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Artisthea

A Paris, des spectacles à voir, des films, des interviews et quelques coups de gueule !
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Mar. 16
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Philippe Escalier Sensitif

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"Nous vous devons plus que les Lumières" :
Diderot, Voltaire et d'Alembert, un soir où ils avaient picolé plus que de raison !
November 01

ALEXIS MICHALIK

Par Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr


Ce comédien a écrit et mis en scène La Mégère à peu près apprivoisée dans laquelle il joue au Vingtième Théâtre. Avec la jeune Compagnie Los Figaros, il présente une comédie musicale originale et déjantée très réussie ayant fait un tabac, trois ans durant, à Avignon. Entretien avec un artiste dont les débuts sont plus que prometteurs.

 

Le festival d’Avignon est un peu votre berceau ?

Oui, on est vraiment des coutumiers d’Avignon où la compagnie est quasiment née. On y arrive en 2005 avec notre première production et depuis, on y retourne tous les ans avec un ou deux spectacles.

Comment travaillez-vous ?

Cela change à chaque fois. Je reprends le texte original et je le traduis, j’ai des origines anglo-saxonnes…

… avec ce nom très polonais !

Certes, mais ma mère est anglaise. J’ai grandi avec les grandes comédies musicales américaines : Gene Kelly, Fred Astaire… et aussi les Marx Brothers qui ont une façon de faire de la comédie avec de la musique et un humour de dessin animé. On n’est pas dans le jeu de mots ou le calembour (ce qui est très français), mais au contraire dans un comique de répétition, de gestuelle, de situation. Je suis fan de l’humour américain des années 30 et je pense que cela se voit dans La Mégère.

Pour revenir à votre question, pendant la traduction et la réadaptation, je me dis que je vais mettre une chanson ici ou là, puis, en répétition, nous fonctionnons de façon collégiale avec la troupe (nous travaillons ensemble depuis notre sortie du conservatoire d’arrondissement, il y a cinq ou six ans). Je chapeaute le tout, mais chacun a son mot à dire.

Puisque vous vous éloignez – avec bonheur – du texte original, pourquoi ne pas avoir créé votre propre histoire ?

On a l’avantage de pouvoir mettre en avant le nom de Shakespeare et pour une très jeune compagnie, c’est un atout important. Le fait que ce ne soit pas sa pièce la plus connue nous a permis de prendre de grandes libertés avec le sujet. De plus, je crois assez peu en la création pure. Tout est relecture de mythes, et puis nous sommes ici sur la thématique du couple qui, je m’en rends compte de plus en plus, est mon sujet de prédilection.

Combien de temps a pris la création de ce spectacle ?

Il nous a fallu neuf mois, sans moyens, dans un garage avec deux draps blancs ! Le temps de faire les chansons et les chorégraphies avant de les jouer dans la foulée trois ans à Avignon où le spectacle a beaucoup évolué. La troupe se laisse des fenêtres d’improvisation, et puis nous sommes tout le temps en train de penser à comment rendre les choses plus percutantes. Nous avons aussi resserré le spectacle : une heure trente, c’est parfait !

Vous vous sentez plus directeur d’acteurs qu’auteur ?

Peut-être ! La direction d’acteurs, c’est génial. Du coup, en jouant, j’ai la chance d’être présent tous les soirs. Je ne peux pas être objectif sur le spectacle, mais ce que je peux dire, c’est qu’il est drôle et l’humour ne vient pas de mon écriture mais du fait que l’on se permet de chercher ce qui construit le gag. Cette liberté nous a permis, par exemple, de créer des personnages après-coup. Dans la comédie en France, c’est souvent un texte qui est écrit, l’auteur donne le sien et c’est fini ! Pour nous, le texte n’est pas la chose la plus importante, parfois on peut tout chambouler. Ce qui importe, c’est le travail sur le plateau… et le résultat final !

 

 


MARIANNE JAMES

Par Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr
Photo Stéphane Berthelot

Après la chanson, le one-woman show, la comédie musicale et la télé, Marianne James arrive au théâtre avec un texte, un vrai, signé Hanokh Levin. Dans Les Insatiables joués au Studio des Champs-Élysées, fidèle à elle-même, elle surprend et séduit. Quarante numéros après, une occasion en or de fêter les retrouvailles de Sensitif avec l’artiste qui continue à ne laisser personne indifférent.

Comment as-tu décroché le rôle de Bella ?

Tout part de la metteuse en scène Guilda Braoudé. Elle connaissait la pièce en hébreu, elle savait qu’elle allait avoir une traductrice adaptatrice merveilleuse, Lionel Abelanski et son mari Patrick Braoudé comme acteurs. Elle m’a proposé le rôle tout au début, un an avant Rabbi Jacob. Elle voulait une femme plantureuse comme les aime l’auteur, autoritaire, franche et naïve. On a fait une lecture et tout a bien fonctionné. Il a fallu attendre le moment où tout le monde était libre.

Un premier rôle au théâtre, n’est-ce pas trop dur ?

Si ! Je suis une show-girl, je viens de la musique et du chant, mon univers est là. Tout d’un coup, tout change et avec cette proposition, j’ai compris que j’avais quelque chose d’important à jouer, un virage à prendre dans ma vie et qu’il fallait y aller fort, pas en faisant quelque chose de tiède comme mon dernier album, avec lequel j’ai pris une claque assez douloureuse que je comprends mieux maintenant. Je savais à la première lecture de ce texte féroce et corrosif que les gens allaient adorer ou détester. Mais j’ai eu peur au moment de dire oui et de commencer à travailler le rôle. Pendant les premières semaines de répétition, j’étais tout le temps en alerte. Après, j’étais plus sereine et j’ai tracé !

Comment s’est passé le travail de répétition ?

J’ai pensé à un coach puisque aujourd’hui, on prend un coach pour tout, le sport, le boulot, la cuisine… Ce n’était pas évident, pour la première fois, j’entrais dans des mots qui n’étaient pas les miens. Même dans Rabbi Jacob, Étienne de Balasy et Gérald Sibleyras m’ont fait du sur-mesure. Là, on remet les compteurs à zéro, il n’y a pas une virgule, pas une respiration qui soit à toi. Ce n’est pas ta vie, pas ton pays, pas ton rapport aux hommes, encore moins aux femmes. Et on te demande de l’endosser à mille pour cent. Jusqu’à présent, je rentrais dans mes personnages et là, c’est Bella qui me rentre dedans ! Mon corps s’est retrouvé habité ! Il m’a fallu faire de la place à cette femme. J’ai dû trouver une voix pour elle, porter des jupes fendues alors que je ne porte jamais de jupes, me tenir sur des talons, apprendre à me lever, à m’asseoir, savoir chevaucher un homme… différemment (rires) !

Justement, la scène érotique, qui est si drôle, est-ce elle qui t’a donné envie de faire la séance de pose pour Gala ?

Oui, quelque part. Avec le photographe Gilles-Marie Zimmermann, que je connais depuis deux collections avec La Redoute – il a juste beaucoup de talent et il photographie les plus beaux mannequins au monde, mais aussi parfois des femmes comme moi, avec une autre beauté –, on en parlait souvent. Quand j’ai cru comprendre que Gala était intéressé par des vêtements de La Redoute qui rencontrent des bijoux de la place Vendôme, j’ai trouvé cela très actuel. On s’est dit alors que l’on pouvait inviter une femme ronde, grosse (c’est le mot !), à la table du luxe.

La photo de couverture, il l’avait dans la tête et il me l’a vendue. Je lui ai dit : « les seins nus, oui, mais en dessous, j’ai un pantalon. Je les aime bien, moi, mes pantalons ! » Il m’a répondu : « Ce sera Marianne sans la culotte, nue ! » Et il m’a précisé : « Tu te mettras sur un tabouret les jambes croisées en hauteur, tu auras mal au dos, mais on le fera ! » J’ai eu peur mais j’ai bien aimé !

Marianne James a un physique qui fait qu’on lui propose des rôles de femme dominatrice. Tu n’aurais pas envie de sortir de ce genre de personnage ?

Bella n’est pas que dominatrice, c’est aussi par moment une enfant qui va réclamer son dû avec des yeux pleins de larmes. J’ai une présence physique, un caractère. Dès que je cesse de sourire, mon visage est tranquille, mais il est aussi très austère. Si tu n’as pas la beauté, la beauté attendue, celle des magazines, il est préférable d’avoir une gueule, une certaine extravagance, une dureté (ce qu’on m’a demandé à « La Nouvelle Star »). Cela ne me dérange pas, je suis un peu comme ça dans la vie aussi.

Mais pas uniquement !

Ceux qui me connaissent bien savent que l’exigence ou une certaine forme de dureté sont là pour me protéger. Et je dois me protéger parce que j’ai quelque chose à l’intérieur de moi qui palpite et qui est fragile. Sinon, je suis bien élevée, mais il ne faut pas m’emmerder ! Assez rapidement, quiconque s’affronte à moi me trouve tout de suite, je ne tourne jamais le dos. Parfois je me dis que je vais en prendre une dans le nez, mais non, personne n’a osé. Je n’étais pas connue que je sauvais des gens dans le métro soit en criant, soit en chantant, soit en faisant rire. J’ai un côté un peu Robine des Bois… de la forêt-forêt (rires) ! J’aime les valeurs de courage, ce qui ne m’empêche pas d’avoir peur. Et je veux bien jouer une soubrette diaphane, mais à condition qu’à un moment donné, elle empoisonne toute la famille !

 

 


www.comediedeschampselysees.com



September 29

LES FEMMES SAVANTES

Par Philippe Escalier pour le magazine Sensitif d'octobre 2009 

www.sensitif.fr   Photo Laurencine LOT


Avec une mise en scène d’une rigueur presque mathématique, mais sans froideur aucune, Arnaud Denis nous livre des Femmes savantes exemplaires, servies par une belle distribution (La Compagnie de la Chimère) dans laquelle Jean-Laurent Cochet fait office de guest-star dans un rôle travesti.

