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2 avril Les effets spéciauxEnfants de la révolution informatique, les effets spéciaux, nés avec l’apparition du septième art, viennent de connaître, ces quinze dernières années, des avancées prodigieuses, mises en valeur par le cinéma mais aussi la pub et les clips. Dans ce qui est devenu une véritable industrie, la France fait preuve d’un exceptionnel savoir-faire, porté par quelques sociétés œuvrant pour de très grands films dont certains ont été distingués par la sélection cannoise. Historique et état des lieux d’un secteur primordial en plein essor
1898 : un mauvais fonctionnement de sa caméra à manivelle permet à Georges Méliès de découvrir qu’il est possible de superposer des images. Ingénieux, celui qui est considéré comme le père des effets spéciaux n’en reste pas là et met au point les ralentis et les accélérés que le cinéma utilise toujours. Il invente d’autre part la seconde grande catégorie d’effets, ceux liés, non plus à la caméra mais aux décors. Ces derniers sont soit projetés sur un écran (« transparence »), soit rajoutés après tournage (« Matte shot »), soit mélangés à des décors construits et peints (« glass shot »).
Ces techniques présentent la double utilité de permettre la réalisation de films fantastiques, mais aussi d’amoindrir les coûts et d’assurer la sécurité des comédiens. En son temps, Griffith se déclare hostile à tout trucage mais les utilise pourtant, les décors d’Intolérance ayant failli le ruiner ! Le terme « effets spéciaux » apparait pour la première fois au générique du film de Raoul Walsh What price glory en 1927. La grande crise qui survient deux ans après et qui resserre les budgets, leur fera faire un bond en avant.
C’est naturellement à la fin des années soixante que l’informatique révolutionne le genre. 2001 l’Odyssée de l’espace en 1968 en sera un bel exemple, suivi en 1977 par le premier épisode de Stars War. En baptisant sa firme Industrial Light and Magic, George Lucas ne pouvait mieux dire à quel point l’art des effets spéciaux s’apparente à cette magie qui fait partie intégrante du cinéma. De fait, aujourd’hui, ils sont partout, certains films ayant été réalisés intégralement en images de synthèse comme Final Fantasy, film où la prouesse reste davantage technique qu’artistique ! En l’occurrence, une surenchère semble se faire jour entre un public toujours plus gourmand et des techniques toujours plus sophistiquées. De fait, l’utilisation d’effets spéciaux touche toutes les catégories de films, la programmation de Cannes en est le meilleur exemple.
Face à cette tendance quasi incontournable, des mouvements de résistance se sont organisés. En 1998, Thomas Vinterberg en présentant sur la Croisette Festen avec lequel il obtient le Prix du Jury ex-æquo, a signé avec Lars von Trier un document solennel, le Dogma 95. À cette occasion, les deux réalisateurs s’engagent à respecter « des vœux de chasteté » : tourner en extérieur, ne pas produire un son séparé et filmer caméra sur l’épaule font partie des « commandements » que Lars von Trier mettra en application, de son côté, avec Les Idiots. Reste que l’emprise du numérique est irrésistible, et que Sony n’a pas hésité à profiter du festival de Cannes pour annoncer le lancement de la haute définition numérique.
Des sociétés et des hommes se cachent derrière les réalisations époustouflantes chargées d’éblouir le spectateur. Parmi elles, Buf et Duran Duboi, deux noms français, à la pointe de leur spécialité. Doit s’y ajouter un incontournable, un mythe vivant, Stan Winston.
Les exceptions françaises
Buf a bâti sa renommée sur ses capacités créatives et l’animation en 3 D. La société travaille sur deux sites en région parisienne et dispose d’un bureau sur Los Angeles. Ses effectifs en constante augmentation, oscillent entre 200 et 250 personnes. Seule boite capable d’assumer l’ensemble des effets spéciaux d’un film, Buf, pour Angela de Besson, a réalisé entre 120 et 150 plans ce qui est considérable quand on sait, qu’en moyenne, un film se compose de 1200 plans. Il a fallu pour cela des semaines de travail occupant plus d’une dizaine de personnes. Privilège rarissime, la société est associée à de très grandes productions anglo-saxonnes, (Harry Potter, Batman, 2046…) et ce, malgré le handicap conjugué de la langue et des couts de production, où la France se distingue également ! Ce qui n’empêche pas les grands studios américains de venir frapper à la porte de Buf, souvent poussés par les réalisateurs, comme cela a été le cas récemment avec Oliver Stone pour Alexandre.
Membre de la société Duran, créé en 1983 par Pascal Hérold et Benoît Maltaverne à un moment où l’on reste encore sceptique sur l’influence de l’ordinateur sur le septième art, Duboi s’est spécialisée dans les effets spéciaux. Dans un premier temps, son domaine d’action reste très européen mais s’est élargi à l’international, depuis l’arrivée en son sein de Quinta Industries. À son actif, quelques grands films français comme Jeanne d’Arc, Astérix et Obélix, Taxi2 et l’Alien de Jeunet. Avec ce réalisateur, c’est une longue histoire d’amour commencée avec le tournage de Delicatessen en 1990 et dont Un long dimanche de fiançailles constitue le dernier épisode en date.
