il existe une façon de caricaturer les homosexuels, je n’ai jamais voulu de ça ! Avec Gérard Oury, j’ai joué un travesti, mais c’était un rôle particulier. Chaque fois que j’ai joué un homo, je l’ai fait très virilement. Par contre, le côté militant n’est pas mon fort, je suis contre tout ce qui est gay pride…

Pour quelles raisons ?

Je n’aime pas, justement, que l’on montre d’une façon caricaturale…

La caricature provient de la télé qui se complaît dans les stéréotypes : dans une gay pride il y a 500 000 personnes et des gens très différents !

Oui, je trouve formidable que la société commence un peu à accepter les gens qui sont différents. Mais il n’y a pas non plus de raisons de faire croire que les homosexuels sont les gens les plus drôles, les plus intelligents, les plus merveilleux, ils sont comme les autres ! Ce qui est bien, c’est de balayer les jugements péjoratifs que l’on a eu si longtemps sur les homosexuels qui étaient soit maudits, soit mis sur un piédestal.

Vous préparez un film ayant pour titre « V comme Verlaine » ?

J’ai écrit, il y très longtemps, un scénario que je voulais tourner. J’ai l’impression que c’est le moment de le ressortir et de travailler dessus. Il s’agit d’un prof de français, marié, père de famille, menant une vie « normale » qui finit par tomber amoureux d’un de ses jeunes élèves. Ce sera d’abord le scandale, puis le drame.

Vous n’avez pas envie d’une histoire d’amour qui se termine bien ?

Vous savez, j’ai vu beaucoup d’exemples de cette sorte autour de moi. J’ai joué, l’an dernier, avec Line Renaud « Poste restante » de Noel Coward, un dramaturge qui a mal vécu son homosexualité, voyant son amant la nuit, en cachette. Cette pièce est un peu l’histoire de sa vie. Eh bien, beaucoup d’épouses, de mères sont venues me voir pour me raconter des histoires similaires.

Restons dans le théâtre : quels seront les temps forts des Bouffes Parisiens la saison prochaine ?

A la rentrée, je vais prendre à nouveau des risques avec une grande production, « Pygmalion », de Bernard Shaw avec notamment Barbara Schultz. Je vais faire un Guitry avec Jean-Laurent Cochet et puis, peut-être, je jouerais seul sur scène le spectacle qui raconte ma vie.

Encouragé par le succès de votre livre, « Le Ruisseau des Singes » ?

Oui, succès tel d’ailleurs que les éditeurs m’en ont demandé un second, le problème c’est que je n’ai qu’une vie ! Mais comme nous avions enlevé 400 pages dans le premier, j’y ai rajouté ce qui m’est arrivé depuis dix ans. Là-dessus, j’ai trouvé un titre qui m’amuse, ce sera : « J’ai oublié de vous dire ! »

A ce sujet, vous avez toujours peu parlé de votre vie privée ! Une façon de vous protéger ?

Non, mais ça n’intéresse personne. Je trouve triste que les certaines actrices soient vues en train de faire des œufs sur le plat ou avec une marmaille autour d’elle. Comment voulez-vous que les gens rêvent ? Quand j’étais jeune, mes idoles étaient Ava Gardner, Marlène Dietrich, Marilyn Monroe, des femmes inaccessibles. J’ai vécu deux fois avec des garçons, vingt-trois ans avec l’un, avec l’autre cela dure depuis vingt-deux ans. Quel intérêt de médiatiser quelqu’un qui, en plus, ne veut pas l’être ? Mais ça ne nous empêche pas d’être ensemble autant que possible. Finalement, ce qui m’importe dans la vie des gens que je connais, n’est pas de savoir avec qui ils sont mais s’ils sont heureux. Le reste, je m’en tape complètement !

Vous avez une recette du bonheur ?

Si c’était le cas, je l’appliquerais tous les jours !  Je suis en quête du bonheur comme tout le monde. L’age venant, je m’aperçois qu’il faut compter toutes les secondes et ne pas laisser les bons moments s’échapper. Hier soir, j’ai vu une belle pièce, « Les Amazones » et avant-hier « Portrait de famille ». Ce sont des instants où, comme lorsque je joue, j’oublie un peu tout, notamment la conjoncture peu facile, sans jamais oublier que je suis un privilégié !