 

Rien n’est moins évident que la mise en scène de pièces classiques maintes fois rejouées. Certains s’en tirent avec plus ou moins de bonheur à force de gags en tous genres, d’autres se perdent dans une originalité absconse. Arnaud Denis a compris que ce qui était brillant restait avant tout simple, évident et juste. Un décor sobre mais beau tient lieu d’écrin à cette mise en scène où l’on sert le texte bien compris en le jouant parfaitement et sans excès. La prestation de Jean-Laurent Cochet en Philaminte répond à cette définition. Il trouve en face de lui un Jean-Pierre Leroux impressionnant et magistral, qui nous a touchés tout comme Bernard Métraux jouant Ariste avec intensité et Alexandre Guansé qui donne à Vadius une noirceur comique inattendue.

Cette pièce, plus complexe qu’il n’y paraît, réserve ses coups de griffes à l’hypocrisie et au pouvoir qui font si bon ménage et dépeint avec une subtilité un peu cruelle les rapports familiaux. La version qui nous en est donnée au Théâtre 14 rend à Molière un bien bel hommage.

 

Théâtre  14 - Jean-Marie Serreau

20, avenue Marc Sangnier 75014 Paris – M° Porte de Vanves
Du 8 septembre au 24 octobre

Mardi et vendredi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h
Samedi à 16 h et à 20 h 30

01 45 45 49 77





August 29

MAOR ZNATI dans Sensitif septembre 2009 : www.sensitif.fr

Photos : Thomas Synnamon


EDITO:

Visages bronzés, reposés, il semble que ceux qui ont eu la chance de prendre des congés aient voulu « s’éclater », comme s’il était important de reléguer aux oubliettes un premier semestre bien morose.

 

Il nous fallait rien moins que les photos de Thomas Synnamon pour nous consoler de ces congés déjà loin. Les modèles de ce photographe américain que nous avons découvert il y a peu ont une grâce toute particulière et nous sommes heureux de placer en couverture Maor, qui vit actuellement à New York après avoir passé dix-huit ans en Israël, son pays natal. Sa belle présence est pour nous une façon de dire combien il est difficile d’oublier l’attentat de Tel-Aviv mais aussi que le gouvernement israélien (comme tous ceux qui passent des alliances avec l’extrême droite) devrait se souvenir que l’intolérance et les extrêmes ne sont bons pour personne.

 

Permettez-moi de vous laisser en compagnie de très beaux modèles. Que leurs charmes ne vous empêchent pas de prendre connaissance de l’intégralité du magazine. Bonne lecture et bonne rentrée !


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Portrait de Maor Znati (photos de Thomas Synnamon)

mannequin du numéro 38 Sensitif  - septembre 2009

 

Douceur du regard, sensualité des lèvres, beauté du visage, Maor Znati était fait pour Sensitif. Ce jeune mannequin très brun aux yeux marron (un brun lumineux et non ténébreux !) est né le 14 avril 1985 en Israël, où il a fait son service militaire. À vingt-deux ans, il arrive pour la première fois à New York, en touriste, et prend rapidement la décision de s’y installer.

 

Ses premières armes de mannequin, Maor les fait dès l’âge de dix-neuf ans. Il rencontre Thomas Synnamon à New York par le biais d’un ami et fait avec lui une série de photos d’où sont extraites celles que nous publions.

Très intéressé par la décoration d’intérieur, Maor veut présenter le concours d’entrée à la NYSID, célèbre école de design d’intérieur new-yorkaise.

 

Amoureux de la mer et de la musique, adorant faire du bateau et du jet-ski, Maor Znati est passionné par la danse et plus précisément la salsa qu’il pratique depuis l’adolescence et que maintenant il enseigne. Nul doute que cette information ne fasse naître, de-ci de-là, des vocations de danseur de salsa : on trouvera difficilement professeur plus stimulant !









ALEXANDRE GUANSÉ


 

Par Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr


Avant d’occuper à partir du 8 septembre la scène du Théâtre 14 dans Les Femmes savantes, mises en scène par Arnaud Denis, Alexandre Guansé nous a parlé de son métier et de son parcours.

Comédien et musicien, amoureux du théâtre et fasciné par la caméra, parlant plusieurs langues, intéressé par des univers culturels différents, Alexandre Guansé aura du mal à cacher qu’il aime la diversité. Entré au cours Florent en 2000, il endosse son premier rôle dans De Gaulle, celui qui dit non avant de rejoindre l’année suivante les cours de Jean-Laurent Cochet qui vont le marquer durablement. « Grace à lui, j’ai eu le sentiment que le théâtre n’était pas seulement un exutoire ou une distraction, mais quelque chose de plus profond, une vraie vocation conditionnant toute une vie. » Il y rencontre Arnaud Denis et ceux qui, avec lui, vont entrer dans la compagnie des Compagnons de la Chimère. « Nous avons vécu des moments uniques avec une émulation presque romantique entre nous. Nous partions en week-end pour répéter nos textes ou préparer des spectacles. Jean-Laurent Cochet (qui va tenir dans Les Femmes savantes un rôle tout particulier) a reconnu que notre promo l’avait marqué. » Sans conteste, cette formation va lui permettre de construire ses débuts sur des fondations humaines solides et désintéressées. « Ce métier est difficile, reconnaît-il, il est important d’avoir des liens forts. L’esprit de troupe que nous avons est une chose précieuse ! » 

Après avoir interprété plusieurs personnages dans L’Ingénu de Voltaire, Les Femmes savantes lui demandent de rentrer dans la peau de Vadius, un personnage plein d’aigreur, hypocrite et frustré. « Tout comédien travaille sur l’humain qu’il est. Pour mes personnages, même les plus éloignés de moi, je me sers de beaucoup de choses, notamment de ce que j’ai vu et vécu. Tout ce que je fais et qui m’entoure prend un sens et du relief par rapport à ce que je joue. »

Reste ensuite à tout donner sur scène comme il sait le faire avec beaucoup de retenue. Et peut-être un peu d’appréhension pour ses nouveaux rôles ? Alexandre Guansé précise : « Il faut apprendre à dominer la peur. J’ai eu la chance de jouer le même rôle près de deux cents fois. Dans ces cas-là, si tu as encore peur, c’est qu’il y a un problème. Cette fréquence permet de dédramatiser. On joue dans plein d’états différents sans avoir besoin d’une préparation particulière. Le trac n’est pas nécessaire pour que ça marche ! »

Hors le théâtre, beaucoup de domaines l’attirent. À commencer par le cinéma vers lequel il souhaite s’orienter davantage. Sa double nationalité franco-américaine qui lui a permis de tourner avec des réalisateurs anglo-saxons explique une attirance certaine pour la vie culturelle étrangère. « Je suis un peu né avec une valise dans la tête ! » résume-t-il d’une formule. Dans ses tournages récents figure le film de Jan Kounen Chanel et Stravinski, où il tient le rôle du danseur appelé à remplacer Nijinski dans Le Sacre du printemps et que l’on devrait voir dans les mois à venir.

Par ailleurs, avec Élisabeth Ventura, autre membre de la compagnie des Compagnons de la Chimère, il travaille sur l’écriture d’un scénario de film.

Ceux qui l’ont vu sur scène savent que cet acteur, qui a aussi une solide formation de piano et de guitare classique, sait se renouveler et trouver le ton juste pour chacun de ses personnages. Les autres découvriront dans Les Femmes savantes un comédien hors pair ayant le privilège de pouvoir séduire sans jamais le vouloir !


Théâtre 14 - Jean-Marie Serreau

20, avenue Marc Sangnier 75014 Paris – M° Porte de Vanves
Du 8 septembre au 24 octobre

Mardi et vendredi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h
Samedi à 16 h et à 20 h 30

01 45 45 49 77



March 27

AMANDA LEAR

 

Dans Panique au ministère, Amanda Lear fait ses premiers pas sur la scène du Théâtre de la Porte Saint-Martin. La comédienne nous fait partager les joies qu’elle éprouve dans cette nouvelle aventure.

 

Il s’agit de votre toute première pièce ?

On peut le dire, les premières expériences étaient à l’étranger et c’est tellement loin qu’il y a prescription. Pour une débutante comme moi, me trouver dans le plus grand théâtre de Paris et dans ces conditions, quel cadeau !

Comment est-il arrivé ?

Tout à fait par hasard. Jean-Claude Camus m’a appelée pour les lectures de la pièce, m’offrant l’occasion de rencontrer les auteurs, Jean Franco et Guillaume Mélanie, et les acteurs. Ils étaient morts de rire et ont dit « ce sera elle ! ». Auparavant, j’avais refusé plusieurs propositions (une pièce avec Bernard Tapie, une autre avec Jérôme Savary) pour pouvoir continuer à faire mon émission télé en Italie. Là, j’ai eu un coup de cœur (je fonctionne comme ça) et j’ai signé tout de suite. J’ai appris mon texte pendant les vacances de Noël pour être une bonne élève et ne décevoir personne. Voilà comment a démarré ce vrai conte de fées !

Vous pouvez encore supporter le monde de la télévision ?

Je n’y arrive pas, ou plutôt je n’y arrive plus. C’est vraiment minable ! Le petit écran a atteint un niveau tellement élevé de vulgarité en Italie (en France aussi d’ailleurs, mais là-bas, c’est pire) avec le règne du bling-bling et des paillettes, des bimbos à gros nichons et de la téléréalité. J’ai dit à mon agent italien que je ne pouvais pas continuer. J’ai abandonné ce boulot très bien payé pour venir au théâtre et trouver un public chaleureux. Je n’y retournerai pas sauf si on me propose un téléfilm ou une fiction qui m’intéresseront vraiment.

La scène n’est pas une nouveauté pour vous !

Non, cela fait trente ans que j’y suis avec ma musique. Je vis sur scène. Mais une pièce c’est autre chose, c’est un travail d’équipe. Je me suis demandé comment j’allais être accueillie ! En fait, j’ai été très surprise par l’affection de tout le monde. Dans l’univers de la musique on est plus individualiste, parfois plus envieux.

Votre personnage de femme mûre très libérée, c’est un peu vous ?

Non, dans la vie je suis presque le contraire, je ne fume pas, je ne bois pas. Sur scène je suis heureuse et libre avec ce personnage nostalgique de 1968 voulant s’éclater et continuer à séduire.

Il y a tout de même un point commun entre le personnage et vous, c’est votre goût affiché pour les jeunes gens !