Stan Winston : une légende
Celui qui restera dans l’histoire du cinéma comme le spécialiste des effets spéciaux, couronné dans sa catégorie par quatre Oscars, débarque à Hollywood en 1968 pour y entamer une carrière de comédien qui n’aura guère de succès. Il entre alors chez Dysney comme apprenti maquilleur où il se découvre un goût pour la fabrication de créatures effrayantes. James Cameron lui confie le maquillage de Terminator 2. Jurassik Park, où il donne aux dinosaures numériques des allures réalistes et où il parvient à mélanger images de synthèses et images réelles, lui apporte un succès « monstre ». Des prouesses lui valant de collaborer avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur le projet d’ordinateur le plus « intelligent » de tous les temps.
Basées sur des logiciels construits sur mesure pour des ordinateurs spéciaux parfois installés dans des pièces réfrigérés, la technique des effets spéciaux a proprement révolutionné le cinéma. Pourtant, on ne peut s’empêcher de songer que les horribles créatures qui ont, naguère, terrorisé des générations de spectateurs, étaient fabriquées avec trois fois rien. La peur qu’elles suscitaient, nourrie par une ambiance kitch si particulière, avait l’avantage de leur donner des allures presque réelles. Une évidence (teinté d’une certaine nostalgie) qu’avec ses mots Tim Burton a bien résumé : « Ironiquement, plus les effets numériques s’approchent du réalisme, moins ils sont réalistes. »
Photo Orly Films
Philippe Escalier
12 décembre La rumeur court
Sortie le 11 janvier 2006 – 1h35
Si rumeur il y a, elle ne saurait porter sur le qualificatif à donner à ce long métrage de Rob Reiner : en ce domaine, nous sommes dans l’ordre des certitudes tangibles ! Ce film est affligeant, assurément ! Scénaristes aux abonnés absents incapables de traiter une idée de départ qui pouvait se défendre (débutants, ils doivent songer à un autre métier ; confirmés, ils méritent un procès), acteurs insipides (y compris Shirley Mac Laine venue faire constater combien son dernier lifting raté la fait ressembler à Michaël Jackson, pour ne rien dire de Kevin Costner qui semble sortir de Danse avec les mous ) ! Bref, rien à sauver. Pris au piège de cette projection, ne reste plus qu’à compter les minutes nous séparant de la délivrance ou à tenter d’imaginer combien il faudrait de décennies de cours supplémentaires pour que Jennifer Aniston devienne une comédienne potable, capable de jouer un personnage et de faire rêver ! Ces quelques lignes sont déjà de trop pour un navet indigent. Un seul mot d’ordre, laissons cette rumeur tourner court et évitons ce désastre !
Philippe Escalier 9 décembre Brokeback Mountain
Sortie le 18 janvier 2006 – 2h14
Ang Lee continue à nous surprendre. Après Garçon d’honneur et Tigre et Dragon, le réalisateur Taïwanais s’est intéressé à l’histoire de deux cow-boys gays. Adaptée d’une nouvelle d’Annie Proulx, tourné dans l’Ouest canadien, la passion qui unit Jack et Ennie partis garder un troupeau de moutons sur les hauteurs du Wyoming est tout sauf banale. À la fin de la saison de transhumance durant laquelle ils ont appris à s’aimer, rapprochés par leurs différences de caractère, les deux hommes doivent se séparer. Mariés, ils vont garder l’habitude d’escapades amoureuses plus ou moins régulières. Ne pouvant avouer leurs penchants, inadaptés à la vie de famille, les deux hommes trouvent, grâce à leurs faux week end de pêche, quelques moments de bonheur dans une existence foncièrement frustrante. Mais les années 60, où les réactions face à l’homosexualité restent terriblement violentes finiront par avoir raison d’eux.
Ang Lee a su parler de l’impossibilité à assumer des sentiments forts dans un environnement hostile et les déchirements qui en résultent. Grace à deux personnages décrits avec soin - Ennis-(Heath Ledger) rude et introverti, Jack (Jake Gyllenhaal) spontanée et sensible -, ce film foncièrement humain, au ton sobre et au rythme un peu lent réussi à conjuguer romanesque et réalisme. Parce qu’il a su éviter les pièges du mélo (notamment) et travailler l’aspect social tout en distillant une pédagogie subtile en faveur de la libération des mœurs (un combat jamais achevé), Brokeback Mountain est un moment de cinéma marquant. La prestation d’une justesse exemplaire des deux comédiens masculins, (qui fait couler beaucoup d’encre, avant même la sortie du film), y est aussi pour beaucoup. Les histoires d’amour entre deux hommes aussi intenses et retracées avec autant de maîtrise, sont rares. Avec ce premier western gay de l’histoire du cinéma, Ang Lee a forcément gagné une place à part dans notre cœur.
Philippe Escalier 23 septembre 20 centimètresEn signant son deuxième long métrage, le réalisateur Ramon Salazar vient prouver que la relève du cinéma espagnol est assurée. Entre folie, poésie, musique et tendresse, la réussite est au rendez-vous. On est sous le charme !