 

Philippe Escalier

 

9 avril

Interview Claire Nadeau

Par Xavier Leherpeur pour www.sensitif.fr

 

Connue du grand public pour avoir travaillé à la télévision auprès de Stéphane Collaro, Claire Nadeau mène depuis plus de trente ans une carrière au cinéma et au théâtre où se conjuguent passion et éclectisme.  

Jouer a-t-il toujours été votre rêve de petite fille ?

Oui. À tel point – comme je ne voulais pas me l’avouer car ma famille était plutôt intellectuelle et faire actrice faisait un peu « bas de gamme » (rires) –,disais-je, que je voulais être interprète… mais de langues étrangères ! J’ai du coup commencé par la danse, le côté représentation me plaisait beaucoup, puis le bac – car il fallait bien le passer – et enfin le Conservatoire.

Au théâtre vous avez joué à la fois au TNP, au café-théâtre, au Splendid, dans le privé et sans distinction les grands auteurs et des pièces plus légères…

Tant qu’à faire ! Autant aller voir partout (rires) !

Votre nature comique, indissociable de votre image, s’est-elle vite révélée ?

Pas vraiment. Sans doute à cause de mon physique de grande brune mince et de ma nature plutôt renfermée, j’ai commencé par jouer les jeunes premières dramatiques. Et pour tout dire, je m’ennuyais plutôt. Puis j’ai rencontré Coluche qui m’a fait faire des sketches. Et je me souviens qu’à l’époque, je me demandais en moi-même « mais on a le droit de faire l’andouille ? ». Et ce fut le bonheur. Enfin, je m’amusais.

À la fin du mois, vous serez à l’affiche du Théâtre 13 dans Le Mandat de Nikolaï Erdman, une pièce écrite en URSS en 1924 mais jamais publiée du vivant de son auteur.

C’est Stéphane Douret, le metteur en scène, qui m’a envoyé la pièce. Et je suis tombée sur un texte extraordinaire. C’est burlesque, visionnaire, insolent, cruel, amer… et le tout sur un mode très vif, très alerte.

Vous y campez le personnage principal.

C’est une commerçante dont le magasin puis l’appartement ont été réquisitionnés. Elle se retrouve dans la dèche la plus totale et essaie de survivre en enjoignant son fils d’aller s’inscrire au parti.

Stéphane Douret parle d’une pièce politique… apolitique.

Oui, car il n’y a pas de parti pris. Les héros n’ont aucun point de vue. Ce sont tous des opportunistes dont la seule motivation est d’essayer de sauver leur peau. Soit en allant s’inscrire à toute vitesse au parti, soit en essayant de rétablir l’impératrice sur le trône, qui n’est autre que la cuisinière déguisée (rires) ! Il n’y a aucun jugement politique mais l’époque où elle est écrite fait d’elle une pièce très politique.

Vous venez aussi de tourner dans le nouveau film d’Isabelle Mergeault, Je vous trouve très beau.

J’interprète un personnage décalé qui me plaît beaucoup. Celui d’une femme qui ne s’est pas vue vieillir, s’habillant avec des cuissardes et les cheveux bouclés, comme une jeune fille qu’elle n’est plus du tout.

Un rôle que beaucoup de comédiennes hésiteraient à endosser.

Je ne sais pas pourquoi, mais il y a quelque chose avec l’âge qui me fait rire. Dans la pièce de Ruquier Si c’était à refaire, lorsque je rentrais sur le plateau, une secrétaire appelait son patron pour le prévenir que sa mère était là. Et il lui répondait « ce n’est pas ma mère, c’est ma femme » ! Ça me faisait mourir de rire… et j’ai accepté ce rôle rien que pour cette réplique (rires) !

Théâtre 13

103A, boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris

M° Glacière

Du 24 avril au 13 juin : le mardi, mercredi et vendredi à 20 h 30

Le jeudi et samedi à 1 9h 30, le dimanche à 15 h 30

01 45 88 62 22