Oui, mais je ne suis pas la seule, on est des millions dans ce cas, de Demi Moore à Claire Chazal en passant par Madonna. On a admis cette nouvelle façon de voir les choses. Les femmes peuvent faire (enfin !) comme les hommes : personne n’a jamais rien trouvé à redire à Johnny Halliday lorsqu’il sortait avec des midinettes. Les mœurs ont changé, heureusement !

Vous vous définissez comme une amoureuse. Aujourd’hui, vous avez un boyfriend ?

En ce moment, je suis mariée, mais au théâtre ! J’y ai mis toute mon énergie. Je n’ai ni le temps ni d’ailleurs l’envie de penser à autre chose. J’arrive trois heures avant le spectacle, je vis dans ma loge. On parle de partir pour au moins deux ans, on va embrayer sur une tournée, puis il y aura un film, je suis embarquée pour un moment, ce qui élimine d’office tout voyage en Italie, tout jeunes gens. Bon, ce n’est pas définitif, mais pour le moment c’est ainsi !

Partie pour deux ans dites-vous, cela perturbe un peu vos autres projets ?

Oui, j’ai dû renoncer à certaines choses comme une comédie américaine où je devais incarner une mère juive découvrant que son fils est gay. Mais tout ne s’arrête pas, je sors un double album fin avril avec des reprises qui sont assez inattendues. J’ai aussi une exposition de peintures à Bruges qui démarre le 6 avril au musée Salvador Dalí pour un mois et demi.

Donc Amanda Lear ne connaît pas la crise ?

Non, j’ai du travail, c’est très bien et d’ailleurs j’espère que nous sommes dans une crise salutaire pouvant faire revenir les gens vers des valeurs plus solides, qu’on arrête enfin de dépenser à tout va en foutant la planète en l’air. Vous savez, c’est un peu comme en amour, la crise peut être salutaire !

Si j’en crois votre enthousiasme, on devrait vous revoir au théâtre ?

Avec Panique au ministère, on est parti pour un moment. Mais trois autres propositions m’attendent, dont une comédie et un drame. Je souhaite aborder d’autres répertoires, pourtant il est bien que pour une première pièce, j’interprète un personnage qui ressemble à l’image que l’on a de moi, mangeuse d’hommes et grande gueule. Personne n’est déstabilisé, ce n’est pas comme si je leur avais fait d’entrée Macbeth ou Hamlet

… ou Le Roi Lear !

Exactement (rires) !

 

Théâtre de la Porte Saint-Martin : 18, boulevard Saint-Martin 75010 Paris

Du mercredi au vendredi à 20 h ; samedi à 20 h 30 et dimanche 15 h

01 42 08 00 32


Par Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr

March 10

Le Tibet, encore et toujours !

Nous pleurons sur la crise, mais le Tibet, lui, meurt !


Extrait du Monde du 10 mars 2009 :

"Ces cinquante dernières années ont été celles de la souffrance et des destructions pour le territoire et le peuple du Tibet", a dit le lauréat 1989 du prix Nobel de la paix, dans un discours prononcé devant son temple accroché aux contreforts de l'Himalaya.

Le dalaï-lama accuse. A l'occasion du 50e anniversaire de l'échec d'un soulèvement antichinois, il accuse la Chine d'avoir fait du Tibet un ""enfer" et d'avoir tué "des centaines de milliers de Tibétains". De son lieu d'exil de Dharamsala, dans le nord de l'Inde, le chef spirituel du bouddhisme tibétain, réitère sa revendication d'une "autonomie significative" pour son pays natal. Après l'invasion et l'occupation par la Chine du Tibet en 1950-1951, Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama avait fui le 17 mars 1959 et traversé la frontière indienne le 30, treize jours après le début d'une insurrection avortée à Lhassa contre le régime chinois.

February 24

L’opéra de Sarah


Au théâtre, avec du talent, on peut faire des merveilles et embarquer le spectateur dans une épopée magnifique avec un minimum de choses. Le texte d’Alain Marcel sur la vie de Sarah Bernhardt réussit ce prodige. Un acteur magnifique (Jérôme Pradon) et un pianiste (Damien Roche), et voilà l’un des plus étonnants spectacles de cette saison.

 

Nul besoin d’être un fan d’art dramatique pour s’intéresser à la vie d’une très grande actrice, quand l’histoire est restituée avec autant de bonheur. Le texte d’Alain Marcel (il est aussi comédien à l’affiche de Perthus au Petit Marigny) fait revivre la tragédienne au travers d’une narration de folie, mettant en avant des aspects peu connus de sa vie, et on se régale ! Les dialogues, entrecoupés de nombreux airs, donnent vie à cette saga musicale d’une vivacité et d’une drôlerie peu communes. Et il faudrait être bien blasé pour ne pas voir dans ce spectacle chanté, d’une incroyable richesse scénique, une inépuisable source de jubilation. C’est aussi l’occasion de redécouvrir l’art de Jérôme Pradon qui fait ici une prestation hors du commun et que les comédies musicales londoniennes ont trop souvent tenu éloigné de Paris. Pour le reste, nous vous laissons les joies de la surprise. Sachez seulement qu’il s’agit la première partie de la vie de celle qui s’immortalisa aussi dans des rôles travestis, dont celui de l’Aiglon. Une existence extravagante, amoureuse, mais toujours marquée par le sceau de la générosité (Sarah Bernhardt prit le parti de Dreyfus et se consacra aux blessés durant la guerre de 1870). Vigoureux démenti à ceux qui pensent que la création a du plomb dans l’aile, L’Opéra de Sarah est indiscutablement un spectacle populaire tout public synthétisant ce qui fait la beauté et la noblesse du théâtre.


Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

 

Photo ERIC DEVERT


Théâtre de l’œuvre : 55, rue de Clichy 75009 Paris

Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 15 h 30

01 44 53 88 88

 

February 23

La Framboise Frivole : Furioso


Elle a beau se donner de grands airs, la musique classique n’en prête pas moins à rire. Peter Hens le prouve et vient plonger de nombreux tubes musicaux dans un bain de folie furieuse dont les spectateurs sortent tout ragaillardis.

La Framboise Frivole et les Parisiens, c’est une aventure de plus de quinze ans. Quinze ans de délire sur de grands compositeurs classiques, prétextes à des balades musicales nous faisant aller de Rossini à Dalida en passant par Joe Dassin, Camille Saint-Saëns ou Edvard Grieg. Dans Furioso, son nouveau spectacle tout public, Peter Hens raconte comment il a failli devenir cuisinier et commence par entonner un lieder de Schubert (Leader Maximo) dont le texte, très loin de Goethe, semble copié sur la carte d’une pizzeria. Quelques facéties plus tard, son Alléluia de Haendel est soudain détourné par Freddy Mercury et tout le spectacle se construit autour d’un mélange inattendu et réussi des styles musicaux les plus divers. Peter Hens, accompagné de son violoncelle (qui parle !) et par les doigts agiles du pianiste Yves Gourmeur (qui ne parle pas !), saute allègrement d’une musique à une autre ; en l’espace d’une demi-seconde, il change de style, d’époque et de voix. On reste subjugué et l’on s’amuse de ce magistral mélange des genres. Étant ici entre mélomanes, personne ne nous reprochera d’apporter un petit bémol, à savoir l’excès de calembours dont visiblement Peter Hens raffole. Si l’on excepte ce petit travers, la balade gastronomico-musicale de la Framboise Frivole mérite une excellente note. Lorsqu’au moment de se séparer, le public, debout, est appelé à reprendre le final de Traviatata de Verdi avec des sonorités loufoques de basses wagnériennes sur la digestion, on peut entendre dans ce délire commun toute la joie de l’assistance de s’être retrouvée là !


Philippe Escalier pour : www.sensitif.fr

 

Théâtre des Bouffes Parisiens : 4, rue Monsigny 75002 Paris

Du mardi au samedi à 21 h et matinée le samedi à 16 h 15

01 42 96 92 42

 

 

 

 

 


February 11

L’ARTISHOW

 

En découvrant le nouveau spectacle de l’Artishow conçu par Xavier Barboteu, on assiste à la transformation réussie d’un café-théâtre ayant su garder l’esprit convivial et festif qui a fait son succès tout en se hissant au plus haut niveau. Nouvelle immersion dans l’univers de l’incontournable cabaret parisien.

 

Depuis des années, l’Artishow a su démontrer que professionnalisme pouvait se conjuguer avec esprit de troupe et de famille.

C’est la même équipe, légèrement étoffée, que l’on retrouve au fil des ans avec, pour les habitués, le sentiment de revoir des amis de longue date. Si l’on découvre l’endroit pour la première fois, l’impression est toujours la même, un bel étonnement devant ce spectacle unique en son genre. Dans cette fête, rien de superficiel, tout est généreux et authentique, depuis l’accueil jusqu’aux remerciements finaux. C’est la troupe qui vous reçoit sur le perron du cabaret, c’est elle qui assure le service pendant le repas dans une ambiance déjà un peu survoltée. Avec le pousse-rapière en guise d’apéritif, tout ce que l’on vous sert est présenté simplement (pas de chichis) mais c’est indiscutablement bon : du foie gras en entrée, une blanquette de veau avec des petits légumes et un croustillant au caramel en dessert avec un bon choix de vins et un pain de campagne bio. Le repas servi, le gong retentit plusieurs fois : le spectacle peut commencer !

 Loin des numéros qui s’enchaînent, Xavier Barboteu a toujours voulu s’inscrire dans une thématique et recréer un univers. Que ce soit ses idées de mise de scène, les costumes (toujours plus riches et plus étonnants, on pourrait s’imaginer parfois au carnaval de Venise), les performances des artistes, on devine un travail considérable et le résultat est (ô combien !) à la hauteur. Les références nombreuses dont chaque épisode est émaillé plongent, cette fois-ci, leurs racines dans le cinéma. La parodie, présente avec Framboise (qui unit à jamais Marie-Paule Belle et Sylvie Joly) et Mamyta (incroyable Bardot et Mme de Fontenay), vient ponctuer des numéros qui ne sont plus de l’imitation tant l’univers recréé est personnel et fort. Que ce soit Tina Turner (avec Adam, l’un des deux petits nouveaux), Julie Pietri (Galipette), Christophe Willem (Antoine), Charles Aznavour (Jean-Yves) ou Marilyn Monroe, on croit aux personnages avec lesquels on vibre et on salue la performance. Les danseurs Stéphane, François et Nicolas (qui fait également un superbe Charlot) servent parfaitement les chorégraphies maison qui allient la fantaisie, l’humour et la danse sous le regard de Pascal et Gregory, les deux grooms tout de rouge vêtus, paraissant sortir d’un livre de Tintin et qui passent de la salle à la scène pour agrémenter la soirée de leurs facéties.