On serait étonné à moins : un titre (et un sous-titre : « peut-on mesurer le bonheur ?») des plus racoleurs, les premières séquences pouvant faire songer à une copie d’Almodovar et pourtant… Au final, on repart avec une multitude d’images en tête et le souvenir d’un grand film déconcertant, vivant, avant tout d’une originalité tonifiante. Avec en prime, et ce n’est pas rien, le plaisir de voir jouer Monica Cervera, une actrice découverte par le réalisateur, à la dégaine d'enfer et au charme peu banal.
Marieta vit avec dans un monde interlope fait de vies brinquebalantes. De son corps d’homme, elle n’a conservé qu’un appendice conséquent (d’où le titre) dont elle rêve de se débarrasser. Pour passer sur le billard, elle tapine et économise. Par hasard, elle rencontre un beau mâle (le sensuel Pablo Puyol), à la fois primaire et primeur qui en pince… pour sa virilité, donnant lieu, au passage, à quelques scènes croustillantes où les rôles masculins féminins sont inversés avec un subtil mais féroce sens de la dérision. Les diverses séquences de cette histoire aux nombreuses ramifications sont ponctuées par des moments musicaux. Des airs connus (Dalida, Queen notamment) sont chorégraphiés dans un style kitch et drôle, assez inimitable, entre Jacques Demy, Bob Fossé et Lloyd Weber, le délire en prime. Avec de tels mélanges, il fallait un sacré savoir-faire pour ne jamais tomber dans l’excès ou le ridicule et donner à l’ensemble une parfaite allure homogène. Ramon Salazar a réussi cet exploit. Tout en éblouissant nos mirettes, il nous fait vivre une aventure attachante avec ce film ne ressemblant à aucun autre, qui devrait faire parler de lui. Aller, plus que trois semaines et il est à l’affiche !
Sortie le 12 octobre 2005 : 1h49
Philippe Escalier 22 août GabrielleLe nouveau film de Patrice Chéreau met en présence Isabelle Huppert et Pascal Greggory dans une chronique intimiste d’une lenteur étouffante.
On ressort de cette projection en recherchant désespéramment un peu d’oxygène. Respectueux du travail du metteur en scène, il est triste de devoir faire pareil constat d’échec. Mais, adaptée d’une nouvelle de Joseph Conrad, l’histoire de cette bourgeoise quittant le foyer conjugal pour y revenir, quelques heures plus tard, humiliée par l’homme qu’elle est supposée aimer, est d’un ennui à périr. Comparés à « Gabrielle », les films de Bergman pourraient passer pour de drolatiques remakes de Blake Edwards ! Rien ne vient sauver ce travail où le gris domine jusqu’à saturation, où Isabelle Huppert est telle qu’on l’a vu jouer mille fois, dans une histoire tellement dénuée d’originalité et d’intérêt, que l’on en vient parfois, malgré le côté définitivement simpliste de l’intrigue, à se demander ce qui se trame.
Qu’il s’attaque à une histoire prenante, (« La Reine Margot », « Ceux qui m’aiment prendront le train ») où à un opéra dont la magie de la musique lui permet de réussir des mises en scènes inspirées, et Patrice Chéreau démontre une force créatrice exceptionnelle. Ici, il s’avère visiblement incapable de transcender le texte de Conrad et on chercherait en vain une seule petite raison d’aller voir ce long métrage indigeste.
Philippe Escalier
Sortie le 28 septembre 2005 – durée 1h30 19 juillet Nous les avons tant aimésLa quinzième édition du cinéma en plein air de la Villette a décidé de faire une année best of en reprenant les films plébiscités par le public au cours des quatorze festivals précédents. Dans la plus grande salle de cinéma à ciel ouvert de la capitale, entre le 19 juillet et le 28 août, les cinéphiles ont rendez-vous durant trente soirs d’été avec l’écran gonflable de 26m de haut sur 13 de large.
Au programme, des films (toujours en version originale sous-titrée) dont on ne se lassera jamais comme « La Strada », « Pulp Fiction », « Les Sept samouraïs » « Femmes au bord de la crise de nerfs » ou encore « Thelma et Louise ». Les samedis font l’objet d’un traitement de faveur et deviennent thématiques donnant lieu à six soirées à part consacrées aux dialoguistes français, aux documentaires, aux courts-métrages, aux policiers, aux films d’animation pour finir le 27 août sur la diffusion du film culte où le vote du public est requis. C’est lui qui, parmi treize chefs-d’œuvre, départagera le gagnant diffusé ce soir là.
Philippe Escalier
Parc de la Villette : 211 avenue Jean Jaurès 75019 Paris - M° Porte de Pantin - tous les soirs dés la tombée de la nuit - accès libre, location de transat (6€) ou de couverture (4€) - 01 40 03 75 75 - programme intégral sur : www.villette.com 21 juin Douches froides
Sensuel, réaliste et très éloquent, le premier long métrage d’Antony Cordier est une réussite.
Présent cette année à la Quinzaine des Réalisateurs, ce film ne manque pas d’étonner. Ambitieux, il narre l’histoire sentimentale de trois adolescents tout en ébauchant une peinture sociale toute en finesse. Mickael tente d’oublier les problèmes d’argent que ses parents collectionnent au point de ne plus pouvoir payer l’électricité. Ses objectifs sont triples : passer le bac, gagner des compétitions de judo et savourer ses relations avec Vanessa. Débarque Clément qui intègre l’équipe de Mickael sponsorisée par son père, un riche industriel paraplégique. Entre ses trois jeunes de milieux très différents, se nouent des relations étroites. Elles vont souffrir de l’inévitable échec du triangle amoureux.
Très adroitement, Antony Cordier fait un tableau d’autant plus attachant que ses couleurs variées et subtiles sont apportées, sans provocation ni pathos, avec une bonne dose de sincérité et d’humour confortée par l’interprétation. Face à Salomé Stévenin (quel charisme !) avec qui il forme un joli couple, Johan Libéreau fait des débuts remarqués, à l’image de Pierre Perrier. Ce jeune trio est entouré de comédiens confirmés, Jean-Philippe Écoffey en chauffeur de taxi porté sur la boisson, Aurélien Recoing, Florence Thomassin et Claire Nebout, tous excellents. En cherchant bien, on devrait trouver quelques défauts à ce film. Pour notre part, nous préfèrons le savourer et y trouver une réelle fraîcheur, bienvenue en ces temps de canicule.
Philippe Escalier
Durée : 1h42 11 juin A dirty shame« Je suis adepte du cunnilingus et je suis ta mère » : John Waters a décidé d’employer une langue directe pour combattre les partisans de la pudibonderie dans cette comédie délirante prônant la liberté sexuelle à tous les étages ! Le scénario s'appuie sur certaines réalités pour nous raconter une histoire à dormir debout, mais finalement peu importe, pourvu qu’on ne dorme pas seul !
Dans la banlieue de Baltimore, une population très « coincée » et majoritaire, tente de résister aux assauts de nouveaux arrivants sexuellement très libérés, dont les audaces lui hérisse le poil. Parmi ces adeptes du sexe à tout va, figurent d’anciens prudes qu’un coup sur la tête a fait soudain basculer dans la luxure. Cette commotion les a placés sous l’aile du sorcier Ray-Ray, sorte de tornade sexuelle aux pouvoirs surnaturels, pénétré de sa mission (quasi divine) de réveiller les instincts vitaux endormis par la routine quotidienne et une société conservatrice définitivement fâchée avec la chair.
La partie comique du film est tout de même handicapée par un plaidoyer assez conventionnel en faveur de la liberté sexuelle. Le cinéaste s'est visiblement beaucoup assagi et l’on sourit bien plus qu’on ne rit, malgré deux ou trois excellents moments. Ceci dit, la description des divers penchants sexuels se fait en excluant tous les aspects dégradants, notamment pour les femmes souvent maltraitées par ce genre de film. Enfin, les personnages, originaux et surprenants, sont parfaitement interprétés. Tracey Ullman, Johnny Knoxville, Selma Blair et Chris Isaak forment une distribution de choix qui n’est pas pour rien dans l’intérêt que suscite ce film.
Philippe Escalier Durée : 1h29 3 juin Sa mère ou moi !Sortie le 22 juin 2005 - 1h35 Envie d’un divertissement facile et pas trop mal ficelé ? Ce duel mettant aux prises deux grandes stars féminines s’affrontant pour un beau garçon devrait faire l’affaire.
Avec Kevin, Charlie a enfin trouvé l’homme de sa vie. Reste à rencontrer sa mère. Et là, les choses se gâtent. Viola est une femme influente, dominatrice et manipulatrice qui vient de perdre son poste de présentatrice télé. Voir son fils prêt à convoler lui déplaît souverainement. Les nerfs à fleur de peau depuis son licenciement, elle manigance une série «d’actions terroristes» propres à déconsidérer la jeune femme aux yeux du jeune homme. C’est sans compter avec les capacités de réactions de Charlie.
Jane Fonda dans son rôle de tigresse réalise des exploits justifiant, à eux seuls, la vision de ce film. Qu’elle vole dans les plumes d’une bimbo à la tête du hit parade où qu’elle apparaisse dans un déguisement chinois délirant, elle campe avec une déconcertante facilité un personnage exubérant, excessif comme on en voit peu au cinéma. Face à elle, Jennifer Lopez joue la femme parfaite avec son charme habituel. Michael Vartan - acteur franco américain héros de la série « Alias » - confirme clairement qu’il peut, sans rougir, assumer des premiers rôles au cinéma. À noter enfin, dans le rôle du copain gay, la présence efficace d’Adam Scott. Si ce film n’est pas sans faiblesses - il a du mal à développer l'intrigue et connaît notamment une méchante baisse de régime à mi parcours -, il gagne à ne pas se prendre au sérieux. À ce titre, il est parfait pour apporter à nos neurones leurs indispensables petites vacances.