Machine à donner du bonheur, l’Artishow devrait, par les temps qui courent, être reconnu d’utilité publique ! Un peu caché dans le XIe arrondissement, le cabaret transformiste, en quelques années, a su s’imposer et gagner une notoriété que beaucoup doivent lui envier aujourd’hui.

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr


3, cité Souzy 75011 Paris

01 43 48 56 04

www.artishowlive.com

Éric TRAONOUEZ

En 2008, à Taïwan, Éric Traonouez est devenu le premier champion du monde français en patinage artistique sur roulettes. Interview d’un sportif inconditionnel du roller depuis son enfance, arrivé à moins de trente ans au sommet de son art et qui s’apprête à se consacrer maintenant à d’autres activités.

 

Comment tout a commencé ?

Un peu par hasard, quand j’étais gamin, grâce à mon école. J’ai essayé et j’ai bien accroché. Un entraîneur m’a remarqué et m’a pris sous son aile. Un an après, à dix ans, j’étais champion de France. Très investi, très souple, j’ai beaucoup travaillé (quatre fois par semaine, deux heures d’entraînement accompagnées d’une préparation physique vraiment intense) et ma progression a été constante.

 

N’avez-vous jamais hésité avec le patin à glace ?

Le patinage sur glace ne m’a pas attiré au départ. La glace est un sport qui coûte très cher et qui demande de très gros sacrifices, notamment pour les entraînements. J’avais envie d’un sport un peu plus accessible !

 

Le in-line est une discipline très récente ?

Oui, quand j’ai arrêté le quad (un patin à quatre roues) en 2002 pour faire un break, ont été organisés en Allemagne les premiers championnats du monde de in-line (patin avec trois roues alignées). J’ai trouvé le in-line rigolo. La fédération m’a offert un équipement pour que je le teste et j’ai beaucoup aimé. Après quatre années sans patiner, j’ai repris en 2006 avec le in-line et j’ai fini cette année-là champion d’Europe et troisième au championnat du monde. Deux ans après, je termine premier dans les deux compétitions !

 

Pouvez-vous nous raconter un bon et un mauvais souvenir ?

Un mauvais souvenir : j’avais dix-neuf ans et le passage de junior à senior s’est accompagné d’une année vraiment terrible. En senior, le niveau est sensiblement différent. J’ai un peu perdu pied et il m’a fallu un an de préparation pour rattraper ce retard.

J’ai eu au moins deux très bons souvenirs. Le premier, mes derniers championnats de France en quad en 2002 pendant lesquels j’ai retrouvé mon ancien entraîneur et où j’ai fait un programme parfait devant ma famille venue pour la première fois me voir patiner en compétition. Le second (c’est le meilleur), c’était il y a quelques semaines, en championnat du monde à Taïwan. Moment inoubliable quand j’ai compris que j’étais devenu champion du monde en voyant le petit 1 s’afficher sur l’écran devant mon nom.

 

Tous les pays sont présents dans ces compétitions ?

Non, certains pays ne sont pas représentés comme la Russie, par exemple, tellement focalisée « glace » qu’elle ignore les autres disciplines sœurs. Au Canada, c’est un peu pareil, il fait froid, ils font de la glace. En Europe, tous les pays sont représentés (notamment l’Italie qui a toujours un peu dominé ce sport), mais aussi les pays d’Amérique du Sud, les États-Unis, les pays asiatiques, mais aussi d’autres comme l’Iran et l’Irak.

 

Dans quelques mois, quand la compétition sera terminée pour vous, comment cela va-t-il se passer ? Vous allez entraîner ?

Devenir entraîneur ne m’attire pas du tout ! J’irai voir les autres en compétition, je donnerai des galas et surtout je vais faire autre chose. Pendant sept ans, j’ai été prof de fitness et là aussi, j’ai tout arrêté pour me consacrer à mon activité d’intermittent du spectacle comme chanteur, danseur et comédien.

 

Cela se passe bien ?

Oui, j’ai joué dernièrement dans un opéra pour enfants, L’Arche de Noé, au théâtre des Champs-Élysées. Je passe des castings pour les comédies musicales, même si cette activité a ralenti du fait de la crise. À côté de ça, je suis assistant de prod sur des émissions télé, figurant dans des films, danseur dans des clips vidéo. Là aussi on peut dire que ça roule !


Photo Fred Leschallier




February 09

L’INSPECTEUR WHAFF



Il est impossible de résumer l’intrigue de L’Inspecteur Whaff pour une simple raison : il n’y a pas d’intrigue dans la pièce déjantée de Tom Stoppard où plus on avance et plus on s’enfonce dans le brouillard (anglais !). Le délice de la pièce réside dans le plaisir de n’avoir rien à comprendre et de déguster une mise en scène de folie signée Jean-Luc Revol, servie par une superbe troupe.

Imaginez les Monthy Python menant une enquête dans le style Le cœur a ses raisons pour « Au théâtre ce soir » et vous aurez une toute petite idée de ce qui se trame sur la scène du Tristan Bernard où deux critiques de théâtre commentent une pièce policière jouée par des acteurs ringards. Les deux critiques ne se préoccupent que de leur ego jusqu’au moment où ce qui se déroule sous leurs yeux les rattrape. Mais qu’importe ! L’essentiel est dans la mise en scène de Jean-Luc Revol qui réussit le prodige de faire de L’Inspecteur Whaff un petit chef-d’œuvre, décalé, décapant et surtout irrésistiblement drôle. L’on reste sidéré par l’exploit consistant à rendre palpitante une pièce prétexte, écrite pour le seul plaisir de faire du théâtre et de se moquer avec force de ceux qui en vivent. Il fallait une distribution de choc et elle est là. Le vrai comique ne fonctionne qu’avec des acteurs capables de faire dans la dentelle comme Jacques Fontanel (incroyable en critique vaniteux), Anne Bouvier (en jeune nympho hystérique), Pierre Deladonchamps (intense et tellement juste), Valérie Moureaux (excellente, et après elle, vous ne prendrez plus le thé de la même manière !), Viviane Marcenaro, Elrik Thomas et Éric Théobald. Tous nous font visiter un monde excentrique, insensé et égoïste qui est, au fond, celui dans lequel nous vivons !

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

Théâtre Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris

Du mardi au samedi à 21 h et matinée le samedi à 18 h

01 45 22 08 40




L’Opération du Saint-Esprit

 

Au Ciel, rien ne va plus : Dieu ne supporte plus les voix de castrat des anges, saint Pierre picole, Marie a envie de revenir sur terre et Jésus est jaloux de saint Sébastien dont la plastique attire trop le regard de certains hommes. Quant au Saint-Esprit (un peu comme Nicolas Sarkozy), il court partout pour essayer de ramener la paix – sans grand succès – et finit dans le coma à l’Hôtel-Dieu !

Cette comédie de Michel Heim (le papa des Caramels Fous et l’auteur de La Nuit des reines notamment) est un divertissement d’une heure qui chatouille allègrement la question divine avec un texte truffé d’une multitude de citations (parfois un peu cachées), d’allusions et de références diverses. Elle déclenche l’hilarité en traitant la question qui n’en finit pas de faire trembler les religions, à savoir le sexe. Comme toujours quand Michel Heim manie la plume, on entend un texte savoureux, léger, pétillant mais disant toujours ce qu’il convient de dire (pour les athées que nous sommes, c’est du pain béni !). Ici Dieu jure copieusement, saint Pierre est un inactif confirmé, l’ange Gabriel réserve bien des surprises  et Jésus, aux allures de Dalida, en personnage édulcoré et dévêtu, désireux de se réincarner en superstar, vaut son pesant d’hosties. Quant au diable, pragmatique, il est avant tout soucieux de continuer « à faire bouillir sa marmite ».

Autour de l’auteur, mis en scène par Jean-Pierre Rouvellat, Laurent Plessi, Vincent Baillet, Jean-François Dewulf, Franck Isoart et Laury André mènent cette comédie à un train d’enfer. Du coup, pour plébisciter L’Opération du Saint-Esprit, nos fidèles (lecteurs) vont se faire une joie de mettre en pratique le fameux On ira tous au paradis !

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

Théâtre Clavel : 3, rue Clavel 75019 Paris

Jusqu’au 28 mars 2009 : mardi et mercredi à 21 h 30

Vendredi et samedi à 20 h

01 43 45 55 38



Aurélien WIIK



Enfant de la balle, à vingt-huit ans Aurélien Wiik compte déjà plus de seize ans de métier. Après Frontière(s) de Xavier Gens, Secret défense de Philippe Haïm et Un homme et son chien de Francis Huster, Étienne Faure, avec qui il a tourné In extremis en 2000, lui confie un premier rôle dans Des illusions, sorti le 4 février. Rencontre avec un des comédiens marquants de la nouvelle génération.

Avec Étienne Faure, ce sont des retrouvailles ?

En effet, In extremis avec Sébastien Roch et Julie Depardieu était son premier long-métrage, il y a pratiquement dix ans. À l’époque, nous nous étions promis de travailler à nouveau ensemble. Il m’a appelé pour me dire qu’il voulait faire un film avec moi sur Ibiza. J’ai tout de suite beaucoup accroché avec ce rôle d’auteur à succès au physique de jeune premier venu écrire son troisième bouquin sur le milieu hippie d’Ibiza dans les années 60. L’idée de partir avec une petite équipe en improvisant au fil du tournage m’a séduit et je suis d’autant plus heureux que c’est un état d’esprit qui me ressemble.

Ces retrouvailles sont agréables. Étienne est un joli poète qui travaille quand l’inspiration est là. Avec lui, c’est toujours un mélange de cinéma et de vie (un film que l’on veut faire mêlé à des expériences que l’on a envie de vivre). Ses films marchent bien sur la durée et vivent du désir des gens.

Des illusions correspond au souhait d’être sur des projets un peu décalés ?