Philippe Escalier 14 mai Star Wars : Episode III, La Revanche des SithDans quelques jours, l’Épisode III, « La Revanche des Sith » de Stars Wars sort sur les écrans de notre bonne vieille planète. À ses débuts, il y a 28 ans, la trilogie nous a fascinés, par son histoire, son ambiance, son humour, ses acteurs et ses moyens de fabrication sommaires. Depuis, la technique a largement progressé, mais les films ont perdu de leur charisme. Avec la suppression des trucages apparants dont parle, plus bas, George Lucas, la magie a disparu ! Difficile de reconnaitre sa guerre des étoiles. Pourtant chaque épisode reste un événement, planétairement médiatisé. Pour les inconditionnels de la série et pour les curieux, quelques infos pratiques avant d'aller découvrir pourquoi Dark Vador est tombé (comme Laurent Fabius!) du côté obscur de la force ! PhE
Pour Samuel B.B.
Dans le « show business », il y a le « show » et le « business ». La technologie permet aux créateurs de créer et d’explorer leur créativité plus rapidement avec moins de handicaps technologiques. Le fait de travailler dans le numérique leur permet de créer toutes sortes d’effets dans le respect de leur budget et du temps dont ils disposent » explique Scott Carrol, AMD Public Relations Digital Media & Entertainment. Et d’ajouter : « Avec Star Wars, le concept de prévisualisation — une technique cinématographique relativement nouvelle — commençait à prendre du poids au sein du royaume de George Lucas. Et de notre côté nous recherchions activement un partenaire technologique pour nous aider à donner une nouvelle dimension à cette technique, et nous l’avons trouvé avec JAK Films. » La technologie AMD64 utilisée pour diriger des séquences 3D en temps réel JAK Films, qui appartient au groupe Lucasfilm Ltd, a été spécialement créée en 1994 par George Lucas afin de produire les trois derniers épisodes de Star Wars. Il remplit le rôle de département de pré-visualisation, ainsi que de pré et post-production de Star Wars : Episode III. La puissance de la technologie numérique est l’une des raisons majeures pour lesquelles George Lucas a décidé de réaliser trois épisodes supplémentaires de Star Wars. Cette nouvelle manière de travailler a totalement révolutionné le monde de la réalisation cinématographique. La fiabilité exceptionnelle et la puissance sans précédent des systèmes informatiques équipés de la technologie AMD64 ont permis à George Lucas d’inventer une façon radicalement nouvelle et plus efficace de réaliser son film «La Revanche des Siths ». En collaboration avec les artistes numériques du studio de production JAK Films, George Lucas a utilisé ces systèmes pour diriger des séquences 3D en temps réel au sein d’un flux créatif ininterrompu, de la conception des galaxies et des cités futuristes jusqu’aux séquences chorégraphiées à très grande vitesse. Avec la technologie AMD64, l’équipe de JAK Films et George Lucas ont pu compléter des séquences au cours de sessions de quelques heures, alors qu’auparavant il fallait plusieurs semaines. On distingue en gros deux sortes de film d’animation. Premièrement, les films 100% animation, tels que « Shre »k entièrement réalisé par Dreamworks sur ordinateur, et deuxièmement, des films comme « Star Wars » où des acteurs jouent devant un écran vert. Leurs performances sont ensuite assemblées avec l’animation si bien que les spectateurs ont l’impression que les acteurs se trouvent à l’intérieur de cet univers ou de ce décor, indépendamment de la façon dont le film est réalisé. George Lucas superpose ainsi des tournages en direct sur une animation numérique. Le délai de rendu, principal avantage de la technologie des processeurs dans la réalisation numérique « En réalisant le film Star Wars : Episode III, la technologie AMD a permis à George Lucas de créer son propre film. AMD lui a permis de ne pas se soucier de l’aspect technologique » déclare Dan Gregoire, Pre-Vizualisation Supervisor, Star Wars Episode III. « Nous travaillions de manière très proche avec George Lucas, et il lui arrivait souvent de venir nous voir et de discuter avec mes équipes. » Pour « Star Wars : Episode II », l’équipe de prévisualisation a travaillé à partir de deux stations de travail architecturées autour de processeurs AMD Athlon MP 32 bits. George Lucas venait une fois par semaine vérifier les animations en disant aux artistes « ça, c’est bon, ça, ça ne va pas, je veux faire des modifications ici ou là ». Et il passait une heure par semaine tous les quinze jours pour vérifier ce qui avait été fait. Ce n’était pas facile, dans la mesure où il fallait beaucoup de temps pour ce genre de travail et pour effectuer le rendu. Pour « Star Wars : Episode III », les deux stations de travail architecturées autour de processeurs AMD Opteron 64 bits ont permis de réduire de moitié les délais de rendu, permettant ainsi aux équipes de réaliser encore plus de prises. Typiquement, 6500 prises de vues ont été réalisées en à peu près un an et demi, pour un film qui au final n’a que 2200 prises de vues. La technologie AMD a ainsi permis d’obtenir un film de haute qualité, complexe dans sa réalisation, en un minimum de temps. « Le principal avantage de la technologie des processeurs sur l’animation numérique se situe au niveau du délai de rendu, poursuit Scott Carrol. Supposons que vous soyez un artiste qui crée son décor ou une scène sur ordinateur. Vous composez votre environnement, avec toute la magie que cela implique et, en fonction de la complexité, de la profondeur des couleurs et d’autres facteurs, le délai de rendu peut nécessiter 24 heures, trois jours ou une semaine. Mais avec la technologie Hyper-Transport, qui a été spécialement conçue pour traiter des flux vidéo de haute définition, le délai de rendu est réduit à un point tel que les créateurs ne sont plus obligés d’attendre que le traitement opère. Le rendu s’effectue pratiquement en temps réel. » Lorsque l’Opteron a été déployé chez JAK Films pour l’Episode III, George Lucas s’est rapidement rendu compte que le délai de rendu avait tellement diminué qu’il pouvait désormais réaliser son film en regardant par-dessus l’épaule de l’un des opérateurs travaillant à l’écran. Il lui suffisait de dire « Je veux que cette caméra recule davantage », ou « Déplacez les Stormtroopers par ici ». Les opérateurs disposant des maquettes, ils n’avaient plus qu’à les animer devant lui et à attendre que le rendu se fasse pendant la pause-café. Une telle facilité d’exécution n’existait pas avant. Cette évolution a plusieurs implications : elle permet tout d’abord à un narrateur comme George Lucas — lequel, incroyable mais vrai, n’est pas un fondu d’informatique — de créer son film de A à Z en prévisualisation, avant que des scènes soient tournées, et d’arriver exactement à ce qu’il souhaite au lieu de s’en remettre à l’interprétation de son département artistique, de son équipe de post-production et de ses monteurs parce qu’il peut effectuer la création et le montage avec une douzaine d’artistes dans la pièce, ce qu’il n’a jamais réussi à faire auparavant. Ensuite cette évolution lui permet de créer quatre plans et ainsi d’aller plus loin dans sa créativité, plus rapidement et en dépensant moins d’argent que par le passé, ce qui un a immense impact, notamment sur des productions aussi importantes qu’un épisode de Star Wars. L’avantage est qu’il peut augmenter le niveau de complexité et de détails de ses plans. De son côté, le spectateur remarquera immédiatement avec ce nouvel épisode Star Wars que le point de vue de la caméra s’inscrit dans un univers nettement plus détaillé. Ces plans sont très difficiles à réaliser, ce qui expliquait jusqu’à présent leur rareté, compte tenu du temps et de l’argent nécessaires pour réussir des plans aussi détaillés. Star Wars : Episode III a été réalisé en deux parties, d’une part chez JAK films où est créé le film, et chez ILM (Industrial Light & Magic), le studio des effets spéciaux, qui utilise également le processeur Opteron dans ses fermes de rendu pour les dernières retouches. Moyennant des délais et des investissements inférieurs à ceux du précédent Star Wars, George Lucas a pu tourner davantage de plans, réaliser un meilleur film avec nettement plus de détails et en rapprochant nettement le point de vue de la caméra d’un personnage tel que Yoda. Auparavant, les effets spéciaux étaient réalisés de telle manière que le spectateur pouvait voir le trucage. Aujourd’hui, cette proximité de la caméra ne laisse apparaître aucun effet de trucage et semble encore plus réelle grâce à la quantité de détails qui a pu être intégrée. L’un des messages clés est que George Lucas peut réaliser son film dans un décor numérique, ce qui lui permet d’être le narrateur et créateur, au lieu d’attendre que la technologie rattrape son imagination. Les responsables de l’animation peuvent travailler à son rythme, ce qui lui permet de diriger l’action. Cette évolution peut avoir, à terme, un impact sur les réalisateurs car la technologie était devenue très encombrante et ralentissait le processus de création. Libérer la créativité, supprimer les handicaps technologiques qui pénalisent le processus créatif sont les réels avantages de ces évolutions technologiques. « Notre objectif est de parvenir au niveau de simplicité qu’offrent l’encre et le papier ou le pinceau et la toile, afin de favoriser la créativité », résume Scott Carrol. « Nous sommes actuellement les chouchous de Hollywood en ce qui concerne la technologie. Les gens commencent à se rendre compte qu’un grand nombre de studios utilisent la technologie Opteron car nous réduisons le coût de processus traditionnels onéreux au sein du processus cinématographique, et permettons ainsi à de nombreux réalisateurs indépendants de faire des films aussi bons ou aussi pointus que ceux des grands studios dotés de gros budgets. » « Notre relation avec AMD ne s’arrête pas avec Star Wars : Episode III, ça n’est que le début ! », conclut Cliff Plumer, Chief Technology Officer, ILM (Industrial Light & Magic). 27 avril Kingdom of HeavenSortie le 4 mai 2005 – 2h25
Le nouveau film de Ridley Scott sera dans quelques jours sur les écrans. Une histoire sur les croisades totalement « fadasse » que même son interprétation ne parvient pas à sauver. Vous pouvez faire une croix dessus !