Non, pas forcément, mais là, j’ai eu envie de vivre cette expérience et de la faire partager. C’est un grand besoin de liberté, de ne pas avoir de scénario, de faire confiance à quelqu’un, de s’amuser et de sortir du carcan de la grosse équipe avec beaucoup de moyens. Je suis content que l’on puisse voir ce film qui pose des questions importantes et qui montre que l’on peut s’affranchir du statut social pour aller vers des choses plus essentielles qui font du bien.

Peut-on dire aujourd’hui que vous êtes centré sur le cinéma ?

Oui, j’ai commencé à refuser pas mal de choses pour la télé qui stagnaient, alors que pour moi, mon métier est un combat. J’ai un rapport passionnel avec lui, presque familial puisque j’ai vécu mon enfance sur des plateaux de cinéma. Je n’ai pas envie d’être indulgent face à des projets qui ne sont vraiment pas géniaux. Aujourd’hui, on entend dire que l’on veut transformer la télé en faisant des choses plus fortes. Or c’est faux, dans l’absolu l’envie existe peut-être, mais on ne va pas au-delà, sauf parfois sur France 2. Ce n’est jamais simple de choisir, de refuser du travail et de l’argent pour ne pas faire partie de ces gens qui parlent beaucoup et ne font pas. De plus, j’ai toujours l’impression que je vais être mauvais si je ne suis pas intéressé par le scénario. Même si je peux me tromper, j’ai envie de choisir des films qui vont durer et qui vont interpeler les gens.

Pour autant, le théâtre reste présent ?

Bien sûr ! J’ai eu envie de me retrouver sur des one-man shows et les scènes ouvertes que j’organise m’apportent un sentiment de peur et d’excitation indispensable. Et aussi le plaisir de donner la parole aux autres.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Le principe consiste en des scènes ouvertes deux fois par semaine et le jeudi un best of qui fait tourner les meilleurs. Chaque fois, entre treize et vingt personnes se succèdent pendant cinq minutes avec une totale liberté. À la télé, impossible de vraiment dire ce que l’on veut. Là, c’est une petit espace d’expression non censuré, et l’artiste qui arrive avec son humour et le travail qu’il a fait (ou pas fait !) se débrouille avec le public.

Mon rôle consiste à présenter les spectacles, chauffer la salle avec laquelle il existe un rapport de franchise, mais dépourvu de méchanceté. Les artistes se sentent valorisés, respectés et le public est très fidèle. Ma mère s’occupe des réservations, mon père est à la caisse, c’est une cour de récréation familiale et conviviale !

www.des-illusions.com

 

Chinchman Comedy Club : chaque lundi et mardi à 20 h 30

Café de Paris, 158, rue Oberkampf 75011 Paris

M° Ménilmontant ou Saint-Maur – 06 12 24 23 18

 

Chinchman Cabaret Club : pour les best of du jeudi

Le Pranzo, 35, boulevard Bonne Nouvelle 75002 Paris



December 20

ADRIAN CONQUET

Dans Impudique d’Arnaud Devolontat qu’il a joué à Paris durant quatre mois, on pouvait découvrir un acteur tout en retenue, doué pour le théâtre, le chant et l’expression corporelle. Rencontre avec un jeune homme réservé, capable de s’exprimer dans tous les domaines du spectacle vivant et tourné avant tout vers les autres.

« Je n’ai jamais vraiment pris de cours, ni de théâtre ni de chant. Je suis un autodidacte ayant acquis ses techniques sur le tas. » Avec ces quelques mots, Adrian Conquet nous prouve, si besoin était, que la scène reste bien le meilleur des maîtres. Tout en reconnaissant dans la foulée qu’enrichir ses compétences reste un objectif essentiel.

Pour ce Perpignanais de vingt-quatre ans, tout commence après le bac. Sa licence de sport est interrompue par une peine de cœur qui manque de le jeter dans les bras de l’armée. Il résiste (fort heureusement) et un concours de chant lui permet, par le fait du hasard, d’intégrer une troupe pour jouer dans Les Dix Commandements. Dans la foulée, il fera une rencontre marquante, celle de l’auteur et metteur en scène Arnaud Devolontat, fondateur en 1994 de la Compagnie du théâtre d’art. Être membre d’une troupe pluridisciplinaire vouée au théâtre musical ne pouvait que séduire Adrian Conquet, toujours mû par un désir de découvrir et d’apprendre tout en variant les styles et les genres.

On serait bien tenté d’écrire ici que son charme est unique (ses photos comme ses performances d’acteur peuvent en témoigner) ! Mais ce serait oublier qu’il a un frère jumeau lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Avec Joris, Adrian partage la même apparence mais aussi un goût prononcé pour la scène. L’un et l’autre font partie de la Compagnie du théâtre d’art et jouent dans les spectacles du Syppox Théâtre à Argelès-sur-Mer. Là, au sein d’une toute nouvelle structure pouvant accueillir un millier de personnes, sur une scène ouverte, ils interprètent les plus grandes comédies musicales sans qu’on les reconnaisse forcément, leur gémellité étant moins évidente sous des costumes de scène.

La saison estivale 2009 commence dans les jours à venir. Quatre mois de répétitions intenses suivies de représentations entre avril et septembre durant lesquelles, deux soirs par semaine, Adrian se mettra dans la peau de Simba (Le Roi Lion), prendra ses habits de danseur pour Chicago, Cats et Grease, participera à la création de L’Ours’eau et d’Ederlezy sur le thème du cirque et des Gitans. Cette expérience artistique lui permettant de jouer un large répertoire musical, depuis le rôle principal jusqu’à un figurant, elle le passionne tout en lui assurant d’être sur scène durant plusieurs mois d’affilée.

Sa formation sportive est un atout important. Adrian explique : « J’ai toujours fait des activités physiques, ce qui m’a aidé à bien connaître et maîtriser mon corps. Beaucoup de judo et de sports de combat comme le taekwondo, de la gym (notamment pour gagner un peu de souplesse), du badminton, toujours très physique malgré ce que l’on croit parfois ! J’ai aussi travaillé au sein d’une troupe de rue avec laquelle je suis allé faire des combats d’épée, des échasses et de la jonglerie en Allemagne. Enfin, pour L’Ours’eau, j’ai commencé à prendre des cours d’acrobatie à Paris. Tout m’intéresse dans le spectacle vivant, je veux pouvoir toucher à un maximum de choses. » Et d’ajouter en souriant : « Il est impossible que je sois un jour rassasié ou blasé par ce métier ! » Parmi les domaines encore inexplorés figure le cinéma, qu’Adrian regarde avec les yeux de Chimène en attendant son heure. Pour patienter, et comme si ce qu’il faisait ne suffisait pas, il prend des cours de piano, de flute traversière et compose pour son plaisir des ballades un peu mélancoliques.

Que ce soit avec l’équipe du Syppox Théâtre ou celle d’Arnaud Devolontat, Adrian Conquet se dit heureux de travailler dans un contexte serein et agréable : « J’ai besoin d’évoluer dans un climat de confiance et d’amitié. Je sais bien que ça n’existe pas partout mais c’est ce que j’ai trouvé jusqu’à présent et ce dont j’ai besoin pour m’épanouir. »

La prochaine occasion donnée aux Parisiens de croiser Adrian (en compagnie cette fois de son jumeau) sera offerte dans quelques jours par le Comptoir du Marais qui organise dans ses murs une exposition de vingt-deux photos de Jean-Baptiste Huong sur le thème de la cigarette. Toujours passionné par l’image, ce photographe a fait des études cinématographiques dans les années 90 avant d’exercer dans l’audiovisuel le métier de monteur-réalisateur. L’envie de produire des images lui fera reprendre un très vieux Canon pour continuer à exercer un œil toujours neuf, vif et émerveillé.

À propos de « The Smoke Exposition », le photographe nous a dit quelques mots : « C’est avant tout le goût du cinéma et des portraits de l’époque des grandes stars d’Hollywood (Louise Brooks, Bette Davis, Marlene Dietrich, Humphrey Bogart, Clark Gable, Marilyn Monroe…) qui m’a donné envie de réaliser ces clichés. Avec ce projet, j’ai souhaité donner un aspect moins dramatique, moins nocif, plus poétique, plus glamour au fait de fumer. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la cigarette mais bien de révéler des émotions et des attitudes liées à son usage. J’ai voulu que chacun de mes modèles apporte davantage qu’une simple pose et enrichisse ces photos de sa personnalité. Venant de divers horizons, tous ont accepté de dévoiler un peu de leur intimité, donnant ainsi cette atmosphère toute particulière qui, je l’espère, touchera les visiteurs. »

 « The Smoke Exposition » sera pour nous l’occasion de découvrir le travail raffiné de Jean-Baptiste Huong tout en retrouvant Adrian Conquet qui pourra, dès lors, prétendre au double titre de comédien-modèle !

 

 « The Smoke Exposition »

Comptoir du Marais du 20 janvier au 8 février 2009

18, rue de Moussy 75004 Paris

01 42 74 06 06







December 01

Sensitif numéro 30 est en ligne

Le numéro 30 de Sensitif est en ligne, le jour de la journée mondiale de lutte contre le sida.

www.sensitif.fr

Ce mois-ci photos de David Vance.

Bonne lecture !

www.sensitif.fr


November 05

Barack Obama, premier Président noir des Etats-Unis


Cette nuit, avec l'élection du Président Barack Obama, une page de l'Histoire du monde est en train de s'écrire sous nos yeux.
Ce formidable moment de joie et d'espoir ne sera pas de trop dans l'époque agitée que nous traversons. Cette victoire est une magnifique exemple de tolérance, d'ouverture et d'énergie venu des Etats-Unis. Après les huit années sombres de l'analphabète George W. Bush, enfin, une peu de lumière !

Barack Obama a montré qu'il avait assez les épaules assez larges pour porter - au mieux - les espoirs d'un peuple mais aussi de tous les pays de la planète qui attendent du changement.
Un coup de chapeau à John Mc Cain dont le discours de félicitations mardi soir était tout simplement celui d'un grand bonhomme qui aurait pu éviter le pire s'il avait été désigné par les Républicains en 2000 !
Enfin, la victoire d'Obama démontre que rien n'empêche quelqu'un qui travaille et croit en son étoile, de réussir. En ce sens, la volonté de Barack Obama de ne pas mettre sa couleur de peau en avant est aussi une belle leçon.