Le cinéma américain hollywoodien n'aborde jamais qu’un seul sujet : comment un homme seul sauve le monde, sans l'aide de quiconque, pas même de l'ONU ! Ici cet immuable scénario est accommodé à la sauce des croisades. Résumé d'une histoire nunuche à souhait : le forgeron Balian perd sa femme mais dans la foulée, trouve son vrai père, un baron…croisé...au détour d’un chemin ! « Dans mes bras mon fils ! » Le voici donc bâtard mais riche et embarqué pour Jérusalem. Là, il se range aux côtés du gentil Roi Baudoin que son beau-frère, le méchant Gui de Lusignan - un joli nom mais un sale caractère - fait tout pour énerver. L’horrible personnage agace aussi profondément Balian qui trouve que son épouse ferait bien son affaire. Lucky boy : son penchant est partagé….d’ailleurs qui résisterait à Orlando Bloom ? Mais, nous nous égarons ! Le fait que le Roi ait une sœur Sybelle redouble l’ardeur du jeune chevalier. Lusignan ayant réussi, à coups d’ignominies, à déclencher les hostilités avec le sage Saladin, notre Balian se comporte en héros et parvient à sauver les habitants de Jérusalem d’une mort certaine (ouf, on a eu chaud) !
Après le « Seigneur des anneaux » voici un rôle principal dédié à Orlando Bloom. Jouer le gentil joli brun de service dans un tel film (insignifiant est encore trop gentil!) n’est pas de nature à le mettre en valeur. On lui pardonnera donc son absence totale de charisme. Par contre, voir jouer Jérémy Irons et Liam Neeson n'a rien d'un calvaire, mais la seule bonne surprise (pour ceux qui tiendront jusqu'au bout !) vient d’ailleurs. De chez nous ! Sybelle est jouée par Eva Green, une actrice parisienne - fille de Marléne Jobert - que nous avons vue récemment, par deux fois, au théâtre. Dans l’excellente pièce d’Esther Vilar « Jalousie en trois fax » et dans « Turcaret » de Alain-René Lesage. À l’époque, nous nous étions régalés ! Philippe Escalier 22 avril Sans elle
Sortie le 11 Mai 2005 - 1h40
À vingt ans, Jo éprouve pour sa jumelle Fanfan un attachement viscéral qui va bien au delà de l’amour fraternel. Installés avec leurs parents dans le Midi de la France, ils partent ensemble passer des vacances d’été dans leur Portugal natal. Là-bas, Fanfan ressent le désir de respirer un peu et entend faire de nouvelles rencontres. Cette bouffée d’autonomie, son jumeau possessif la supporte mal. Leurs rapports deviennent plus tendus. Les vacances finies, la jeune fille décide de rester seule au pays. Jo vit très mal cette séparation. Commence alors une fuite en avant désespérée. Il s’acoquine avec un jeune néonazi qui, en douceur, va l’entrainer dans l’horreur. Une situation ayant, au final, le mérite de lui faire retrouver sa sœur. Réalisé par Anna Da Palma, ce film dit bien la difficulté des rapports familiaux accentuée par le déracinement. Véritable hymne à Aurélien Wiik, omniprésent et superbement photographié, ce film séduit par son authenticité. Le ton est juste, l’inceste abordée avec pudeur et les comédiens (Bérénice Bejo et Jocelyn Quivrin) bien dirigés. Reste que la réalisatrice, désireuse de s’exprimer sur de nombreux sujets, se noie dans la vague des thèmes abordés, bien trop nombreux. Se centrer sur les déchirements liés à des dichotomies mal digérées (la gémellité et les deux pays) pouvait largement suffire à un film qui aurait gagné à conserver un aspect très intimiste. Les fans d’Aurélien Wiik vont adorer, les autres ne détesteront pas ! Philippe Escalier 27 mars Shall We Dance ?Sortie le 4 mai 2005 -1h45 Richard Gere, Jennifer Lopez et Susan Sarandon : un trio auquel il est difficile de résister !
Soyons bien d’accord : Shall We Dance n’a rien d’un chef d’œuvre ! La description du couple tranquille (Gere-Sarandon) qui ne sait pas ce qui lui manque pour être totalement heureux, est un tantinet niaise. Tout comme la rencontre Gere-Lopez - elle incarne un prof de danse très « brune ténébreuse » -, qui se conclut par un coup de foudre platonique et un retour triomphal du séduisant Richard au sein du foyer conjugal : comme on y croit !