Nous allons enfin pouvoir reparler des USA avec les yeux qui brillent !





November 02

JULIEN COTTEREAU dans Imagine-toi



Venu du théâtre, ce comédien fait ses débuts de clown en 1994 en intégrant le prestigieux Cirque du Soleil et oscille depuis entre ces deux univers complémentaires. Avec Imagine-toi, spectacle vraiment magique à l’affiche des Bouffes Parisiens jusqu’au 10 janvier 2009, il a décroché le Molière de la révélation masculine 2007.

 

D’où vient l’idée de ce spectacle ?

Des aléas de la vie ! Il fallait remplacer en 1994 le clown du Cirque du Soleil, René Bazinet, et mon professeur Jean-Marie Binoche m’a contacté pour me préparer à l’audition. Engagé, j’ai joué mille cinq cents fois le même personnage de clown-mime-bruiteur un peu partout dans le monde. Par la suite, avec Imagine-toi, j’ai eu carte blanche pour créer un spectacle muet faisant appel à la participation du public.

 

Le Molière est une belle surprise ?

Déjà, il était important de rester trois mois au théâtre des Mathurins afin de permettre aux professionnels notamment de découvrir mon travail qui s’inscrit dans la tradition de l’Arlequin, de la commedia dell’arte ou des Enfants du paradis. Le fait d’être nominé était incroyable quand je songe au nombre de spectacles en compétition et à la qualité des artistes retenus avec moi. Je craignais aussi qu’Imagine-toi soit une création un peu trop personnelle. Naturellement, c’est une joie immense de voir son travail reconnu en sachant ce qu’il a nécessité d’énergie et de prise de risques.

 

On n’atteint pas la simplicité et la pureté de votre performance sans efforts !

Je ne sais pas si je les atteins mais j’ai beaucoup travaillé, seul d’abord, puis avec mon metteur en scène Erwan Daouphars qui est un artiste doué pour créer des passerelles entre les arts. J’ai joué à Avignon, en Australie, en Allemagne, toujours fasciné par ce que me donnent ce jeu et cette complicité avec le public. Que l’on vienne me dire à la fin de la représentation que j’ai apporté de l’émotion, du rire et du bonheur est ma plus grande récompense.


Théâtre des Bouffes Parisiens

4, rue Monsigny 75002 Paris M° Quatre-Septembre

Du mardi au samedi à 19 h

01 42 96 92 42


Crédit Photo : Roux-Voloir

RICHARD DESCOINGS, directeur de Sciences-Po


Depuis 1996, il est le directeur de l’Institut d’études politiques de Paris. Sous sa direction, Sciences-Po a confirmé sa modernisation et son ouverture vers une société française de plus en plus diversifiée, mais aussi vers l’international. À la tête d’une fondation réunissant 800 salariés et 8 400 étudiants, Richard Descoings, dont l’influence dans le monde de l’éducation est considérable, a accepté de nous parler de son action au sein de l’école mythique qu’il dirige.

 

 

Comment se présente Sciences-Po aujourd’hui ?

Nous sommes une université sélective tournée vers l’enseignement et la recherche, très active dans la compétition internationale. Parmi nos diplômés, 30 % en 2007 travaillent hors de France. Un diplômé français de Sciences-Po sur cinq travaille à l’étranger.

Depuis huit ans, notre cursus a été aligné sur celui des autres universités européennes. Il faut noter en outre que tous les élèves doivent passer leur troisième année hors de France. D’une manière générale, le corps étudiant, le corps enseignant et les débouchés professionnels se sont largement internationalisés.

 

L’Institut reste-t-il accessible aux jeunes venant de milieux défavorisés ?

Plus un étudiant est défavorisé financièrement, plus il a intérêt à venir à Sciences-Po car nous augmentons de 50 % le montant de leurs bourses d’État. 20 % des étudiants sont boursiers, 25 % ne paient aucun droit de scolarité et 50 % bénéficient de droits réduits. Maintenant, je ne vous dis pas que tout est parfait !

 

L’insertion de jeunes issus des banlieues que vous avez mise en place et qui a fait beaucoup de bruit est-elle un succès ?

Oui ! Depuis sept ans, nous avons passé des conventions avec des lycées situés en « zone d’éducation prioritaire ». Il y a soixante lycées en convention couvrant la France métropolitaine et l’outre-mer. Parmi les nouveaux élèves français de première année, cent vingt ont été recrutés par ce biais. Ils réussissent comme les autres. Ce qu’ils gagnent au moment du diplôme, c’est le droit à l’indifférence.

Concrètement, cent vingt étudiants viennent s’ajouter à ceux des années antérieures et ils constituent un noyau dont nous sommes fiers. Cela démontre qu’il n’y a pas de déterminisme social ou ethnique et qu’une action volontariste menée sur le long terme peut fonctionner. Lorsqu’on veut, on sait faire, mais je ne suis pas sûr que l’on soit dans une société qui ait envie de brasser socialement.

 

Si l’on oublie la qualité de certaines universités ou des grandes écoles, pensez-vous que notre système éducatif tienne encore la route ?

Vous savez, c’est affreusement compliqué pour tous les pays. Mais il ne faut pas oublier que 80 % du système primaire et secondaire marchent bien, et beaucoup mieux qu’aux États-Unis ou en Grande-Bretagne et au moins aussi bien qu’en Allemagne. Il faut donc travailler sur ce qui ne va pas, tout en réalisant que l’on demande aux profs de gérer une multitude de choses parfois bien difficiles.

 

S’il fallait esquisser un bilan global de votre action, que diriez-vous ?

Nous avons voulu construire un projet éducatif, ce qui est plus vaste qu’un projet pédagogique. Prenons un exemple simple : pour son premier cours de droit constitutionnel, Olivier Duhamel a fait écouter la chanson de Bob Dylan inspirée par l’arrivée du premier Noir dans une université du Mississippi, lieu symbolique ayant accueilli le premier débat Obama-McCain.

Notre travail consiste à relier les différentes composantes qui font un individu. Nous avons envie que les jeunes puissent dire qu’ils ont appris un métier mais pas uniquement. Les équipes de l’Institut font le maximum pour que nos élèves se sentent heureux. Nous voulons leur dire : « Vous êtes des êtres humains et on vous prend pour votre humanité. Nous sommes là, non pour résoudre vos problèmes personnels, mais pour en tenir compte, par exemple avec notre système de bourses. »

 

FaceBook, sur lequel vous êtes inscrit, a-t-il apporté des changements dans votre vie professionnelle ?

Certainement, même si j’ai peu de temps à y consacrer. Les élèves, je les croise souvent mais je ne les vois pas tous les jours. FaceBook peut contribuer à contourner la barrière du protocole, du rendez-vous qu’il faut prendre avec mes assistantes qui font barrage pour des raisons d’emploi du temps. Dans FaceBook, la virtualité de la relation donne un accès doublé d’un contact direct. C’est comme cela que je peux être amené à répondre au message d’un étudiant gay qui souhaite me parler de sa situation.

 

 

Votre nom revient régulièrement quand il s’agit de choisir un ministre de l’Éducation. Cela vous procure quel sentiment ?

J’en ris intérieurement, et puis j’y trouve l’avantage d’être un peu protégé. En effet, certains hauts fonctionnaires n’ont pas envie d’être « trop méchants » avec quelqu’un qui pourrait devenir leur ministre de tutelle.

Mais c’est une spécificité professionnelle, je pense que pour être ministre il est préférable d’être élu. Il faut surtout avoir envie de faire ce métier – tellement ingrat – et ce n’est pas trop mon cas. D’autre part, mon action à Sciences-Po peut servir l’intérêt général, c’est aussi de la politique. Je préfère être le premier dans mon village que le deuxième à Rome. Et mon village est formidable, j’y suis totalement libre !

 

 

September 07

Les Folies amoureuses


Fallait-il être fou pour prendre le risque de monter Jean-François Regnard auteur du XVIIème ignoré de (presque) tous aujourd’hui ? Pari gagné pour Pascal Zelcer et sa troupe qui font de cette pièce en vers une comédie irrésistible et succulente !

 

Dés les premières secondes, on pressent une belle réussite. Lara Neumann, dont il faut saluer la prestation hors du commun, dans une énorme robe rouge bien ridicule, chante et déjà le ton loufoque et décalé est donné. Avec une économie de moyens mais une foule d’idées, Pascal Zelcer assisté d’Élodie Kugelmann a su illustrer de la plus moderne des façons (avec chansons kitch des années 80, imitations et vidéos-gags) un texte justement remis à l’honneur dont il laisse entendre le style savoureux et vivant.

 

L’intrigue nous replonge un peu dans L’école des Femmes : Agathe, une jeune et plantureuse pupille veut échapper à un vieux tuteur transformé en geôlier. Pour se libérer de son enfermement et se donner à un fringant jeune homme, elle recourt au stratagème de la folie.

 

Autour de Lara Neumann, les comédiens sont à l’unisson. Laurent Richard (avec un talent qui nous fait regretter de ne pas le voir plus souvent au théâtre) campe le vieil égoïste forcené qui doit céder aux assauts (et au toupet) d’Eraste joué par le brillant et toujours juste Frédéric Chevaux secondé ici d’un valet et la servante du maître, heureuse de rejoindre le complot (Benjamin Guillard et Anne Saubost font merveille dans ces deux rôles).

 

Excellent moyen de conjuguer pièce classique et pure comédie, il faut aller voir ces Folies dont nous sommes tombés amoureux !

 

Philippe Escalier - Photo Matthieu Salas

    

Vingtième Théâtre

7, rue des Plâtrières 75020 Paris ‑ M° Ménilmontant

jusqu’au 26 octobre 2008, du mercredi au samedi à 21 h 30

dimanche à 17h30 ‑ 01 43 66 01 13

September 06

Perthus au théâtre du Rond-Point


Perthus mis en scène par Gilbert Désveaux, qui sera jouée au Rond-Point à partir du 9 septembre 2008, est une pièce signée Jean-Marie Besset, l’un des piliers du théâtre contemporain français. Deux jeunes comédiens, Robin Causse et Jonathan Drillet se partagent l’affiche avec Jean-Paul Muel et Alain Marcel. Faisons  les présentations.