Et pourtant, cette comédie ne manque pas de charme avec ses personnages attachants et un ton faisant un peu penser aux comédies des années 50. L’univers de la danse et de ces aficionados, capables de tout sacrifier pour se payer des cours et participer à un concours exhibition, est recréé de manière plaisante à travers les portraits de cinq élèves réunis par le hasard. L’avocat John Clark passant en métro, a été interpellé par le profil superbe et mystérieux de Paulina. Chic, trop macho pour qu’il n’y ait pas anguille sous roche, veut accroître ses pouvoirs de séduction. Vern lui, doit perdre des kilos s’il veut garder sa copine. Bobbie, avec ses faux airs de Bette Midler, est une extravertie bien en chair, la langue bien pendue, ne pensant qu’à user le plancher. Enfin, Link, tient à dissimuler sa passion dévorante pour les rythmes latinos mais finit par effectuer un coming-out assez croustillant. Dans ce rôle spectaculaire, la belle prestation de Stanley Tucci pimente le film et l’empêche d’être trop sage. Cette comédie de mœurs légère où chacun se cherche ne manquera pas de susciter les foudres de la critique pure et dure. Shall we go ? À vous de voir ! Philippe Escalier
19 janvier Stage BeautySortie le 2 mars - 1h47 Au XVIIe siècle, la plus célèbre et la plus belle actrice d’Angleterre se prénommait…Edward ! La scène interdite aux femmes, il revenait aux hommes d’interpréter leurs rôles en travestis. Lorsque le Roi Charles II rentre d’exil, mettant fin à dix-huit années de puritanisme imposés par Cromwell, le théâtre reprend tous ses droits. Edward Kynaston, devenu la coqueluche des londoniens, rayonne. Mais, peu attiré par le sexe opposé, il a le malheur de déplaire à la maîtresse du souverain qui fait abolir le décret interdisant aux femmes de monter sur scène. C’en est fini du règne du jeune comédien, condamné à hanter les bas-fonds de la capitale pour continuer à jouer et à survivre. Véridique, cette histoire renaît grâce au talent de Richard Eyre qui signe là son cinquième long métrage, le plus abouti de tous. Homme de théâtre, il est inspiré par un sujet qu’il maîtrise et affectionne. Le destin de Kynaston est retracé avec le faste qui caractérise ces années 1660, où l’Angleterre renaît. Dans des costumes et des décors magnifiques, servis par une photo d’une qualité remarquable, il construit son film comme un thriller, avec une distribution idéale. Dans le rôle principal, Billy Crudup (débute en 1996 dans « Sleepers », puis tourne une quinzaine de films dont « Big Fish » en 2003) étonne. On n’attendait pas forcément ce bogosse brun dans un tel rôle. Le voilà tout d’un coup, plus attirant encore en femme qu’en homme, doué d’une sensualité étonnante, jouant Desdémone avec les coquetteries de l’époque. En face de lui, Claire Danes interprète l’amoureuse éconduite, celle qui va devenir une rivale redoutable. La comédienne (elle a tourné dans « The Hours ») crève l’écran par sa présence, sa beauté naturelle et son talent. Plus que jamais royal, Rupert Everett incarne Charles II avec une majesté toujours impertinente et ironique qui lui va si bien. On remarquera aussi la présence de Ben Chaplin dans la peau du second duc de Buckingham, à voile ou à vapeur, selon d’où vient le vent ! Formidablement intéressant, magnifiquement interprété, il faudrait nous payer fort cher pour nous faire dire, un tant soit peu, du mal d’un film que nous avons adoré ! Philippe Escalier 11 janvier AlexandreEn moins de trois heures, Oliver Stone a retracé l’incroyable destin du plus grand mythe de l’Histoire occidentale. Parti d’un petit royaume grec, la Macédoine, Alexandre se taille un empire colossal, mettant à genoux la puissante Perse. Général de génie, administrateur avisé, l’homme s’empare des nombreux territoires qu’il traverse durant les treize années d’une conquête insatiable. Il disparaît à 33 ans (si le Christ meurt au même âge, cela n’a rien d’un hasard !) et son Empire est partagé entre ses compagnons d’armes. Il y a au moins deux raisons d’aller voir ce film non exempt de défauts, un certain goût pour le bavardage et d’horribles décors flambants neufs, faisant plus penser au Louvre des Antiquaires qu’à l’Antiquité ! D’abord, qui peut résister à l’incroyable prestation de Colin Farrell ? Capable de jouer sur des registres très différents, il est tout aussi crédible lorsqu’il regarde Hephaïstion avec des yeux de biche que lorsqu’il charge, couvert de sang et fou furieux, la cavalerie perse. Dans «Alexandre», le grand Colin Farrell confirme sa capacité à égaler les meilleurs. Avec un peu d’ironie, on notera que l’acteur, à l’image de celui qu’il incarne, est parti d’un petit pays européen (en l’occurrence l’Irlande) pour conquérir le plus puissant cinéma du monde. Ensuite, si incertaine qu’elle soit parfois, Oliver Stone a choisi de scrupuleusement respecter la vérité historique. Cette attitude est trop rare, notamment dans un film américain, pour ne pas être applaudie. Respectueux des faits, le réalisateur n’a pas éludé l’homosexualité et la passion pour Hephaïstion, l’ami unique, l’alter ego à la mort duquel Alexandre ne survivra que quelques mois. Avec ses cheveux longs et ses regards tendres, Jared Leto, vu récemment dans «La Ligne rouge» et «Panic Room», donne au personnage une troublante véracité. On pourra pinailler en notant que cette relation est davantage montrée sous l’angle de la complicité virile. Mais d’évidence, pour un film très grand public, il y a là une heureuse nouveauté qui nous fait oublier le discours un peu embrouillé sur la tri sexualité du macédonien tenu par Oliver Stone durant le lancement du film. Sur ce sujet, nous préférons retenir que Colin Farrell « récidive » avec «La Maison au bout du monde» (sortie courant 2005) où il interprète un rôle d’homo. Avec une belle distribution, Antony Hopkins, Angelina Jolie, Val Kilmer (surprenant dans le rôle de Philippe de Macédoine), «Alexandre» mérite d’être vu. Les américains l’ont un peu boudé, au motif qu’il était trop long, trop didactique et pas assez romancé. Parions que «la vieille Europe» saura se montrer plus subtile ! Philippe Escalier |
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