 

Jean-Marie Besset

Je ne sais pas si c’est un thème que j’ai choisi ou si c’est le thème qui m’a choisi. C’est en tout cas une façon de revenir sur le premier amour, le seul qui pourrait être qualifié de pur en définitive.” Avec ce qu’il définit comme des scènes de la vie de province (où l’on verra forcément une trace d’autobiographie), Jean-Marie Besset présente une pièce profondément humaine construite sur les relations mères-fils et retraçant l’histoire d’une rencontre et d’un amour impossible entre deux garçons.

Lorsqu’il revient sur ses vingt ans de carrière, l’auteur exprime avant tout une certaine reconnaissance. “J’ai été inventé par la critique, je suis un provincial, je ne connaissais personne dans ce métier. Cela n’empêchera nullement ma première pièce  Ce qui arrive et ce qu’on attend d’être jouée en 1993 et de recevoir un prix. J’ai été dix fois nommé aux Molière. J’ai le sentiment que j’ai été soutenu par des critiques dont le jugement m’importait beaucoup comme Michel Cournot. Sans oublier les producteurs qui ont toujours été fidèles à mon travail.”

Parmi ses succès, on citera Commentaire d’amour, Grande École, Rue de Babylone ou Marie Hasparren. Outrages aux mœurs, L’Oncle Paul, La Souris verte figurent parmi ses nombreuses adaptations.

J’écris une pièce tous les dix-huit mois. J’alterne les adaptations d’œuvres étrangères que j’aime avec mes propres pièces. Adapter est avant tout un acte d’amour.” Un exercice dont il n’a pas le monopole puisqu’André Téchiné est en train de porter à l’écran sa pièce RER écrite il y a trois ans et qui aura ainsi la particularité d’avoir d’abord vu le jour au cinéma.

 

Robin Causse

Arrivé il y a presque deux ans de Montpellier, il s’apprête à 19 ans à monter la scène du Rond-Point. Enthousiasme, jovialité et énergie ont émaillé l’entretien.

Comment tout a commencé ?

J’ai la passion du théâtre depuis tout petit. Mes parents ne m’ont jamais freiné et m’ont même encouragé dans mes activités extra-scolaires. À 11 ans, j’avais envie d’apprendre des textes, de jouer des personnages, je savais déjà faire rire autour de moi. J’ai fait de petits spectacles et puis, l’été 2006, arrivent Le temps des secrets, le temps des amours et mon vrai premier rôle. Du coup, mon bac sera suivi de deux mois de tournage pour la télévision dans le rôle de Marcel Pagnol adolescent. Un superbe souvenir !

Venir à Paris a été chose facile ?

J’ai quitté le Sud sans regret. Paris est un choix qui coulait de source et mes parents l’ont bien compris. Ils m’ont fait confiance, ils savent que je suis bien entouré. Tout en gardant toujours un petit œil sur moi !

Que faites-vous une fois dans la capitale ?

Pas mal de choses : j’ai commencé un BTS en audiovisuel. En parallèle, j’ai rencontré mon agent et pris des cours de théâtre sans avoir envie d’entrer dans une école, pour rester libre de faire tout ce que je voulais. Je pense apprendre plus et plus vite sur le terrain.

La rencontre avec l’auteur se produit comment ?

J’ai croisé Jean-Marie Besset au cours d’une audition il y a six mois. Il m’a dit qu’il souhaitait travailler avec moi. Il m’a fait lire la pièce. J’ai accroché. Ensuite, la lecture s’est bien passée…

Commencer par le Rond-Point n’est pas donné à tout le monde !

Ce n’est pas évident de réaliser complètement…mais j’ai bien conscience que j’ai une sacrée chance !

Dans quel genre de rôle pensez-vous être à l’aise ?

Il faut que j’essaie un peu tout avant de répondre (rires) ! Cela dit, j’aime bien Feydeau, le vaudeville est très amusant à jouer, je suis attiré par le classique, mais d’une façon générale, je n’ai pas de réticence particulière. La comédie me convient bien aussi.

Oublions le travail ! Quels sont vos loisirs ?

Je fais du sport, de l’escrime. Je me régale… et puis au théâtre, ça peut toujours servir. Je me défoule, je n’aime pas trop les sports collectifs et je trouve que manier le fleuret est assez classe ! Sinon, Je peins (j’adore les portraits, les lignes simples et les couleurs, le tout entre réalisme et abstrait) et je dessine, pour me détendre.

Jonathan Drillet

Les répétitions se passent très bien et l’on va assez vite. Pour moi, Perthus, c’est un travail d’acteur qui va trancher avec ce que j’ai fait ces deux dernières années.” Visiblement heureux d’être partie prenante à ce projet, Jonathan Drillet explique ainsi un retour sur la scène, après une formation un peu particulière : deux ans de cours à l’École du Louvre avant de s’inscrire au Conservatoire du XXe. Sa première pièce, Beautiful Guys, sera la seule montée par Christophe Honoré et donnera lieu à trois représentations au festival Frictions de Dijon. Il a ensuite collaboré à Paris avec le metteur en scène Alexis Fichet. Depuis, il a beaucoup travaillé pour  des chorégraphes en intégrant la compagnie Moving Theater à New York et ce, bien qu’il ne soit pas danseur. “Je tourne un spectacle de Raimund Hoghe et je m’apprête à travailler avec Daniel Larrieu”, nous dit cet électron libre avant d’ajouter : “J’ai l’impression de n’avoir jamais fait d’auditions, j’ai toujours rencontré les gens par hasard. C’est par des amis américains que j’ai croisé Jean-Marie Besset.” Esprit libre s’il en est, il a fondé un groupe de performances avec l'actrice Marlène Saldana (The United Patriotic Squadrons of Blessed Diana) et s’en va régulièrement hanter, dans des tenues cocasses, quelques lieux très divers pour y lire sur un ton badin des textes politiques (très actuels !) dont il entend, par ce procédé, faire ressortir toute l’énormité. Entrer dans la peau de Paul, littéraire sensible tombant amoureux d’un matheux, devrait lui aller comme un gant, tant on le voit bien interpréter des personnages désireux d’aller au bout de leurs passions.

 

Jean-Paul Muel

Ce comédien expérimenté que nous avons vu récemment dans Good Canary sous la direction de John Malkovich débute au théâtre dans les années 70, époque où il participe à tous les spectacles du grand Magic Circus.

Impossible à classer, il excelle tant dans le répertoire classique (Molière, Musset, Rostand,) que contemporain (Pirandello, Claudel, Alan Bennet, Neil Simon).

Il aborde également le théâtre musical avec une Périchole remarquée sous la direction de Jérôme Savary. Il tourne pour la télévision et le cinéma (il joue dans La Môme d’Olivier Dahan) et met en scène des auteurs vivants. La saison dernière, il a dirigé Claire Nadeau au Festival d’Avignon dans La Divine Miss V. de Mark Hampton et Mary Louise Wilson, spectacle programmé à Paris pour la rentrée 2008.

 

Alain Marcel,

Élève du Conservatoire et d’Antoine Vitez, ce comédien jouera au cinéma, pour la télé et au théâtre. Mais c’est principalement vers la mise en scène (qu’il aborde pour la première fois en 1975) qu’il va se tourner et en particulier dans le domaine musical qui l’attire comme le prouve les deux spectacles dont il est l’auteur, Essayez donc nos pédalos et Rayons femmes fortes.

En 1983, il met en scène Le Barbier de Séville à l’opéra de Genève. Suivront une dizaine de grands titres du répertoire lyrique dont L’Italienne à Alger, La Vie parisienne, L’Élixir d’amour.  Par ailleurs, il signe l’adaptation et la mise en scène de comédies musicales américaines. Il vient de terminer l’écriture d’un nouveau spectacle musical, L’Opéra de Sarah.

Philippe Escalier pour Starter Tatouvu

Photo Robin Causse par Mathieu Dorthomb







August 30

François Bégaudeau


Propos recueillis par Grégory Moreira da Silva pour www.sensitif.fr


Il a eu la palme à Cannes mais n’a pas les pieds palmés. Il est écrivain mais sa plume n’est pas son seul talent. Il connaît une notoriété sans précédent depuis Entre les murs mais ne parade pas sur un perchoir en lançant des cocoricos. Un oiseau rare ? Assurément. François Bégaudeau surprend par sa simplicité et sa gentillesse, qualités que beaucoup remisent au placard après une telle récompense. Son film sort le 24 septembre au cinéma et s’annonce comme l’événement incontournable de la rentrée.

Pouvez-vous présenter d’abord à nos lecteurs vos différentes casquettes ?

C’est vrai que les gens me connaissent en tant que professeur de français, écrivain, journaliste ou dernièrement réalisateur. Mais mon activité de base reste l’écriture. C’est grâce à elle que la médiatisation est venue par la suite il y a quatre ou cinq ans. J’étais déjà un ado hyperactif et ça n’a guère changé depuis !

 Racontez-nous un peu l’histoire que vous avez voulu mettre en images dans votre film Entre les murs.

C’est donc l’histoire d’un prof de français, la trentaine, qui se retrouve face à vingt-cinq ados dans une classe dont il veut faire un espace d’expression démocratique. Mais cette conception de l’enseignement va, à un moment donné, se retourner contre lui.

 On ressent quelles sensations en recevant la palme d’or au festival de Cannes ? Trône-t-elle désormais sur votre cheminée ?

Je crois qu’actuellement, elle est à la production. La palme tourne pas mal au sein de l’équipe… Quant à la sensation que cela procure, je suis toujours décevant dans ce genre de registre car je ne suis pas très attaché aux récompenses. Le prix a moins de valeur que ce que les gens vont penser du film. J’attends les critiques avec impatience. Ce sera ma vraie récompense.

Ce qui me plaît avec cette palme, c’est qu’elle va permettre au film de jouir d’une visibilité de masse, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour le cinéma français.

Dans le film, il est question du vivre ensemble malgré les différences. Cette année, le thème de la Marche des Fiertés était la lutte contre l’homophobie en milieu scolaire. L’observateur éclairé que vous êtes du monde enseignant a-t-il des idées pour faire régresser l’homophobie à l’école ?

Un film est là avant tout pour poser des questions et complexifier le débat. Nous n’apportons aucune réponse aux questions posées. Par ailleurs, le film ne traite pas de ce thème précis même si je m’associe à la lutte contre l’homophobie. Moi je pense que c’est surtout l’institution qui doit se poser des questions. Elle projette une image universelle hétérosexuelle et blanche qui ne pose pas suffisamment la thématique de la différence.

Et que répondez-vous à Jean-Marie Le Pen qui déclarait sur I-télé à propos de votre film qu’il s’agissait d’une « révélation sur la composition des collèges français, en particulier parisiens » ?

Je ne savais même pas qu’il avait dit ça… Vous savez, lui comme d’autres se permettent de parler d’un film qu’ils n’ont pas vu : ça ne m’intéresse pas. Quant à la mixité ethnique et sociale en milieu scolaire, ce n’est pas un scoop pour les gens. Ils sont au courant qu’on est dans un pays cosmopolite et le film intègre un certain nombre de réalités dont celle-ci.

Après un tel succès, que peut-on vous souhaiter et que vous souhaitez-vous à vous-même ?

Pour moi, la page de ce film est tournée. Elle l’est depuis le premier montage qui remonte à huit mois. Entre-temps, j’ai écrit deux livres. Le cinéma n’est pas une obsession, d’autant que j’ai déjà des projets de films à produire depuis longtemps.

Je vais continuer mes activités, sur Canal, sur Paris Première, dans Muse… Je termine aussi un roman pour février et j’ai fort envie d’en écrire un autre sur le thème de la jeunesse. Bref, ce ne sont pas les projets qui manquent. Il y a donc bien un après Entre les murs pour moi !

Virility, le nouveau livre de Fred Goudon

 

Le lien étroit qui lie le photographe à Sensitif (www.sensitif.fr) et à ses lecteurs fait qu’il nous a donné la primeur des photos de son nouveau livre et de l’interview qui suivent pour la sortie de Virility.

 Les 180 pages de photos de Virility ont été faites quand ?

Dans leur grande majorité en 2007, en début d’année, lors d’un voyage autour du monde et pendant un périple qui a duré les deux mois de l’été dans le sud de la France, une dizaine d’étapes entre Biarritz et Cannes.

 Pourrais-tu nous citer deux photos qui sont plus importantes à tes yeux ?

Il y a une photo qui me touche beaucoup, c’est celle de Baptiste (les lecteurs le connaissent car il a fait la couv de Sensitif en juillet 2007), je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi ; ce qui est sûr, c’est que cette image me procure une réelle émotion.

Et puis il y a la photo de Gilles (Marini) sous la douche. Quand en décembre 2007 il a su qu’il allait faire le film Sex in the City, il savait qu’il aurait une scène sous la douche et il m’a demandé de faire quelques images pour se sentir à l’aise avec ça. On a fait une séance à l’hôtel 3.14 à Cannes et pris beaucoup de photos, c’était une espèce de répétition. Par la suite, Gilles m’a dit qu’il avait en quelque sorte recréé notre séance au moment où il était nu sous sa douche devant toute l’équipe du film, pour la « fameuse » scène, et que cela l’avait aidé effectivement !

 Certaines photos ont-elles été faites dans un cadre surprenant ?

Pendant ma tournée dans le sud de la France, je suis allé à la rencontre des modèles, chez eux. Chaque fois pour moi, c’était une surprise de les découvrir dans leur environnement. Je voulais les photographier de manière intimiste et naturelle, dans leur contexte, le matin en prenant le café ou en sortant de leur salle de bains. J’avais très envie de ce côté reportage.

 As-tu déjà dit à un modèle qu’il n’était pas assez viril ?

Oui ! (Rires.) J’avoue que parfois le côté métrosexuel, sourcils et corps épilés, etc., devient un peu contrariant pour la création d’une image… disons que ça manque un peu de naturel. J’assume mon goût pour le côté masculin, Virility n’est pas un titre choisi par hasard ! Du reste, il faut aussi savoir prendre les gens tels qu’ils sont et ce qui compte, c’est le résultat final en photo.

 Comment s’organise une journée de travail type de Fred Goudon ?

(En imitant Claude François.) Je me lève et je te bouscule (rires)… C’est beaucoup de courriels, beaucoup de rencontres avec des modèles, des contacts, beaucoup de photos.

Et quand tu ne bosses pas, où aimes-tu sortir ?

C’est simple, j’aime bien les petits restos des Abbesses, aller au spectacle de temps en temps et puis, les soirs de rugby, faire la tournée des pubs !

Propos recueillis par Philippe Escalier pour le numéro de septembre 2008 de Sensitif (www.sensitif.fr)







August 24

Julien FAVREAU

Le Gala des étoiles du XXIe siècle réunit une fois par an une douzaine des meilleurs danseurs du monde au Théâtre des Champs-Élysées. Pour cette dixième édition, Julien Favreau, en compagnie de Katerina Shalkina, dansera deux extraits de ballets de Maurice Béjart. Nous avons pu interviewer celui qui reste l’un des danseurs fétiches du chorégraphe français récemment disparu.


Comment avez-vous rencontré Maurice Béjart ?

Au conservatoire de La Rochelle, mon professeur Colette Milner, dont le fils Michel Gascard a fait toute sa carrière au Ballet du XXe siècle, m’a conseillé de passer le concours d’entrée pour intégrer l’école-atelier de Maurice Béjart à Lausanne. À seize ans, le concours réussi, j’ai été engagé pour un cursus normal de deux ans mais au bout d’une année, Maurice avait besoin d’un danseur pour sa compagnie. Son choix s’est porté sur moi. Bien sûr à l’époque j’étais trop jeune pour bien connaître son travail, mais j’ai tout de suite compris qu’artistiquement, cela correspondait à ce que je voulais faire.

Intégrer le Béjart Ballet Lausanne (BBL) signifie que l’on ne danse que du Béjart. N’est-ce pas un peu frustrant parfois ?

Non, c’est ce qui fait la particularité de cette compagnie. Deux ou trois dans le monde sont dirigées par un directeur également chorégraphe unique de la troupe. J’ai dansé d’autres chorégraphies mais de façon exceptionnelle, celles de Gil Roman par exemple, le directeur adjoint du BBL. J’ai participé à des soirées jeunes chorégraphes, ce qui m’a permis, très ponctuellement, d’aller vers d’autres registres. Maintenant avec la maturité, j’ai envie de d’enrichir mon répertoire.

Quel est votre meilleur souvenir de danseur ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs sur scène, comme le soir où les membres de Queen sont venus chanter en live pendant que nous dansions en hommage à Freddy Mercury. Autre exemple, lorsque nous avons été à Mexico, Maurice Béjart a voulu offrir une soirée en plein air et gratuite pour ceux qui n’avaient pas les moyens d’aller au spectacle : 30 000 personnes se sont déplacées, c’était un grand moment. J’ai eu aussi la chance de travailler avec Gianni Versace, de rencontrer notamment Sylvie Guillem, Baryshnikov, Mats Ek. Mais les plus beaux souvenirs sont les heures de travail passées avec Maurice en studio. La création avec lui était un véritable échange. Il disait qu’une chorégraphie, c’était comme l’amour, ça se faisait à deux !

Pour danser au niveau qui est le vôtre, faut-il sacrifier beaucoup de choses, notamment au niveau de sa vie privée ?

La danse exige rigueur et discipline comme chacun sait. Mais en même temps, j’ai trente ans et envie de profiter de la vie. J’ai besoin de retrouver ma famille, de faire la fête avec mes amis, de m’enrichir de choses extérieures à la danse. Concernant la vie sentimentale, il est vrai que notre compagnie tourne beaucoup à l’étranger, du coup, pour le nomade que je suis, s’engager dans une relation n’est pas simple !

Une carrière de danseur n’est jamais très longue. Comment voyez-vous votre avenir ?

Je suis danseur au BBL depuis quinze ans mais je suis toujours à fond dans ma carrière. Lorsque ce sera physiquement trop difficile j’évoluerai, de préférence dans le milieu artistique. J’aimerais continuer à travailler pour une compagnie. Ou me diriger vers le théâtre et le cinéma. Beaucoup de choses m’attirent !

 

Théâtre des Champs-Élysées : 15, avenue Montaigne 75008 Paris

Vendredi 19 septembre 2008, samedi 20 et lundi 22 à 20 h

Dimanche 21 septembre à 15 h

01 49 52 50 50

www.theatrechampselysees.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

August 13

Quelques considérations sur les JO et le Tibet


     Pendant les spectaculaires images de l’inauguration des Jeux, impossible de ne pas (aussi) se sentir mal à l’aise devant cette vaste et couteuse opération de propagande.
Les mots pollueur, colonisateur, dictateur, tueur me viennent à l’esprit.

Impossible de ne pas songer au Tibet martyrisé mais aussi à tous les Chinois maltraités par leur régime.

     Quand on observe les résultats de la France, on se dit que finalement, on n’aurait pas manqué grand-chose à boycotter. Oh, pardon pour le gros mot !

     L’or Manaudou s’est transformée en plomb. La nageuse git, et dans quel état, au fond de la piscine ! Entre la bagatelle et la natation, autrement dit entre nager dans le bonheur ou dans un bassin, il fallait choisir. C’est le Sieur Lucas qui tient une revanche chèrement payée par la malheureuse.

     Il aura fallu Steeve pour une première médaille d’or française ! Ne prenant plus trop le métro et ignorant tout de la lutte, je me suis dit en apprenant  la nouvelle : "Damned, encore un américain !"
Ben non, il s'agit de Steeve Guénot, un Français, médaillé et ma foi, très joli garçon.
Inconnu au bataillon, sa victoire vient prouver, une fois encore, que la médiatisation est aussi mortelle pour les sportifs que l’arsenic. Répondre aux interviews, apparaitre à la télé, gagner plein d'argent ou s’entrainer et gagner, là aussi, il faut choisir.

     Le Dalaï-lama continue sa visite en France. Sa venue est un honneur pour un pays comme le notre, incapable de conduire une politique étrangère courageuse et indépendante. Loin du brouhaha de Pékin, nous admirons, quoique laïc pratiquant, la force de conviction de cet homme hors du commun. L’intelligence du bouddhisme, sa capacité à se focaliser sur les choses importantes de la vie, tranche avec un catholicisme moribond et sclérosé.
Avec le Dalaï-lama, nous pensons au Tibet, encore et toujours au Tibet ! Puisse ce pays survivre !